Libéral-libertaire ?

Libéral-libertaire ?
15 avril 2015 Dorothée Paliard

Libéral-libertaire ?

Par Falk Van Gaver.

 

Un mien ami, « philosophe juif de nom arabe et de confession catholique » bien connu, me disait il y a quelques années, à l’occasion de la parution de L’Anarchisme chrétien, avec son habituel sourire en coin, que, finalement, le véritable anarchiste, ce serait en réalité l’ultralibéral, le capitaliste immoral, sans foi ni loi. Bref, le véritable anarchiste serait le « libéral-libertaire ». Ce qui peut être vrai dans le monde des pirouettes conceptuelles et des paradoxes faciles dont sont familiers les intellectuels à la mode, mais qui ne l’est pas et ne l’a pas été dans la réalité historique – les capitalistes ayant été et étant au moins aussi farouchement anti-anarchistes que les anarchistes ont été et sont anticapitalistes – malgré les sophismes contemporains des libertariens et des anarcho-capitalistes, caricaturés dès 1922 sous les traits du Banquier anarchiste de Fernando Pessoa.

Cela dit, cette amusette revêt quelque vérité généalogique : l’anarchisme est issu, avec le communisme, des Lumières radicales, qui sont à la fois une remise en cause de l’Ancien Régime et des Lumières bourgeoises, libérales, modérées. Il hérite, en France, des sans-culottes, des Enragés, de Babeuf… En quelque sorte, l’anarchisme est un libéralisme radical, un libéralisme ultra (qui n’a cependant rien à voir avec ce qu’on appelle l’ultralibéralisme) : un libéralisme politique radical, mais populaire, égalitaire, donc antiparlementaire, antiétatique ; un libéralisme économique, mais populaire, égalitaire, donc anticapitaliste… Un libéralisme non seulement populaire, mais un libéralisme égalitaire, ce que veut signifier le néologisme « libertaire », forgé, comme synonyme positif et constructif du négatif et destructif « anarchiste », sur une sorte de contraction de « libéral égalitaire » – sa terminaison visant bien à signifier la dimension égalitaire intrinsèque à l’anarchisme – sa défense de l’égalité non moins que de la liberté. C’est en ce sens que Joseph Déjacques créa le terme en 1857 dans une lettre ouverte à Pierre-Joseph Proudhon – qu’il accuse d’être « anarchiste juste-milieu, libéral et non libertaire » – mot qu’il reprend dès 1858 comme titre de son journal Le Libertaire. D’autres synonymes de l’anarchisme, chacun avec ses nuances, sont d’ailleurs le « socialisme libertaire » (Michel Bakounine) et le « communisme libertaire » (Pierre Kropotkine). Bref, intrinsèquement anti-autoritaire, l’anarchisme est une doctrine sociale radicalement égalitaire – et antilibérale.

Voilà qui empêche toute annexion libérale, libertarienne ou capitaliste de la tradition anarchiste – même si ses théoriciens, comme Pierre-Joseph Proudhon, ont été d’attentifs lecteurs des grands auteurs de l’économie politique dite depuis « classique » : Adam Smith, Frédéric Bastiat – de même que l’ont été les théoriciens du communisme, comme Karl Marx et Friedrich Engels…

  • Trolleur Du Dimanche

    « libéral-libertaire » un terme popularisé (inventé ?) par le sociologue proche du PCF stalinien, Michel Clouscard, et repris plus tard par le polémiste antisémite proche de l’extrême droite, Alain Soral .. bref un terme qui a mauvaise réputation et qui est utilisé par certains à tort et à travers.
    Cela dit quand on voit la trajectoire de quelqu’un comme Cohn Bendit, on ne peut nier la pertinence de ce vocable.

  • Trolleur Du Dimanche

    ah c’est un site chrétien ? j’avais pas vu :/
    « Ni dieu ni maitre » est ma devise et j’ai du mal à concevoir un anarchisme chrétien mais je vais suivre votre démarche car elle semble innovante et que je suis de la région

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