Le néo-djihadisme, réaction au néant de la société de consommation

Le néo-djihadisme, réaction au néant de la société de consommation
12 janvier 2016 Dorothée Paliard

Le néo-djihadisme, réaction au néant de la société de consommation

Par Frederic Nissac. Janvier 2016.

            Alors que la France se remet difficilement du traumatisme des attentats du 13 novembre, le temps est venu de chercher le sens profonds de ces événements. Pourquoi est-il si difficile d’appréhender l’impensable ? Sans doute parce que l’expérience a perdu contact avec la raison. D’un côté, les attentats posent avec acuité la question du Mal et du sens de la vie. D’un autre, ils soulèvent de nombreuse questions.

            Pourquoi naissent cette radicalisation et cette interprétation fondamentaliste de l’Islam qui conduit au terrorisme ? Pourquoi dans notre civilisation, le dialogue, la raison ne parviennent-ils pas à vaincre la folie religieuse qui s’empare de la violence pour la sacraliser ?  « Il ne s’agit pas de la radicalisation de l’islam, mais de l’islamisation de la radicalité (1). » répond le politologue Olivier Roy. Le djihadisme ne serait que le masque pris par une jeunesse révoltée au point de céder à la haine et au Mal le plus absolu. Peut-être, mais la question demeure : pourquoi la révolte se manifeste-t-elle aujourd’hui d’une façon aussi nihiliste, meurtrière et suicidaire ?

            Benoît XVI a rappelé que « l’homme doit chercher la vérité ; il est capable de de vérité. » Mais celui-ci doit « s’assurer qu’elle n’a pas été falsifiée [et] a besoin de critères qui permettent de la vérifier (2). »  Or, que constatons-nous ? Que l’Occident post-moderne, au nom de la « dictature du relativisme », a annihilé toute forme de réflexion et de pensée critique. En voulant libérer l’individu, l’Occident l’a asservi. Pourtant, l’idée prédomine qu’en arrachant la personne à tous ses enracinements, qu’ils soient familiaux, culturels ou religieux, nous l’aurions fait accéder à la liberté politique et individuelle. N’est-ce pas Vincent Peillon, ancien ministre de l’Éducation nationale, qui affirmait vouloir « arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel » afin de lui « donner la liberté absolu du choix. » ?

            Cette thèse est ancienne. Elle a été résumée dans les années 1980 par le philosophe américain Christopher Lasch. Selon elle, seuls les déracinés pourraient accéder à la liberté intellectuelle et politique, ce qui « exigerait au préalable un programme éducatif ou un processus social (ou les deux) capable d’arracher les enfants à leur contexte familier, et d’affaiblir les liens de parenté, les traditions locales et régionales, et toutes les formes d’enracinement dans un lieu (3) ». Le résultat de ce processus est l’apparition d’une culture de masse planétaire qui, en s’imposant aux hommes comme n’importe quelle autre marchandise, éradique les anciennes cultures populaires. Or, cette nouvelle culture, loin d’engendrer une mentalité éclairée et indépendante, a fabriqué un nouvel asservissement.

            Chez nous, ce phénomène s’impose aujourd’hui à tous, aux Français comme aux populations issues de l’immigration récente. Une société qui se décompose entièrement est évidemment moins apte à accueillir sans trop de heurts une grande quantité d’immigrés que pouvait l’être une société cohérente et relativement heureuse. Que constate-t-on dans les « quartiers difficiles » où le néo-djihadisme recrute si ce n’est l’illettrisme généralisé et la banalisation de la violence ? Conséquences funestes de ce double déracinement : les immigrés ont perdu leur culture et leurs pays, très notoirement, sans pouvoir en trouver d’autre. Et les Français sont dans le même cas, et à peine plus secrètement.

            La proposition de la revue de l’Association des maires de France de réclamer une loi interdisant les crèches de Noël dans les lieux publics illustre cette violence symbolique extrêmes contre les traditions populaires. La crèche est un symbole religieux qui fait partie de notre histoire depuis le haut Moyen Âge. Sous une forme mêlant le profane et le religieux, à travers la tradition des santons, elle fait partie de la culture populaire provençale depuis le XVIIIème siècle. Laisser croire que l’on résoudra le problème de l’islam radical en s’attaquant à la plus innocente des traditions chrétiennes est ahurissant.

            Français ou étrangers, issus de l’immigration ou non, nous incarnons tous ce post-humain sans attaches et sans possibilités de s’enraciner dans une culture qui s’est elle-même sabotée. Ce n’est donc pas en tant qu’étrangers à la France que les déracinés de banlieue posent problème, mais en tant qu’ils sont les parfaits produits de la nouvelle France, celle qui se renie elle-même.

            On impute aux jeunes issus de l’immigration le « rejet du mode de vie occidental », rejet qui résonne comme le pire acte de barbarie aux yeux de nos élites. Mais comment pourrait-il en être autrement lorsqu’une civilisation qui n’est plus que l’ombre d’une ombre se présente comme un modèle indépassable ? Lorsque celle-ci a noyé le souci du prochain dans les eaux glacées du calcul égoïste et ne propose d’autre horizon spirituel à la société que celui de la consommation ?

            Face à la chute du modèle occidental, la jeunesse déracinée que nous avons fabriquée, qu’elle soit issue de l’immigration – et donc doublement déracinée – ou qu’elle ne le soit pas, cherche à reprendre racine. Que certains se tournent vers l’islam radicalisé doit être compris comme une réaction au néant de la société de consommation et une quête de nouvelles racines. Le fait que tout rejet du mode de vie occidental et de sa culture de masse soit présenté comme la pire des barbarie explique la radicalité de ce rejet. Que cela se fasse exclusivement ou presque au profit de l’islam salafiste n’est pas étonnant : notre société veut, en effet, être jugée sur ses ennemis plutôt que sur ses résultats. Mais que l’on ne s’en étonne pas. Christopher Lasch nous avait prévenu, « le déracinement détruit tout, sauf le besoin de racines. » Il est temps de retrouver nos racines.

 

(1) Olivier Roy, « Le djihadisme est une révolte générationnelle et nihiliste », Le Monde, 24 novembre 2015.

(2) Benoît XVI, Lumière du monde, éditions Bayard, 2010.

(3) Christipher Lasch, Culture de masse ou culture populaire ? Éditions Climats, 2001.

  • Ermort

    « Une société qui se décompose entièrement est évidemment moins apte à accueillir sans trop de heurts une grande quantité d’immigrés que pouvait l’être une société cohérente et relativement heureuse. »

    Erreur. L’islam n’est pas compatible, quelque soit le degré de bonne santé de nos sociétés occidentales. L’histoire, 1400 ans, l’a bien montré.

    « Ce n’est donc pas en tant qu’étrangers à la France que les déracinés de banlieue posent problème, mais en tant qu’ils sont les parfaits produits de la nouvelle France, celle qui se renie elle-même. »

    Aveuglement d’un gentil dhimmi qui rêve d’un monde bisounours.

    Le monde islamique n’a jamais produit la moindre richesse, mais a détruit partout où il passait. Ensuite, pour survivre, il s’est attaché les services des dhimmis. Aujourd’hui encore, quel pays musulman est capable de technologie, par exemple. De création musicale? Etc. Pour faire des routes, en Algérie, il faut des Occidentaux ou des Chinois. Pour faire des immeubles, dans les pays du Golfe, rentiers du pétrole, il faut des ingénieurs de chez nous. De même pour tenir leurs finances. La liste est longue… et quasiment complète.

    Avant de chercher des excuses qui ne tiennent pas la route, allez réfléchir au fond des choses. Si effectivement nos sociétés occidentales ne vont pas bien dans certains domaines essentiels, ceux de l’être et de l’esprit notamment, elles sont très évoluées, à de nombreux points de vue. Et la confrontation de cette réussite avec l’échec évident de l’Islam crée la radicalisation. Celle-ci n’a pas attendu les vagues d’immigration pour resurgir.

    Dans nos pays, les immigrés musulmans n’ont pas à se démener pour savoir comment se loger, comment se nourrir, etc. « On » leur donne tout. Ce faisant, cela ne leur rend évidemment pas service, ne respecte pas leur dignité (à notre point de vue, car, pour un musulman, il est normal que le dhimmi travaille pour lui) et cela leur donne la possibilité de se consacrer entièrement au djihad, contre un monde qu’ils ont appris à détester depuis tout petits (voir les livres de classe dans ces pays, par exemple) et qu’ils détestent plus encore quand ils vivent réellement leur échec civilisationnel face à notre monde.

    • Micheldeguibert

      Tout ce qui est excessif est insignifiant…

  • timurlange

    Ermort semble très bien connaître l’islam, que je connais aussi assez
    bien, car je considère depuis une quinzaine d’années que c’est le plus
    grand danger auquel la civilisation occidentale se trouve confrontée, et je l’ai donc étudié. Je souscris absolument à tout ce qu’il écrit. Ce qui ne veut pas dire que tout ce qu’écrit Frédéric Nissac est faux: je suis entièrement d’accord avec son analyse de notre société actuelle, même si je suis en désaccord avec ses conclusions concernant le néo-djihadisme.
    En effet, les tueries sans motif apparent qui se font depuis quelque temps aux Etats-Unis, et qui ne sont généralement pas le fait de musulmans,, montrent bien que la société occidentale y est pour quelque chose. D’ailleurs, il y avait déjà beaucoup de musulmans en France il y a 40 ans, et il n’y avait pas de terrorisme islamique.
    Toutefois, la France, et en général les sociétés de consommation, ne sont pas les seuls pays où s’est manifesté le terrorisme islamique. L’attentat kamikaze du 13 mai 2003 à Casablanca a tué 31 personnes et fait plusieurs centaines de blessés. Il y avait 14 kamikazes. Et on ne peut pas dire que le Maroc soit une société de consommation.
    Ceci étant dit, il faut que Frédéric Nissac sache qu’un bon musulman ne peut pas s’intégrer: c’est contraire à l’islam, qui doit au contraire absorber toutes les populations non musulmanes, en les convertissant de gré ou de force. Qu’il se réfère en cela à l’interview de l’ancien roi du Maroc Hassan II par Anne Sinclair, Hassan II disant qu’un émigré marocain ne sera jamais un bon français, car il est musulman.
    Pour ceux qui veulent comprendre l’islam, je conseille la lecture du livre qu’a écrit le journaliste et historien Jacques Servier en 1923: « L’islam et la psychologie du musulman » que l’on peut trouver un peu partout sur des blogs, et en particulier ici:
    https://servier1923fr.wordpress.com/

    • Philippe

      Ce vieux bouquin n’est guère qu’une suite de lieux communs sans autres bases (et s’est un fameux paradoxe!) que la Sira. Or la véracité celle-ci est plus que jamais mise en question par les chercheurs qui y voient une rétroversion de certains versets coraniques.
      De plus les relents Galtoniens fleurent bon l’entre-deux guerres!

      A éviter, sauf pour y étudier la mentalité pseudo-scientifique de cette période!

      • timurlange

        « Philippe », ou plutôt « Mohamed », ou « Ali » ou « Abdallah », car c’est un musulman: j’ai reconnu le style d’un « savant musulman », essaye de discréditer l’auteur d’un livre qui a démythifié la pseudo-civilisation arabe. Cela devrait encourager ceux qui me lisent à étudier ce document.

        Comment ai-je été, moi, amené à le lire? A la suite d’une réflexion que je me suis faite un jour: comment des Bédouins vivant dans un environnement très hostile ont-ils pu faire tout ce qu’on leur prête: invention de l’algèbre, grandes découvertes en astronomie, en médecine, etc Tout cela nécessite d’avoir son intendance assurée, pour avoir le temps de la réflexion. J’ai donc cherché sur internet, Google étant mon ami, et j’ai trouvé.

        Je crois qu’on peut quand même reconnaître aux Arabes l’invention du sabre courbe: c’est tellement plus commode pour couper les têtes! Il est d’ailleurs écrit dans le coran: si ton ennemi est plus fort que toi, pactise avec lui, mais dès qu’il a le dos tourné, coupe lui la tête.

        D’ailleurs, si les Arabes avaient eu cette grande civilisation, où en sont les restes? Circulez, il n’y a rien à voir dans la péninsule arabique: les monuments de la civilisation arabe sont à voir dans les pays conquis « pacifiquement » (l’islam, religion de paix et d’amour!).

        • Philippe

          Pour avoir « le style d’un savant musulman » il suffit de s’intéresser vraiment à la question et non de lire des pamphlets quelque peu datés.
          Pour ceux que les premiers temps de l’Islam intéressent réellement, je vous encourage à lire les 3 tomes de Frère Bruno Bonnet-Eymard sur le Coran. C’est plus long, plus difficile, mais plus sérieux.

Partagez cette page
Suivez l'OSP sur les réseaux