L’écologie chrétienne n’est pas ce que vous croyez

L’écologie chrétienne n’est pas ce que vous croyez
10 juillet 2014 webmaster

L’écologie chrétienne n’est pas ce que vous croyez

NB : Nous avons reçu cette note de lecture collective d’un groupe de lecteurs et nous la publions telle quelle.

   Soutenu surtout par la blogosphère de droite (Liberté politique) et d’ultra-droite (le Salon beige, membre du groupe commercial d’e-médias 4 Vérités), le livre de S. de Larminat « L’écologie chrétienne n’est pas ce que vous croyez » est l’œuvre d’un lobbyiste de l’agro-alimentaire. Il émane ainsi d’un milieu sociologique assez particulier, dont il exprime l’état d’esprit.

   Ce livre se présente sous l’apparence d’une riposte à un soi-disant danger mortel : « l’écologisme », hérésie censée menacer le catholicisme dans son existence même. Mais on découvre, à la lecture, que cette  »enquête » ne repose sur aucun fait. Elle fabrique elle-même, à travers un fatras de digressions pseudo-érudites et d’arguments biscornus, l’objet (épouvantail) qu’elle veut dénoncer. On découvre aussi qu’elle récuse toute idée de responsabilité de l’homme envers l’environnement, et toute mise en cause du modèle économique actuel. On devine que le vrai but de l’auteur est de dissuader le lecteur catholique de prêter attention aux avertissements du Magistère sur certains problèmes cruciaux. Le livre jette également le soupçon – pour ne pas dire plus – sur un grand nombre de catholiques français, accusés du pire pour les besoins de la démonstration. Associé à d’autres initiatives venant du même milieu, ce livre vise à catalyser, parmi les catholiques français, une fronde contre la pensée plénière de l’Église en matière économique et sociale.

1. Larminat fabrique un épouvantail puis le dénonce à grand bruit

les chrétiens écologistes sont eux aussi de soi-disant catholiques, infiltrés pour « vider le catholicisme de son contenu« 

   Le livre est une longue charge contre un moulin à vent : « un certain écologisme chrétien » qui voudrait, d’après M. de Larminat, substituer à la foi chrétienne une religion du salut temporel comme autrefois « le communisme et le nazisme » (cette énormité figure page 41, avec une citation de « L’Osservatore Romano » de 1955 mettant en garde les Polonais contre les « soi-disant catholiques » communistes infiltrés dans l’Église… M. de Larminat en déduit, page 42, que les chrétiens écologistes sont eux aussi de soi-disant catholiques, infiltrés pour « vider le catholicisme de son contenu » comme autrefois les communistes en Pologne).

   D’ailleurs, page 294, M. de Larminat accuse un document de la CEF (1) de connivence avec la « culture de mort », parce que ce document ne donne pas la parole à ceux qui nient la responsabilité du modèle économique dans le changement climatique…

   Donc : « communisme, nazisme, culture de mort », écrit M. de Larminat pour créer l’épouvantail de « l’écologisme ». Ensuite il amasse, tout au long du livre, un monceau de mises en garde religieuses sorties de leur contexte pour faire croire qu’elles concernent l’écologie. Leur accumulation crée un sentiment de gravité et d’urgence. Par exemple, page 11, il fait croire qu’une certaine homélie du pape visait l’écologie alors qu’elle visait tout autre chose ! Procédé artificieux, qui juge son auteur.

   Quant à l’épouvantail « écologisme », censé terrifier le lecteur catholique en vertu de l’équation écologie = anti-natalité, M. de Larminat le fabrique en ignorant un fait essentiel : la revue « L’Écologiste » et le mensuel « La Décroissance » (publications de référence de l’écologie radicale en France) défendent la natalité et la famille, et combattent – au nom de l’écologie – le gender, la GPA-PMA et même le « mariage pour tous ». « La Décroissance » a violemment pris à partie Yves Cochet (EELV) quand celui-ci a prôné une taxation du troisième enfant ; les Verts et le Parti de gauche ont riposté en accusant « La Décroissance » d' »écologisme catho » et de proximité avec « des catholiques notoires » ! Ces derniers étant aussi ceux que M. de Larminat attaque dans son livre, voilà des choses bien gênantes pour lui, qui les ignorait et dont elles détruisent la thèse.

2. Il vise toute écologie et toute critique du modèle économique

   Une fois érigé l’épouvantail de « l’écologisme » (« chrétien », qui plus est), M. de Larminat lui attribue tous les thèmes scientifiques et économiques de l’écologie environnementale légitime. Ainsi toute écologie, et toute critique du modèle économique, seront disqualifiées dans l’esprit du lecteur comme liées à un épouvantail intrinsèquement pervers : page 78, M. de Larminat attribue à « l’écologisme » toute idée d’ « un autre modèle économique ». Tel est le but de la manœuvre. N’oublions pas que M. de Larminat vient de l’industrie agro-alimentaire : pages 68 et 90, on le voit donc nier le danger des pesticides (comme les lobbyistes américains de l’industrie de la cigarette niaient le danger du tabac). Pages 179 à 192, à propos du changement climatique, il suit l’argumentaire négationniste échafaudé aux USA par les lobbyistes du pétrole (Koch Industries). Pages 192 à 198, il tente de discréditer (par un biais) le grave souci de la biodiversité. Pages 198 à 202, à propos de cet autre grave souci qu’est la question de l’eau, il cache les plans de mainmise des multinationales (p. ex. Nestlé) sur les ressources en eau potable, et il cherche à opposer le social et l’écologique (qui vont pourtant de pair). Pages 303 à 306, il ratiocine en faveur des OGM, sans dire que les évêques de l’Inde ont demandé leur interdiction pour protéger les petits paysans…

3. Il fait aux catholiques un procès d’intention grave et injuste

   Pour les besoins de sa pseudo-démonstration, il est obligé de diaboliser nommément ces « écologistes chrétiens » qui doivent (comme on l’a vu) jouer le rôle d’épouvantail. C’est en cela que son livre suscite l’indignation. Aucun catholique n’a le droit d’écrire à propos de ses frères – et contrairement à la vérité – ce que M. de Larminat se permet d’écrire.

   Il ment en attribuant aux chrétiens écologistes un « système de pensée dont Dieu est souvent le grand absent » (page 16), et en les accusant de « croire que l’homme peut se sauver tout seul » (page 147), de « vider le catholicisme de son contenu » (page 42), d' »humaniser la nature » (page 55), de croire en une nature « autosuffisante » (page 103), ou de « voir dans le péché originel une révolte de l’homme contre la nature » (page 44 : et c’est un contresens total sur des textes).
Devant un auteur dont il cite un passage innocent, M. de Larminat insinue qu’il n’a peut-être pas exprimé « complètement » sa pensée (pages 47 et 52).
Face à des textes qu’il ne veut pas comprendre, il dénonce en eux une « dérive syncrétiste » (page 64) : ce qui lui permet de taxer d’hérésie la moindre analogie conceptuelle et de jeter le soupçon sur toute démarche de pensée. Ainsi page 85 : « il est urgent (?) de lancer un appel de mise en garde contre une certaine forme d’écologisme (?) qui joue du christianisme pour le transformer en un syncrétisme déformateur de la vérité évangélique… »

   Ces accusations sont aberrantes quand on les compare avec ce que vivent et écrivent, en réalité, les chrétiens que M. de Larminat met ainsi au pilori sans les connaître. Et l’on doit souligner une dissymétrie des attitudes. M. de Larminat joue les inquisiteurs en accusant sur le plan de la foi (gravement et injustement) des « écologistes chrétiens » qu’il désigne par leurs noms ; alors que ceux-ci, pour leur part, n’argumentent que sur les terrains scientifiques, écologiques et économiques, et ne se permettraient pas de mettre en doute le christianisme d’autrui.

4. Il participe à une « fronde libérale » contre le Magistère

l’ultra-droite libérale française tente de pousser une partie du public catholique à se méfier du Magistère actuel

   Page 74, une phrase retient l’attention. Réaffirmant que le « syncrétisme » est en action chez les catholiques soucieux d’environnement, M. de Larminat écrit : « Ce syncrétisme, déjà rampant dans l’Église à propos du culte à saint François, a soudainement repris de la vigueur avec l’élection du pape François. » Outre la phobie intégriste envers l’esprit franciscain, cette phrase avoue ce qui est en train de se fomenter : l’ultra-droite libérale française tente de pousser une partie du public catholique à se méfier du Magistère actuel.
On a vu plus haut que le livre n’hésite pas à accuser l’épiscopat français de pactiser avec la « culture de mort ». Page 79, gêné par les Assises chrétiennes de l’écologie organisée en 2011 par le diocèse de Saint-Étienne sous la présidence de Mgr Lebrun, M. de Larminat en est réduit à mettre en cause « la pensée dudit diocèse » : phrase faite pour instiller la méfiance.
Cette révolte sourde contre le magistère s’exprime de façon oblique, en tronquant des citations pour faire dire aux documents le contraire de ce qu’ils disent. Page 40, à l’aide de quatre lignes sorties de leur contexte, M. de Larminat transforme le message de Jean-Paul II du 1er janvier 1990 en une mise en garde contre l’écologie… alors que ce message est un plaidoyer flamboyant pour la responsabilité écologique ! Procédé d’une telle grossièreté qu’il suffirait à couler moralement le livre.

M. de Larminat ne s’en tient pas là. Ce grand chrétien, visiblement plus « pur » que les autres, règle ses comptes tous azimuts.
Page 80, il met au pilori : Jean Bastaire, Jean-Marie Pelt, Chrétiens en monde rural, les jésuites du Ceras, Diaconia 2013…
Page 169, il vitupère encore les jésuites, et les assomptionnistes, et Radio Vatican pour avoir osé donner la parole à Dominique Bourg. Il vitupère aussi le groupe de travail environnemental de la CEF, pour avoir invité le même Dominique Bourg à l’assemblée des évêques à Lourdes en novembre 2010…
Page 75, il s’en prend à Falk van Gaver, responsable de l’Observatoire socio-politique du diocèse de Toulon…
Page 295, M. de Larminat diffame Arnaud du Crest et Loïc Laîné (co-auteurs du document « Vivre autrement » du diocèse de Nantes) : il dit n’être « pas sûr » qu’ils aient « reçu la caution » de leur diocèse ; comme il n’était « pas sûr » non plus que Mgr Lebrun ait été d’accord avec les Assises qu’il avait organisées lui-même dans sa propre ville… Etc.
Pages 291-292, avec une aigreur cauteleuse, M. de Larminat s’en prend au document de la CEF de 2012 « Enjeux et défis écologiques pour l’avenir » piloté par Mgr Stenger. Que lui reproche-t-il ? D’être l’œuvre d’un groupe de travail où n’est pas représentée la « sensibilité » négationniste climatique. Tout en multipliant les courbettes et les pieux propos, M. de Larminat qualifie de « péremptoires » et « prétendument élaborées par des experts » les assertions qu’il n’aime pas dans ce document ; il déclare que « le mouvement écologiste chrétien » (les organismes d’Église dans ce domaine) est aux mains du « scientifiquement correct » (vocabulaire significatif) ; et il s’interroge : « les conférences épiscopales parviendront-elles à contenir un certain syncrétisme qui les menace de l’intérieur ? » On voit le raisonnement : puisque le document de la CEF ne nie pas le réchauffement climatique et le facteur anthropique, c’est que la CEF est en proie à la subversion. Et non seulement M. de Larminat se croit autorisé à dire qu’il y a péril en la demeure, mais il parle « des » conférences épiscopales au pluriel : donc de l’Église entière, au niveau mondial !

On reconnaît là le tocsin qui sonne dans les milieux ultralibéraux depuis l’arrivée du pape François, et qui s’est traduit par des attaques très violentes, contre celui-ci, de la part de médias américains comme « Forbes Magazine » ou « Fox News ».

 

Conclusion

– On a du mal à croire que Mgr Léonard ait lu cet ouvrage avant de lui accorder une préface, même très courte. En effet, les thèses de M. de Larminat contredisent objectivement les prises de position socio-économiques de l’archevêque belge : ainsi sa très vigoureuse homélie de Noël 2011. [2]

– M. de Larminat est allergique à la parole économique et sociale de l’Église d’aujourd’hui. Son livre cherche à faire écran entre elle et le lecteur. Il s’inscrit ainsi dans une campagne menée sourdement, en France, depuis l’arrivée du pape François ; celui-ci s’est en effet attiré l’hostilité de milieux qui paraissent redouter le contenu de sa prochaine encyclique.

– M. de Larminat semble manquer de justice et d’objectivité : son attaque repose sur des imputations fausses, forgées pour les besoins de la cause, et exprimées en des termes consonant avec les opinions d’un certain milieu. Son livre est spirituellement calomniateur : il attaque ad hominem des catholiques français (évêques, théologiens, laïcs engagés dans leurs diocèses), ainsi que plusieurs ordres religieux, dont il se permet de suspecter l’orthodoxie… alors que ses propres thèses déforment la pensée de l’Église ! L’historien des idées constate que cette manipulation réinvente la méthode de vieux réseaux qui avaient cherché à s’ériger en magistère parallèle, aux temps bien oubliés de la  »Cité catholique ». Ce phénomène ancien prend une dimension inédite aujourd’hui : grâce à l’internet et aux fièvres collectives de l’année 2013, cet esprit de clan croit désormais avoir les moyens de faire écran entre les évêques et une partie du public catholique. [3]

– L’ouvrage ressemble ainsi à un règlement de comptes, non seulement avec beaucoup de personnes (attaquées nommément en leur prêtant des idées qu’elles n’ont pas), mais avec l’institution.

– Pour ces raisons, il serait inopportun que des organismes catholiques, ou des paroisses, accueillent cet auteur dont les exposés constituent une désinformation. Mais il serait opportun d’organiser, dans les paroisses, des soirées d’étude non déformante des textes économiques et sociaux de l’Église.

[1] Enjeux et défis écologiques pour l’avenir, 2012.
[2] Homélie de Noël 2011 de Mgr Léonard : « Pour ma part, je sympathise volontiers avec les « indignés » qui, en plusieurs endroits du monde, protestent contre les méfaits du néolibéralisme qui déferle actuellement sur la planète, engendrant chômage, exclusion, pauvreté matérielle et spirituelle, parce que l’économie de profit est idolâtrée au détriment des plus vulnérables. Sans oublier les crises financières causées par la recherche effrénée du rendement immédiat et dont la facture sera principalement payée par les plus faibles… « Comme le pape, j’estime que c’est le devoir de l’État de corriger les excès de l’économie de marché afin de garantir le bien commun en obligeant les plus fortunés à se montrer solidaires des plus démunis. C’est pourquoi aussi j’appelle de mes vœux une autorité politique mondiale qui, tout en respectant le principe de subsidiarité, garantirait progressivement une solidarité entre toutes les nations de la planète. »
Ces mêmes idées (mais exprimées par d’autres) sont obliquement taxées d’hérésie par M. de Larminat dans son livre, pour lequel il a obtenu une préface de… Mgr Léonard – dans des conditions à éclaircir.
[3] Le Salon beige ne se cache pas de prôner un magistère parallèle. Son chef de file se réclame ouvertement de Jean Ousset (fondateur vers 1950 du réseau La Cité catholique), dont il met en ligne les textes de stratégie. Ces textes datent des années 1960 : époque où la guerre d’Algérie créait un conflit entre la hiérarchie de l’Église et des catholiques de droite et d’ultra-droite.

 

Stanislas de Larminat « L’écologie chrétienne n’est pas ce que vous croyez » (Salvator, avril 2014).

 

  • Phloppe

    Peut-être serait-il possible d’attaquer les propos de Stanislas de
    Larminat sans attaquer l’homme.

    Lobbyiste de l’agro-alimentaire… milieu sociologique assez particulier… il est obligé de diaboliser… M. de Larminat joue les
    inquisiteurs… s’exprime de façon oblique… il vitupère… M. de Larminat diffame… une aigreur cauteleuse… négationniste
    climatique… les milieux ultralibéraux… On a du mal à croire que Mgr Léonard ait lu cet ouvrage… dans des conditions à éclaircir… spirituellement calomniateur… il attaque ad hominem…

    Non ! Stanislas de L. n’attaque pas ad hominem. C’est vous : on peut combattre des idées sans prêter à leurs auteurs des motivations inavouables, ni leur supposer un milieu sociologique nauséabond, ni
    leur imputer des comportements méprisables…

    Dernière recours : la censure. « Il serait inopportun que des organismes catholiques, ou des paroisses, accueillent cet auteur… »
    Phloppe.

  • Enfants de la Riziere

    ATTENTION : ce texte n’est pas de Falk van Gaver, mais a été envoyé par un groupe de lecteurs qui a rédigé cette note de lecture !
    Merci de corriger !

Partagez cette page
Suivez l'OSP sur les réseaux