Le libéralisme, seul véritable humanisme

Le libéralisme, seul véritable humanisme
22 janvier 2015 OSP
Pascal Salin

Le libéralisme, seul véritable humanisme

 Le libéralisme, seul véritable humanisme

par Pascal Salin

Professeur honoraire à l’Université Paris-Dauphine

Ancien président de la Société du Mont Pèlerin

 

Le discrédit dont souffre le libéralisme à notre époque, et plus particulièrement en France, est un phénomène étonnant et consternant. En réalité, ce discrédit prend appui sur des caricatures du libéralisme, complaisamment répandues par ceux qui ont intérêt à le combattre ou qui ignorent –parfois volontairement – ce qu’est le véritable libéralisme. C’est ainsi que l’on prétend que le libéralisme défend les riches contre les pauvres, qu’il donne pour objectif aux être humains la seule recherche du profit matériel, qu’il prône l’individualisme, etc. Rien n’est plus faux et c’est pourquoi tous ceux qui sont épris de vérité devraient avoir à cœur de mieux connaître le libéralisme. Malheureusement, les Français ont très rarement l’occasion de faire ce réexamen intellectuel et je suis d’ailleurs frappé de constater, par exemple, que tous les jeunes qui tombent par hasard sur une explication correcte de ce qu’est le libéralisme sont émerveillés par sa cohérence intellectuelle et la solidité de son fondement éthique.

Le libéralisme est en effet à la fois une méthode d’analyse et une éthique. C’est une méthode d’analyse car il consiste à penser – ce qui devrait être évident – qu’on ne peut comprendre le fonctionnement d’une société qu’en ayant une vision réaliste de ce qu’est un être humain, de sa nature profonde, de son comportement. Une société, en effet, n’est pas une sorte de grande machine, mais c’est un ensemble d’hommes et de femmes qui ont chacun leur individualité, mais qui vivent des interactions entre les uns et les autres et qui sont donc, de ce point de vue, nécessairement solidaires les uns des autres. L’éthique libérale, pour sa part, implique qu’il existe un devoir universel, celui qui consiste à respecter les droits légitimes de chacun. Bien sûr, chacun d’entre nous possède par ailleurs ses propres principes de morale personnelle concernant la manière de se comporter avec autrui. Ces morales personnelles sont très respectables, à condition cependant qu’elles ne soient pas incompatibles avec l’éthique universelle du respect des droits légitimes d’autrui.

Les valeurs libérales sont des valeurs chrétiennes ou sont, tout au moins, totalement compatibles avec elles. C’est le christianisme qui a permis l’émergence de la liberté individuelle dans le monde occidental, ce qui a d’ailleurs permis le décollage économique et permis à des masses innombrables de sortir de la misère. Avec le christianisme, comme avec le libéralisme, l’homme n’est pas qu’un rouage dans la grande machine sociale, mais une personne qui mérite le respect en tant que telle.

Libéralisme et christianisme partagent un socle commun du point de vue des valeurs universelles. Mais, bien sûr, dans ce cadre général chacun peut développer ses propres conceptions morales. Ainsi, le christianisme considère l’altruisme comme une vertu. Mais ceci n’a rien d’incompatible avec le libéralisme. En effet un libéral doit être intransigeant avec le devoir universel consistant à respecter les droits d’autrui, mais il n’a pas la prétention de suggérer une conduite particulière aux êtres humains, par exemple de leur suggérer – ou, encore moins, de leur imposer – un comportement altruiste ou égoïste vis-vis de telle ou telle personne ou catégorie de personnes. Il considère que cela relève de la responsabilité personnelle et qu’il est de son devoir de respecter ces morales personnelles aussi longtemps qu’elles ne viennent pas en contradiction avec le devoir universel de respect des droits d’autrui. C’est pourquoi il est absurde de dire que le libéralisme défend l’égoïsme. Reposant sur le respect absolu des personnes, le libéralisme s’interdit de porter des jugements sur les conduites et les opinions des individus, sauf s’ils portent atteinte aux droits légitimes d’autrui. Ainsi il considèrera comme parfaitement respectable la conduite généreuse d’une personne. Mais il récusera la prétention de l’Etat à effectuer une redistribution des ressources par l’usage de la contrainte, qui constitue par elle-même une atteinte à la liberté et aux droits des personnes. La solidarité est digne de respect lorsqu’elle est volontaire, elle ne l’est pas lorsqu’elle est obligatoire. Dans ce dernier cas, au demeurant, elle constitue d’autant moins une valeur morale qu’elle sert en réalité, bien souvent, de moyen pour les hommes politiques afin de servir leurs propres intérêts personnels : ils obtiennent des voix aux élections en distribuant les ressources qu’ils ont prélevées par la force sur certains contribuables. Et ceci est d’ailleurs d’autant plus contestable que nombreux sont ceux qui supportent le poids des impôts sans le savoir.

En s’attribuant ainsi un quasi-monopole dans l’exercice de la solidarité, l’Etat détruit les solidarités naturelles. Il détruit en effet les incitations à travailler, à épargner, à innover, à entreprendre pour créer des ressources (puisqu’il prélève une grande partie du fruit de tous les efforts), ce qui porte atteinte à la prospérité de tous et nuit en particulier aux plus pauvres. Mais il détruit en même temps la propension des individus à agir de manière généreuse dans la mesure où ils sont amenés à considérer que ce rôle est dévolu à l’Etat.

On voit par là-même à quel point il est erroné de prétendre que le libéralisme s’attache aux valeur matérielles, qu’il défend les riches contre les pauvres, les puissants contre les opprimés. C’est, bien au contraire, l’interventionnisme étatique qui, en privant les individus de l’exercice complet de leur liberté, provoque la guerre de tous contre tous. Comme l’a si bien dit, au début du XIXe siècle, le grand économiste français Frédéric Bastiat (un chrétien convaincu qui est d’ailleurs enterré à l’église Saint-Louis des Français à Rome) « L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde ». Il ne faut alors pas s’étonner si, dans un pays comme la France, on a le sentiment que la plupart des citoyens sont aigris, revendicatifs, frustrés : leur sort ne dépend plus que marginalement de leurs propres efforts et de leur sens de la responsabilité, il dépend de ce que l’Etat leur prendra et leur donnera dans cette guerre de tous contre tous.

Quel contraste avec ce que serait une société parfaitement libérale reposant sur la liberté de chacun et donc sur la responsabilité individuelle ! Une telle société, totalement respectueuse des droits de chacun, serait pacifique et prospère. Elle permettrait à chacun de vivre selon ses propres principes moraux, ses propres objectifs et ses propres décisions. Ne pourrait-on pas alors faire confiance aux être humains pour construire par leurs interactions cette société pacifique que chacun de nous désire au fond de lui-même ? Et ne doit-on pas s’étonner que les citoyens remettent tellement de décisions concernant leur vie à des hommes et des femmes qui ne sont pas choisis pour leur sens de l’éthique ni d’ailleurs pour leurs compétences, mais le plus souvent pour les promesses qu’ils font et qui sont financées par la captation de ressources qu’ils n’ont pas créées et qui ne leur appartiennent donc pas ? Il ne faut d’ailleurs pas s’étonner si, dans ce monde immoral construit par les hommes de l’Etat, on rencontre à travers le monde toutes sortes de scandales de corruption et d’enrichissements illicites ? Ce sont évidemment ces mêmes personnages qui partent en guerre contre le libéralisme car celui-ci menace leurs privilèges et leurs spoliations. Ils n’hésitent pas pour cela à travestir la réalité et à présenter le libéralisme comme ce qu’il n’est pas. Dans ce monde terriblement politisé où nous nous trouvons malheureusement, particulièrement en France, la confusion des idées atteint alors un niveau invraisemblable. On en vient à reprocher à de prétendues politiques libérales (qui n’en sont pas) les échecs dus à l’interventionnisme étatique. On en vient même, comme l’a déclaré récemment Marine Le Pen, à prétendre que le libéralisme est un totalitarisme, alors qu’il est et qu’il a toujours été le seul véritable ennemi des totalitarismes !

La confiance que nous mettons dans les êtres humains et dans leurs extraordinaires capacités ne doit-elle pas alors nous conduire à espérer que toutes ces confusions, ces mensonges et les catastrophes qui en résultent vont se dissiper et qu’en êtres libres ils pourront vivre dans une société harmonieuse et pacifique ?

 P S

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