Le retour de la violence extrême

Le retour de la violence extrême
12 janvier 2015 OSP

Le retour de la violence extrême

Le retour de la violence extrême

Par Philippe Conte

A la suite de la période de réserve qui devait prévaloir après la mort d’êtres humains, vient le temps des questions ; et celle qui est la plus légitime, la plus urgente après cette période funeste de janvier 2015, c’est celle de l’identification des causes qui ont conduit des jeunes nés en France, formés à « l’école de la république », bombardés dès leur plus jeune âge par les média dominants, a se considérer comme des ennemis déterminés de leurs concitoyens.

Les origines de ce processus sont forcément multiples, et il est habituel (et d’ailleurs largement vrai) de noter les problèmes sociaux auxquels ils ont pu être confrontés : chômage, difficultés d’insertion, problèmes familiaux… Mais ce n’est bien sûr pas suffisant et il faut chercher plus avant !

Il est en fait indéniable que l’idéologie post-soixante-huitarde et ceux qui l’ont promue sont très largement responsables de cette situation. Bien que cela puisse paraître « capillo-tracté », je pense qu’il est assez facile de le montrer ; dans le même temps il n’est pas mystérieux que le corpus de valeurs auxquelles ces jeunes ont été exposés pendant des années porte en lui les germes de leurs actions ; car ce sont des hommes ! Quoiqu’en disent les humanistes à géométrie variable qui ont eu tôt fait de les traiter « d’animaux », de « barbares », de « non-humains ». Le discours dominant de l’école comme des média est responsable de la situation actuelle à quatre titres principaux.

1. Depuis 60 ans, il s’est construit dans notre pays une société multiculturelle. De nombreux exemples historiques (Empires romain, ottoman, états africains post coloniaux,…) ont abondamment montré que de telles sociétés connaissent des difficultés spécifiques liées à l’inhomogénéité de la société civile. Pourtant, cette réalité a été systématiquement niée ; les difficultés propres de ce type d’organisation ont été ignorées, les conditions d’une cohabitation sans heurts ont été négligées. Arcbouté sur un discours idéologique plus que centenaire (que l’on songe à la visite surannée de François Hollande aux cendres de Jules Ferry !), les couches sociales dirigeantes, n’ont pas voulu voir combien celui-ci était devenu vide de sens. Oubliant que toute liberté doit se traduire par une effectivité réelle de l’autonomie de l’action, que l’égalité ne peut être uniquement juridique et que la fraternité doit être vécue concrètement par des projets et des actions communes. Se payant de mots, les couches sociales dirigeantes n’ont pas voulu voir les structures communautaires alternatives émerger du vide procédural de leur institutions.

2. Ces jeunes, malgré les exclusions multiples dont ils furent l’objet, étant immergés dans le bain culturel français, il n’est pas étonnant qu’ils aient acquis un des virus les plus spécifiquement national de notre pays : la passion de l’égalité ! Avec ce sentiment chevillé au corps, comment accepter sans broncher le « deux poids – deux mesures » systématique qui est la marque de fabrique des média main stream ? Comment ne seraient-ils pas heurtés par une compétition victimaire bien inégale ? Inégalité que le traitement de la malheureuse affaire de « Charlie Hebdo » n’a fait que rendre encore plus évidente : du 1er au 7 janvier 2015, 364 civils tués en Iraq, pour les média RAS ; sur la même période 95 000 (sic)  enfants sont morts de faim, pour les média RAS. Quid du Congo, du Nigéria, des drones tueurs, des tortures ordonnées par les hommes politiques qui sont respectueusement accueillis dans notre pays ?… Pourquoi certains ont libre antenne pour leurs virulentes critiques et d’autres se trouvent exclus de tout accès au débat public ? La liberté d’offenser, disait Michel Onfray, mais pas pour tous… Les psychiatres savent bien que les « injonctions paradoxales » sont une des causes de la schizophrénie !

3. La troisième origine de cette dérive mortifère se trouve dans la manière stalinienne dont se déroule le débat public dans notre pays. Un petit club germanopratin prétend détenir la bonne parole, prétend surtout réduire chaque jour davantage le champ des sujets sur lesquels il est loisible d’avoir des opinions divergentes ! Les institutions républicaines sont hors débat (les derniers royalistes se voient même déchus potentiellement de leur nationalité puisque pour être Français, il faudrait être républicain !) ; la laïcité est hors débat ; les réformes sociétales, imposées au pays contre sa volonté depuis des années, sont hors débat ; l’histoire est hors débat (il n’est qu’à se remémorer l’accueil du livre de S. Gouguenheim « Aristote au Mont Saint-Michel ») ; le « planning familial » est hors débat ; les lois de discrimination positive sont hors débat ; l’avortement est hors débat ; le « mariage » de personnes de même sexe est hors débat ; la construction européenne est  hors débat ; la mixité scolaire est hors débat ; l’appartenance à l’Euro est hors débat ; le caractère maléfique de Vladimir Poutine est hors débat… et l’énumération n’est pas  exhaustive ! Tout le monde sait que la violence naît immanquablement de l’impossibilité de la parole. En monopolisant la parole publique, en interdisant toute parole divergente, l’intelligentsia parisienne porte une responsabilité écrasante dans l’accroissement des tensions et de la violence dans notre pays.

4. La quatrième cause à la survenue de cette violence débridée trouve également sa source dans le « background » communisant de la gauche française qui domine encore son inconscient malgré sa conversion au libéralisme économique. Il s’agit de la morale de l’action qui a sous-tendu les guerres révolutionnaires, les guerres de décolonisation et même en partie la seconde guerre mondiale ! Contrevenant à la doctrine chrétienne classique de la guerre juste dans laquelle les moyens doivent toujours rester proportionnés, les « progressistes » ont affirmé (et affirment toujours dans nos programmes scolaires !!) que tous les moyens étaient bons dans la lutte puisque la cause était juste ! On peut poser des bombes comme au « Milk-bar » d’Alger, on peut tirer dans le dos d’un adversaire désarmé, on peut, déguisé en civil, mener des actions de combat pour se fondre ensuite dans la population, on peut même se faire pardonner un massacre… Tout est autorisé dans la lutte pour l’émancipation ! C’est bien, cette « morale » proprement satanique qui a conduit trois enfants perdus de notre système éducatif à tirer sur des civils désarmés ou des hommes à terre, car ils croyaient sûrement que leur cause était juste ! Malheureusement ce n’est pas dans le Wahhabisme qu’ils pouvaient trouver de quoi les détromper. Wahhabisme dont il n’est pas inutile de rappeler que fin 18ème siècle, il était vu comme non-musulman par les courants traditionnels de l’Islam !

Conformément à la doctrine catholique, tous ces éléments n’enlèvent rien à la responsabilité personnelle des auteurs de ces actes, rien dans ce que nous avons noté n’introduisait une contrainte insurmontable. Fort heureusement la plupart de ceux qui furent confrontés aux mêmes circonstances n’agiront pas de façon similaire. Par contre, il s’agit d’un exemple frappant de ce que Saint Jean-Paul II a appelé « structures de péché » il déclarait en effet à Rome le 30 décembre 1987: «Il n’est pas hors de propos de parler de « structures de péché », lesquelles (…) ont pour origine le péché personnel et, par conséquent, sont toujours reliées à des actes concrets des personnes, qui les font naître, les consolident et les rendent difficiles à abolir. Ainsi elles se renforcent, se répandent et deviennent sources d’autres péchés, et elles conditionnent la conduite des hommes ».

Tant que ces causes perdureront, il faudra malheureusement nous attendre à des bouffées de violences épisodiques mais récurrentes, car, outre ces causes internes, il subsiste également toute une série de causes externes qui alimenteront l’incendie en permanence. Causes externes qu’une politique étrangère incompréhensible renforce chaque jour.

P C

  • Ollie Roline

    Vous parlez de  » la doctrine chrétienne classique de la guerre juste » : où avez vous vu dans l’évangile cette notion de guerre « juste » ?

    Je vous suggère de regarder la vidéo : Howard Zinn – Un mouvement pour la paix (3 guerres saintes – 2009)

    http://vimeo.com/117695486« 

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