L’Eglise et les Cristeros

L’Eglise et les Cristeros
9 mai 2014 webmaster

L’Eglise et les Cristeros

Par Falk van Gaver.

   Pie XI reviendra plusieurs fois sur la geste héroïque des Cristeros : en 1932, dans l’encyclique « Acerba Animi », il vante l’inlassable dévouement des prêtres mexicains auprès des combattants ; en 1937, Pie XI écrit une mise au point aux prélats mexicains :

« Quand le pouvoir se dresse contre la justice et la vérité, jusqu’à détruire les fondements de toute Autorité, on ne voit pas comment on pourrait condamner les citoyens qui s’unissent pour défendre la nation et se défendre eux-mêmes, par les moyens légitimes appropriés, contre ceux qui programment étatiquement leur malheur. (…)
L’utilisation de ces moyens, l’exercice des droits civiques et politiques dans toute leur ampleur, qui inclut les problèmes d’ordre purement matériel et technique ou de défense par les armes, ne sont d’aucune manière de la compétence du Clergé ni de l’Action Catholique. »

   Enraciné dans une vie liturgique et mystique quotidienne et engagé dans une activité politique intense et organisée, le peuple chrétien du Mexique a su se montrer à la hauteur des dangers de l’époque. Sa foi a surabondé en apostolat politique, et il n’a reculé ni devant le martyre ni devant le combat. Soyons-en certains, c’est à bon escient que les Cristeros ont entendu la voix de Jésus, lorsque celui-ci déclare :

« Celui qui n’a pas d’épée, qu’il vende son manteau pour en acheter une[4]. »

   Vingt-et-un prêtres et laïcs liés à l’insurrection cristera ont été canonisés en 2000 par le pape Jean-Paul II, qui a élevé en 2004 au rang de martyrs treize autres militants assassinés par les Fédéraux, béatifiés en 2005 dans la cathédrale de Guadalajara. D’innombrables autres causes en béatification sont examinées par une commission spéciale de la Conférence des évêques du Mexique, qui se démène aussi pour dépouiller les candidatures sans nombre déposées par les familles et les associations mexicaines. A ce jour, trente-quatre martyrs tués entre 1926 et 1937 sont déjà reconnus comme saints et bienheureux par l’Église, mais ce n’est rien eu égard aux milliers de martyrs, dont beaucoup furent égorgés ou criblés de balles par les révolutionnaires longtemps après la « paix » de 1929.

   Si peu sont élevés à ce jour à la gloire des autels et si la mémoire historique les a quasiment effacés, aucun de ces témoins, anonyme ou connu, ne doit être oublié de la prière universelle des chrétiens. Parmi les martyrs officiels, on trouve des prêtres et religieux réfractaires à l’assermentation gouvernementale, bien sûr, mais aussi des laïcs de toutes sortes, tous âges et toutes origines, qui mourront tous au cri de « Viva Cristo Rey y la Virgen de Guadalupe ! » Seuls les héroïques paysans mexicains et les martyres des Brigades féminines Sainte Jeanne d’Arc manquent encore au palmarès de la persécution qui a fait couler à flots le sang de toute une nation. Certains, à l’exemple de ce pauvre prêtre alcoolique et pécheur, et pourtant fidèle jusqu’à la mort quand tous ont fui, si magnifiquement dépeint par Graham Greene dans son maître-roman « La Puissance et la Gloire », ne sortiront certainement jamais de leur humble et glorieux anonymat.

Qui sont les saints cristeros auxquels l’Église nous recommande de nous fier ?

– C’est don Luis Batis Sainz, qui fonde dans sa paroisse une école et une coopérative ouvrière ; curé fervent, il n’abandonne pas le service de ses paroissiens qui ont pris les armes : il est fusillé dès août 1926.

 C’est un de ses paroissiens, le boulanger Manuel Morales, fusillé à ses côtés, à la fois membre du Cercle des Ouvriers Catholiques Léon XIII, de l’Association Catholique de la Jeunesse Mexicaine et de la Ligue Nationale pour la Défense de la Liberté Religieuse, qui déclara devant ses bourreaux :

« Si je meurs, Dieu ne meurt pas. »

   Deux heures plus tard, dans le même village, les saints Salvador Lara Puente et David Roldan Lara, militants eux aussi de l’ACJM et de la LNDLR, seront à leur tour victimes des mêmes « défanatiseurs ».

– C’est le père Mateo Correa Magallanes, martyr du sacrement de la confession, arrêté en début 1927 : le général Eugenio Ortiz en personne lui demande de confesser des rebelles prisonniers ; don Mateo s’exécute, mais lorsque le général lui ordonne ensuite de trahir le secret de la confession, il refuse malgré les menaces de mort et est exécuté le même jour à l’arme blanche.

– C’est le Padre Julio Alvarez Mendoza qui, en 1927, pardonne avant de mourir aux soldats de son peloton d’exécution.

– C’est le bienheureux Anacleto Gonzalez Flores, sans doute la plus belle figure intellectuelle laïque de l’épopée cristera ; chrétien fervent, orateur et écrivain remarquable, fondateur de l’Union Populaire, le jeune avocat aura donné sa voix et sa plume au mouvement avant de lui donner sa vie : arrêté en 1927, il est longuement torturé sous les ordres du général Ferreira pour qu’il dévoile la cache de son allié de toujours, Monseigneur Francisco Orozco y Jimenez, archevêque de Guadalajara, seul de tous les membres de l’épiscopat mexicain à avoir voulu risquer sa vie en s’enterrant dans les montagnes de son diocèse après l’interdit de 19­26 ; tous les doigts des mains désarticulés un à un, un bras cassé et la plante des pieds arrachée, il tient bon face à ses bourreaux et prendra congé de son tortionnaire avant de mourir en lui pardonnant et en lui proposant d’être son avocat au tribunal de Dieu !

– C’est encore le bienheureux José Sanchez del Rio, martyr de quatorze ans assassiné en 1928 : dès 1926, forçant par son opiniâtreté l’autorisation de ses parents et des autorités cristera, il s’engage dans la guérilla ; capturé par les Fédéraux qui le torturent cinq jours durant avant de le poignarder, il griffonna son testament sur un bout de papier :

« Ma petite maman. Me voilà pris et ils vont me tuer. Je suis content. La seule chose qui m’inquiète est que tu vas pleurer. Ne pleure pas, nous nous retrouverons. – José, mort pour le Christ-Roi. »

Ce sont tant d’autres figures encore qu’il faudrait évoquer, et prier.

Photo : Archives, manifestation pacifique contre les décrets du gouvernement mexicain contre l’Église.

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