Le pape est-il de gauche ?

Le pape est-il de gauche ?
26 novembre 2015 Dorothée Paliard

Le pape est-il de gauche ?

Par Falk Van Gaver. 26/11/2015.

« Un pauvre crie, le Seigneur entend… » (Psaume 33:7)

Avec ses déclarations anticapitalistes fracassantes, le pape François agace les catholiques libéraux, de droite comme de gauche, qu’ils soient adeptes du capitalisme mondialisé de la dérégulation néolibérale (« cathos de droite » sectateurs du libre marché) ou d’un capitalisme régulé par des réformes sociales-démocrates (« chrétiens de gauche » partisans du développement durable).

Les uns comme les autres tentent de minimiser voire de délégitimer son discours : cela va de la révolte ouverte d’économistes catholiques professionnels qui n’hésitent pas à dénier toute pertinence au magistère de l’Église sur les questions économiques et sociales et à remettre le pape à sa place de pasteur uniquement spirituel, à la stratégie plus finaude d’évitement et de contournement de la radicalité papale par la dilution du propos dans une interprétation minimaliste, conformiste et vaguement réformiste des paroles pontificales – bref, une subversion capitaliste de ces dernières.

Mais François n’en démord pas, il persiste et signe, et non content de prêcher, agit et pousse à agir en convoquant  à l’invitation de l’Église universelle des réunions mondiales des mouvements populaires d’opposition au capitalisme mondialisé. Nous ne reviendrons pas ici sur les prises de position insistantes et répétées du pontife catholique contre le capitalisme, dont Patrice de Plunkett a récemment montré la cohérence et la continuité dans un livre que tout catholique, et surtout tout économiste catholique, devrait lire et méditer[1].

Anticapitalisme, écologisme, populisme… Le pape est-il de gauche ? Si ses deux prédécesseurs étaient classés plutôt à droite, celui-ci passe plutôt à gauche, semble-t-il… Il a déjà lui-même répondu à l’accusation nord-américaine de « marxisme » , mais si François est de gauche, Jésus était d’extrême-gauche, il suffit d’ouvrir n’importe quel Évangile pour s’en convaincre. Et les tout premiers chrétiens, des révolutionnaires communistes et pacifistes qui vivaient en communautés autonomes où tout était mis en commun –  rouvrons les Actes des Apôtres…

Mais ce petit jeu-là, de la gauche et de la droite, est vain. Ni de droite, ni de gauche, encore moins du centre, le pape est en-deçà et au-delà de cette partition. Même si le catholicisme français est sociopolitiquement largement droitier, ne regardons pas l’Église universellement répandue par le petit bout de la lorgnette. Et profitons d’avoir un pape sud-américain pour accueillir avec gratitude les courants théologiques féconds, théologie de la libération et théologie du peuple dont se revendique le pape François, qui ont renouvelé, en Amérique latine comme dans de nombreux endroits du monde, le visage de l’Église et sa présence auprès des plus pauvres.

Car l’Église est là où sont les pauvres – et nulle part ailleurs.


[1]Patrice de Plunkett, Face à l’idole Argent, la révolution du pape François, Artège, 2015, 228 p., 17,50 euros

Partagez cette page
Suivez l'OSP sur les réseaux