15 grâces pour 2015

15 grâces pour 2015
2 janvier 2015 OSP
Le Pape François saluant la délégation de l'OSP de Fréjus-Toulon

15 grâces pour 2015

Quinze grâces pour 2015: Les vœux papistes de l’OSP

Par le Père Louis-Marie Guitton.

Rien de très original que de reprendre les vœux du Saint Père pour vous présenter les nôtres… Qu’ils soient pour vous un soutien et un stimulant pour la nouvelle année ; qu’ils vous préparent à la vivre sous le regard du Seigneur.

Que ces attitudes, qui sont les antidotes aux maladies dénoncées par le Pape François, nous encouragent à renouveler nos engagements personnels et communautaires.

Une sainte année, une année de grâces du Seigneur !

1. La grâce de se sentir pécheur et de se savoir « serviteur inutile », en veillant à ne pas tomber dans l’autosatisfaction. La véritable connaissance de soi, qui accompagne la connaissance de Dieu, rend capable de faire son autocritique, de se remettre en cause et de chercher sans cesse à s’améliorer. L’humilité, c’est l’attitude du serviteur obéissant qui accomplit la volonté du Maître en reconnaissant ses limites et en gardant le souci des autres. Ce sens du service dégonfle la baudruche de l’orgueil, nous rappelle que le temps de notre vie est bref et que nous n’avons pas ici-bas de demeure définitive. Le serviteur inutile évite de se regarder lui-même, recherche le visage du Christ et le découvre chaque jour chez ses frères, spécialement les plus pauvres.

2. La grâce du « MarieMadelisme » (de sainte Marie Madeleine), de l’Eutrapélie, c’est-à-dire l’art de savoir se reposer. C’est l’attitude de ceux qui se rendent compte que, fatigués, ils fatiguent aussi leur entourage ; de ceux qui n’oublient pas « la meilleure part » et savent s’asseoir aux pieds de Jésus pour l’écouter. A force de trop tirer sur l’élastique, celui-ci finit par céder. L’âme de tout apostolat demeurant la vie intérieure, le soin de son âme, du cœur à cœur avec Jésus, reste une priorité. Le souci de rentrer dans sa chambre et de prendre le repos est nécessaire à l’accomplissement serein de sa mission.

Le temps des vacances et de la saine détente dispose à un service apaisé et à un travail plus fécond.

3. La grâce de la « souplesse spirituelle », de ceux qui ont un « cœur de chair » ; de ceux de ceux qui, en chemin, gardent leur sérénité intérieure, leur vivacité, et leur audace. Ils se laissent conduire par l’Esprit Saint et n’oublient pas que la grâce ne supprime pas la nature ; au contraire, elle l’élève et la purifie. Réconciliés avec leur humanité, ils l’assument et n’ont pas peur de leurs sentiments. Ils ont la sensibilité nécessaire pour pouvoir pleurer avec ceux qui pleurent et se réjouir avec ceux qui sont dans la joie! Ils n’ont pas peur de la tendresse et cherchent à imiter l’infinie délicatesse de Jésus.

Longanimes et compatissants ils savent que la bienveillance aimante, la bonté dans le regard ou le ton de la voix ; l’attitude touche autant que les paroles prononcées.

4. La grâce de la docilité à l’Esprit Saint et de l’audace, quand le disciple laisse de la place dans sa vie pour les « surprises de Dieu ». Il sait être prévoyant, mais n’entretient aucune inquiétude pour sa vie, car l’avenir appartient à Dieu. Il est bénédictin pour son travail et l’accomplissement de son devoir d’état ; il ne refuse pas le « charisme de l’ordre ». Il est franciscain parce qu’il sait s’ouvrir à l’imagination et à la fantaisie : il demande à saint François le « charisme du désordre ». Le disciple a gardé une âme jeune : il se sent concerné par l’appel à « sortir et mettre la pagaille », parce qu’il craint le confort et la mondanité. Il se laisse bousculer dans ses habitudes et se donne sans compter, sans regarder à la dépense.

5. La grâce de la confiance dans les autres, quand on promeut une spiritualité de la communion, quand on veille à faire de l’Eglise la maison et l’école de la communion.

« Une spiritualité de la communion consiste avant tout en un regard du cœur porté sur le mystère de la Trinité qui habite en nous, et dont la lumière doit aussi être perçue sur le visage des frères qui sont à nos côtés. Une spiritualité de la communion, cela veut dire la capacité d’être attentif, dans l’unité profonde du Corps mystique, à son frère dans la foi, le considérant donc comme « l’un des nôtres », pour savoir partager ses joies et ses souffrances, pour deviner ses désirs et répondre à ses besoins, pour lui offrir une amitié vraie et profonde. Une spiritualité de la communion est aussi la capacité de voir surtout ce qu’il y a de positif dans l’autre, pour l’accueillir et le valoriser comme un don de Dieu: un « don pour moi », et pas seulement pour le frère qui l’a directement reçu… Ne nous faisons pas d’illusions: sans ce cheminement spirituel, les moyens extérieurs de la communion serviraient à bien peu de chose. Ils deviendraient des façades sans âme, des masques de communion plus que ses expressions et ses chemins de croissance. » (Saint Jean-Paul II, Novo Millenio Ineunte, 43)

Veiller à l’harmonie dans le corps, c’est permettre à l’orchestre d’être symphonique et non cacophonique.

6. La grâce de cultiver un style de vie eucharistique, c’est savoir, comme Marie, faire mémoire des « merveilles de Dieu » dans sa vie et en rendre grâces. Être capable de garder ces événements et les méditer dans son cœur, c’est assurément un gage de liberté intérieure et d’épanouissement. Se souvenir de son « histoire sainte », de son « premier amour », de sa rencontre avec le Seigneur et de sa présence dans sa propre vie est le meilleur moyen de lutter contre l’anesthésie de ses facultés spirituelles.

Retrouver le sens de la louange aide assurément à s’oublier et à sortir de soi-même. Le regard contemplatif suscite l’action de grâce et l’émerveillement. Quelle joie de pouvoir chaque jour remercier Dieu pour le don de la vie, les événements de notre existence, les personnes rencontrées et surtout parce qu’il nous a sauvés !

7. La grâce de la simplicité. C’est l’attitude de celui qui vit sans masque et sans faux-semblant, loin du théâtre et de l’hypocrisie du monde. Il sait qu’il vaut plus par ce qu’il est que par ce qu’il a, sait ou fait. Redoublant de franchise, il s’efforce de faire en sorte que son Oui soit Oui et que son Non soit Non. Ce serait être fou que de ne vivre pour les titres, les honneurs ou la renommée, ou bien encore de ne servir que son propre égoïsme; lorsque nous sommes faits pour la Vie. La simplicité n’est pas la légèreté ni la superficialité.

Au contraire, elle sait se montrer ferme et désintéressée, refusant les compromis et les mensonges.

8. La grâce de l’unité de vie, car le Seigneur hait les cœurs partagés. C’est lui qui nous préserve de la fuite dans le virtuel, ses illusions et désillusions. Il n’y a pas de chose aussi importante que de retrouver le sens du réel, car c’est là que Dieu nous parle. Nous ne pouvons nous contenter d’une vie tranquille et n’avoir comme unique ambition que de trouver une « bonne place ». Peut-être faut-il recommander le port de semelles de plomb pour maintenir le contact avec la terre et le sens du concret. Dans la culture du vide, ne pas perdre la conscience de celui qui seul peut combler le cœur.

« Donnez et vous recevrez. C’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante qu’on versera dans le pan de votre vêtement. » (Lc 6, 38) Dieu sait payer de retour celui qui s’oublie lui-même et ne s’égare pas dans la recherche de compensations. Il ne manque ni de magnanimité ni d’imagination.

9. Bienveillance et bénédiction. Savoir reconnaître, voir et dire le bien chez les autres. C’est la grâce de savoir en toute circonstance fuir le murmure et l’esprit de critique. « En mettant un frein dans la bouche des chevaux pour qu’ils nous obéissent, nous dirigeons leur corps tout entier. De même, notre langue est une petite partie de notre corps et elle peut se vanter de faire de grandes choses. Elle est un feu… Elle nous sert à bénir le Seigneur notre Père, elle nous sert aussi à maudire les hommes, qui sont créés à l’image de Dieu. De la même bouche sortent bénédiction et malédiction. Mes frères, il ne faut pas qu’il en soit ainsi.» (Jac 3, 3-10) Que cette année voit la guérison de notre langue, que de terroristes de la médisance nous devenions artisans de bénédiction. Les mains sont faites pour bénir, … les pieds et la langue aussi.

Dire le bien, c’est rendre possible la vie et soigner le corps tout entier.

10. La grâce de voir le Christ dans son chef et ses frères. Nous nous offrirons lunettes de la foi pour le reconnaître… même lorsqu’il se cache bien. C’est l’attitude de ceux qui s’efforcent d’être généreux et de servir, de donner et se donner sans compter, sans attendre d’autre récompense que celle de savoir qu’ils font la volonté de Dieu. Ils honorent Dieu plus que les personnes, évitent les calculs mesquins et n’agissent pas en vue d’un renvoi d’ascenseur.

Ce sont des personnes qui vivent le service gratuitement et sans arrière-pensée. Le résultat final est vraiment qu’ils sont libres. « Une spiritualité de la communion, c’est savoir « donner une place » à son frère, en portant « les fardeaux les uns des autres » (Ga 6,2) et en repoussant les tentations égoïstes qui continuellement nous tendent des pièges et qui provoquent compétition, carriérisme, défiance, jalousies. » (Saint Jean-Paul II, Novo Millenio Ineunte, 43)

11. La grâce du sens des autres : quand chacun s’oublie pour les autres et est attentif à la qualité des relations. Quand celui qui sait met sa connaissance au service de celui qui ne sait pas ; quand on partage positivement ses infos avec les autres ; quand on sait encourager celui qui fléchit… « Si la charité était un arbre, les feuilles et le fruit en seraient la cordialité ; et si elle était un feu, la flamme en serait la cordialité. » (St Vincent de Paul) Cette bienveillance fraternelle, cette capacité à se laisser déranger est un autre visage de la chasteté.

12. La grâce du sourire, parce que « la vraie sainteté, c’est faire la volonté de Dieu avec le sourire » (Bse Mère Teresa). « L’apôtre doit s’efforcer d’être une personne courtoise, sereine, enthousiaste et joyeuse qui communique la joie où qu’il se trouve. Un cœur heureux qui rayonne et contamine par sa joie tous ceux qui l’entourent, on le voit tout de suite! Ne perdons donc pas cet esprit joyeux, plein de sens de l’humour, et même d’autodérision, qui font de nous des personnes aimables même dans des situations difficiles. Comme une bonne dose d’humour sain nous fera du bien! » (Pape François). Tout a commencé à Nazareth par un sourire, celui de Marie saluée par l’ange Gabriel : « Réjouis-toi Marie, comblée de grâces ! » Nous révélons notre identité par notre sourire : il est comme une porte ou comme un habit qu’il faut revêtir chaque matin. « La bonté doit apparaître sur vos visages : dans votre sourire, dans la cordialité de votre salutation. » (Bse Mère Teresa) Mieux vaut donc être aimable que faire des miracles… Bienheureux ceux qui savent rire d’eux-mêmes, il n’ont pas fini de s’amuser.

13. La grâce de l’allègement. Aimer la « spiritualité du sac », que Mgr Brincard, évêque du Puy, recommanda des années durant aux pèlerins de Compostelle : alléger son sac pour pouvoir aller loin et « porter les fardeaux les uns des autres ». L’attachement à nos biens matériels est souvent une véritable servitude, que Dieu se plaît à secouer. Un cœur qui ne se remplit pas quotidiennement à la source vive de la grâce cherchera toujours des compensations.« Ne vous faites pas de trésors sur la terre, mais faites-vous des trésors dans le ciel. » (Mt 5, 19-20).

Encore la bienheureuse Mère Teresa : « Notre pauvreté devrait être réellement évangélique : aimable, gaie, cordiale, toujours prête à donner un signe de l’amour. La pauvreté est amour, puis seulement renoncement. Pour aimer, il faut donner. Pour donner, il faut être libre d’égoïsme. » Accepter de tout recevoir de Dieu n’est pas une affaire uniquement spirituelle : cela passe par un vrai détachement de l’argent, un style de vie sobre et la pratique de la vertu de tempérance, une confiance réelle en la Providence.

« Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent. » (Mt 5, 24) … Choisis !

14. Le sens de l’Eglise. La grâce de se savoir membre du Corps du Christ, qui est l’Eglise. La lutte contre l’esprit de chapelle passe par une chimiothérapie intensive, pour éliminer les cellules cancéreuses du repli sur soi et du copinage. Les rayons X, le feu qui réchauffe et éclaire de l’intérieur, c’est l’Eucharistie qui fait l’Eglise. Auprès du Saint Sacrement se tisse l’esprit de communion, de concorde et d’unité.

15. La grâce de la pauvreté de cœur. Elle permet de ne pas oublier que toute autorité est un service, qu’elle ne doit s’exercer qu’au profit et pour le bien du corps entier. Elle préserve du paraître et de la vanité. Elle sait que seule la vérité rend libre et place toujours la communication au service de la communion. C’est une vertu que de savoir montrer sans se montrer : comme un parfum délicat, la modestie est rare. La discrétion et la retenue sont une force dans un monde sans-gêne et voyeur. La fin ne justifie jamais les moyens et la vraie lumière n’est pas celles des projecteurs.

Père Louis-Marie Guitton

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