L’encyclique «Laudato si» et ses détracteurs (déjà) !

L’encyclique «Laudato si» et ses détracteurs (déjà) !
29 juin 2015 Dorothée Paliard

L’encyclique «Laudato si» et ses détracteurs (déjà) !

Par Philippe Conte.

L’encyclique du pape François est-elle à peine parue, que déjà ses détracteurs font entendre leur musique. Ils sont de trois espèces : Les premiers sont les classiques anticléricaux ; ils argumentent peu car il leur suffit d’activer des pensées et paroles réflexes, que le Pape s’exprime, voilà ce qui pour eux est insupportable ; qu’il s’exprime qui plus est sur des sujets non strictement religieux et à destination de ses ouailles, c’est en soi une atteinte à la laïcité !

Les deux autres catégories peuvent se recouper en partie et comporter des gens qui se déclarent catholiques. Les premiers sont les libéraux, les défenseurs inconditionnels du modèle économique « post Bretton Woods ». Les propos du saint Père ne peuvent que les gêner car ils sont sans ambiguïté. (§ 54) « La soumission de la politique à la technologie et aux finances se révèle dans l’échec des Sommets mondiaux sur l’environnement. » ; (§ 109) « Les finances étouffent l’économie réelle » ; (§ 189) « La politique ne doit pas se soumettre à l’économie » et dans le même paragraphe, « Sauver les banques à tout prix, en en faisant payer le prix à la population, (…) réaffirme une emprise absolue des finances qui n’a pas d’avenir » ; (§194) « la responsabilité sociale et environ­nementale des entreprises se réduit d’ordinaire à une série d’actions de marketing et d’image ». Ces quelques citations (parmi bien d’autres phrases) ne sont pas périphériques car un des axes fondamentaux de « laudato si » c’est le lien fondamental entre la question environnementale et la question sociale. Dès son introduction (§10), évoquant saint François, le saint Père écrit : « En lui, on voit jusqu’à quel point sont inséparables la préoccupation pour la nature, la justice envers les pauvres, l’engagement pour la société et la paix intérieure. » C’est ce caractère global de la crise sur lequel il reviendra tout au long du texte.

Une autre catégorie de catholiques sont repris vigoureusement par le saint Père, sans qu’il les nomme : il s’agit de la tribu hétéroclite des « climato-septiques » ! En effet le Saint Père, sans nier la nécessité de poursuivre le débat au plan scientifique, indique avec la plus grande clarté , d’une part ce qu’est une vérité scientifique et d’autre part que, de ce point vue scientifique, la responsabilité de l’homme ne fait guère de doute ! (§23) « Il existe un consensus scientifique très solide qui indique que nous sommes en présence d’un réchauffement préoccupant du système climatique ». Citant lui-même le patriarche Bartholomée, il écrit (§8) « les hommes dégradent l’intégrité de la terre en provoquant le changement climatique ». Il poursuit vivement en affirmant (§ 23) « L’humanité est appelée à prendre conscience de la nécessité de réaliser des changements de style de vie, de production et de consommation, pour combattre ce réchauffement ». Il note avec clairvoyance que certains ont intérêt à l’immobilisme (§ 50) « . Pendant ce temps, les pouvoirs économiques continuent de justifier le système mondial actuel, où priment une spéculation et une recherche du revenu financier qui tendent à ignorer tout contexte, de même que les effets sur la dignité humaine et sur l’environnement. »

Effort personnel de conversion vers des modes de vie plus ascétiques (avec l’exemple hyper concret des climatiseurs ; §55) , effort collectifs d’organisation, d’élaboration de système de normes ; il est difficile de nier les critiques acerbes du Saint Père à l’endroit d’un système structurellement générateur d’inégalités et d’agression contre l’homme comme contre la création.

Devant un pareil texte, il ne reste plus qu’aux libéraux et aux climato-septiques que de dénier à l’Eglise la légitimité à aborder des sujets sociaux aussi débattus ! Jeb Bush ( fils, frère de président et candidat lui-même !) qui est comme un condensé de libéral climato-septique, déclarait ainsi « Je ne vais pas à la messe pour entendre parler économie ou politique !»Ceux qui tiennent pareils discours n’ont rien compris à la Doctrine Sociale de l’Eglise ; ni son contenu, ni les raisons qui ont poussé le Magistère à élaborer cette doctrine !

Sa Sainteté Léon XIII est regardé à bon droit comme l’initiateur de la doctrine sociale. Il indique dès l’introduction de sa lettre encyclique le contexte qui le pousse à écrire : « La soif d’innovations qui depuis longtemps s’est emparée des sociétés et les tient dans une agitation fiévreuse » (rerum novarum). Quand les sociétés européennes du 19e siècle ont été ébranlées par la prise de pouvoir de la bourgeoisie libérale, celle-ci  s’est donné ouvertement pour tâche de détruire la chrétienté en tant que société organique. Il a fallu à l’Eglise expliciter une doctrine sociale qui s’adresse d’abord à la raison puisque les hommes d’alors, comme ceux d’aujourd’hui, ne pouvaient, sauf exception, accepter sur ces sujets un enseignement spirituellement fondé.

On pourrait reprendre la formule que le Christ utilisait à propos des lois de Moïse : « c’est à cause de la dureté de (n)otre cœur » que le Magistère a mis en forme de manière séparée les éléments qui étaient contenu dans l’enseignement de toujours de l’Eglise ; et idéalement c’est vers ce retour à une vision globale, holistique pour utiliser un mot un peu savant, auquel le saint Père nous invite à la suite de saint François. «Laudato si», un texte, qui d’après les modernes est excessivement politique, se termine par une prière (ce qui est assez exceptionnel pour une encyclique) et extrêmement révélateur de cette exigence d’écologie intégrale qui inclue la dimension spirituelle de l’homme.

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