Les habits neufs du président Sarko

Les habits neufs du président Sarko
20 octobre 2014 webmaster

Les habits neufs du président Sarko

Par Jacques de Guillebon

Une certaine droite s’émeut qu’un ancien président ait annoncé son retour dans la course. On y veut voir absolument le sauveur qu’il n’est pas, parce qu’on a décidé de toute façon que la situation était perdue et que par une prestidigitation psychologique on préférait être déçu d’avoir cru, ou d’avoir fait semblant de croire, plutôt que d’avoir douté et même refusé ab ovo.

Nicolas Sarkozy a entamé sa nouvelle carrière de batteur d’estrade par un discours de sous-préfet à Lambersart. Même la plume de Guaino manque dans ce guignol, où il a été question de baisse du nombre de fonctionnaires, d’exploitation de gaz de schiste et d’augmentation du temps de travail. Magnifique réponse aux cruels doutes qui assaillent le peuple d’un temps de guerre et de décomposition intérieure.

Le seul problème que cette droite eût pu être en mesure de traiter, non qu’elle en ait tellement envie, mais qu’elle était poussée depuis deux ans par de nombreux Français à s’en emparer, celui du changement anthropologique en cours, celui de la famille, celui de la filiation, a été à peine effleuré. C’est qu’il est certain que le champion des libéraux n’a pas envie d’en parler, soit qu’il n’en pense rien du tout, soit plus sûrement qu’il adhère au fond au paradigme de la gauche libérale et libertaire.

Quand déjà un candidat de droite, du type Laurent Wauquiez, assure la main sur le cœur qu’il abrogera une loi de gauche, il s’agit de se méfier, que ledit candidat soit un aigrefin ou qu’une fois aux affaires il s’aperçoive qu’aucun moyen n’est à sa main pour réaliser sa promesse ; mais quand un candidat de droite comme Sarkozy ne parle que du bout des lèvres, il faut être certain qu’il ne reviendra jamais sur rien.

Le président Sarko a mis des habits neufs, comme jadis le président Mao. Il n’est pas anodin qu’il ait lui-même évoqué sa « longue marche » – même si l’on peut douter qu’il sache exactement de quoi il s’agit : la méthode qu’il a adoptée est plutôt celle de la Révolution culturelle, par quoi Mao Tsé Toung remit la main sur un parti qui l’avait marginalisé, en manipulant la jeunesse chinoise contre les caciques du parti. Sarkozy s’apprête manifestement à user du même scénario. Certes, nous ne compterons pas les morts par millions ici, et l’épuration sera seulement idéologique. Reste qu’il se prépare un nouveau parti de droite, tyrannique comme d’habitude, et plus vide encore de toute pensée si cela se peut. Quel avenir nous promet-on, quelle espérance nous propose-t-on ? Ils sont ceux de ces « électeurs-consommateurs » dont parlait Debord, étrangers chez eux et étrangers à tout, immigrés de l’intérieur, entièrement déracinés, qui rêvent de se sauver un moment en faisant du fric ou en consolant leur immense vide spirituel par des achats compulsifs. La chute est telle qu’on se demande parfois si d’autres barbares ne sont pas fondés à nous décapiter…

Au fond, que représentons-nous, de quelle civilisation sommes-nous le visage ? Il n’y a rien de sacré, d’immémorial, d’humain, de grand, de noble que nous n’ayons bafoué par nos modes de vie et par nos lois. Si l’humanité nous survit et se souvient de nous, comme il sera juste qu’elle nous méprise d’avoir changé l’immense liberté que nous avait confiée le Christ en un barnum sans queue ni tête, où nous rampons de vice en destruction. « Tout m’est permis, mais tout n’est pas bon », disait déjà Saint Paul. Et en effet, contrairement à ce que disait le personnage de Dostoïevski, ce n’est pas si Dieu n’existe pas que tout est permis, c’est précisément s’Il existe. Car c’est lui qui nous a fait savoir, par son Fils, que les mœurs des hommes et leurs lois, ne menaient pas à la perfection. Mais que seul Lui le pouvait. Après des siècles de travail souterrain, les chrétiens ont sapé les bases de l’ordre ancien : mais alors que nous croyions que c’était pour gagner une vie supérieure, la suprême intelligence du mal nous a fait accroire que c’était par nos propres forces que nous avions conquis cette liberté. Encore une fois la Genèse : Vous serez comme des dieux. Et nous le croyons si fortement, si profondément, que nous n’admettons plus jamais que quoi que ce soit puisse s’opposer à notre désir, à notre volonté. La magie technique à notre disposition nous voile encore pour un temps le gouffre sur quoi nous marchons. Le gouffre est profond. Plus dure sera la chute quand le voile se déchirera.

  • michelam83

    fort décu par cet article qui s’attaque plus aux personnes en les citant que sur le fond. Le titre est évocateur. Ces propos sont à verser dans le pot pourri du sarko-bashing. Pas un mot d’Espérance. Dommage ! J’ai bien peur que ces propos n’alimentent des tensions et ne fassent mal percevoir l’OSP qui devrait être plus constructif que critique. L’OSP n’étant qu’un observatoire, qui plus est diocésain, doit bien rester a-politique. Est-ce bien le cas?

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