Le mixeur social

Le mixeur social
18 janvier 2016 Dorothée Paliard

Le mixeur social

Par Thierry Fournier. Janvier 2016.

La « mixité sociale », voilà un des grands chantiers de l’actuelle législature, ou devrais-je dire une des idéologies dominantes portées par le gouvernement.

Après avoir décrété que le mariage n’avait plus vocation à être uniquement mixte (un homme et un femme), voilà que la société doit se « mixiser » au nom, paraît-il, du vivre ensemble et de l’intégration de tous, et c’est à l’École que cela commence. On a donc jugé en haut lieu que la Carte Scolaire était insuffisante. Désormais, outre le critère géographique, les élèves seront « dispatchés » dans tel ou tel collège en fonction des critères sociaux de leurs parents.

L’expérimentation sera mise en place par la Ministre Najat Vallaud-Belkacem dans une vingtaine de départements à la rentrée 2016. Elle n’entend pas « forcer la main », dit-elle, mais seulement « persuader les familles » (1). On apprécie la nuance. En vérité, le texte qui se prépare donne le vertige (secteurs multicollèges, critères et modalités d’affectation, solutions taillées sur mesure, redécoupage de secteurs, reconfigurations locales, critères de priorité…) et s’apparente à une nouvelle usine à gaz dont notre Éducation Nationale a le secret. Sous l’emballage cadeau, on découvre un inquiétant « fichage social » qui laissera les familles dans l’incompréhension d’un système qui décide de tout et qui rogne peu à peu les derniers espaces de liberté.

On est cependant en droit de se demander ce que vise exactement le gouvernement avec ce dispositif.

Soyons concrets. Sous couvert de « mixité sociale », les puissants logiciels du ministère vont faire une cuisine impeccable, parfaitement dosée, pour que le plat (bien mixé) ait le même goût sur tout le territoire. Mais, ne nous faisons pas d’illusions, les établissements élitistes le resteront car les enfants de ceux qui forment de telles lois y sont scolarisés.

Le problème vient de ce que l’État n’est plus en capacité de gérer la diversité de sa population, du fait d’origines multiples non assimilées et de cultures antinomiques ; une réalité qui atteint de plein fouet notre École. La « mixité sociale » est donc appelée à devenir la nouvelle potion magique du gouvernement. La recette est simple. Il s’agit, moyennant des critères sociaux incontestables, de « rebrasser » les élèves pour rééquilibrer les établissements difficiles. C’est le principe du mixeur. Quid de l’intérêt de l’enfant ???

Le beau mot de « mixité sociale » est donc non seulement une utopie adolescente, c’est surtout une tromperie à très grande échelle. D’ailleurs, nos VRP ministériels, qui prêchent la bonne parole, sont incapables de la vivre pour eux-mêmes. Qui sont leurs amis ? Quels quartiers habitent-ils ? Quels restaurants fréquentent-ils ? Quels sports pratiquent-ils ? À quels cercles appartiennent-ils ? Où partent-ils en vacances ? Il est clair que la « mixité sociale » ne fait pas partie de leur quotidien.

Sans prôner une société cloisonnée, nous savons que l’homme aspire à chercher celui qui lui ressemble, favorisant ainsi le partage et la compréhension mutuelle.

L’ouverture à l’autre, au-delà des différences, est une valeur très noble et éminemment chrétienne. Mais celle-ci doit venir du cœur, de la volonté, et n’a pas vocation à être décrétée au nom d’un égalitarisme forcené.

Mais surtout, que le noble désir de mixité ne fasse pas oublier toutes les formes qu’elle peut revêtir car la mixité est dans la Création. Aucun être ne ressemble à un autre. S’emparer du seul critère de « mixité sociale », c’est se contenter de regarder la réalité par le trou de la serrure, au lieu… d’ouvrir la porte.

  • La Lettre de l’Éducation (Le Monde) n° 863 du 16 novembre 2015

www.fournierdemeyere.fr

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