Le libéralisme contre le Bien commun

Le libéralisme contre le Bien commun
8 octobre 2015 Dorothée Paliard

Le libéralisme contre le Bien commun

Par Arnaud Guyot-Jeannin.

L’anthropologie libérale définit l’homme comme un être essentiellement calculateur, rationnel et intéressé par maximiser ses intérêts. Elle se trouve en contradiction avec la conception classique de l’ordre traditionnel selon laquelle l’homme est un animal social et solidaire des différents membres appartenant aux communautés naturelles incluses dans la cité (famille, commune, métier, paroisse). Percevant l’individu comme une monade isolée et non une personne reliée à ses communautés d’appartenances, le libéralisme ne connaît que des producteurs et des consommateurs – le fameux homo oeconomicus de la modernité- et non le Bien commun inhérent à tout peuple.

L’unité du libéralisme

Le libéralisme s’avère unitaire. Qu’il soit religieux, moral, philosophique, politique ou économique, il plaide en faveur d’un individualisme prédateur (exaltation du vice égoïste de l’homme) et un d’un utilitarisme absolu (axiomatique de l’intérêt). Il rabat l’existence individuelle sur la prospérité matérielle. L’appât du gain, la cupidité, le lucre, l’opulence et la productivité comme horizon de sens matériel, représentent les paradigmes de l’homme moderne. Le don, l’altruisme, la prodigalité, la gratuité, le service deviennent des vertus traditionnelles considérées comme obsolètes par l’oligarchie libérale.

Le libéralisme moral et culturel va de pair avec le libéralisme économique. Tous deux sont progressistes, nomades et par conséquent destructeurs des structures traditionnelles. En bons lecteurs d’Aristote, Christopher Lasch et Jean-Claude Michéa ont bien repéré que ce libéralisme bicéphal était en réalité intrinsèquement lié à « la chrématistique », c’est-à-dire à la domination de l’argent dans l’ordre social. Le système de l’argent qui a vu se déployer la crise sociale de ses dernières années !

Le renard libre dans le poulailler libre

Bien sûr, il existe un libéralisme économique avec quelques variantes nationales et/ou sociales. Mais, il s’agit alors d’un libéralisme rhétorique, hybride et constructiviste qui ne s’appuie plus sur son essence économique propre. Le libéralisme ne se confond pas avec la défense des libertés, mais avec la loi de la jungle : celle qui valide la boutade bien connue « de la liberté  du renard libre dans le poulailler libre ». Le libéralisme ne laisse pas d’autre choix au sociétaire que de se rallier à lui ou de mourir….

 Le capitalisme est l’autre nom du libéralisme économique. En bon analyste et critique du capitalisme – non comme thuriféraire de la société sans classe et de la dictature du prolétariat-, Marx en a révélé les deux principales caractéristiques : l’exploitation de l’homme par l’homme et l’accumulation du capital et du profit. Or, le capitalisme libéral s’exprime à travers la loi du marché. Il prône une société de Marché et non une société avec des marchés. Alors ? Alors, « aucun homme ne peut servir deux maîtres. Car toujours il haïra l’un et aimera l’autre. On ne peut servir à la fois Dieu et Mammon » affirme l’apôtre Mathieu (6, 24), saint patron des banquiers et des comptables. La doctrine sociale de l’Eglise et les encycliques papales n’auront de cesse de mettre en garde les personnes et les communautés contre le déchaînement de l’agent.

La destination universelle des biens

Face au marché autonome, « desencastré » (Karl Polany) – des sphères culturelles, politiques et sociales – auto-régulé et auto-régulateur, Saint Thomas d’Aquin réclamait «  la destination universelle des biens ». Un Bien commun synonyme d’Amour de l’autre. Une charité spirituelle, politique, économique et sociale.

Au nom du « Laisser faire, laisser passer » (Turgot),  le libéralisme promeut une libre circulation des marchandises, des capitaux et des hommes – dont les règles sont celle d’un monde sans règles-, favorisant le déracinement, la précarité et une anomie sociale, sans précédent. La financiérisation de la société s’accompagne d’une paupérisation et d’une immigration incontrôlée qui abolissent toutes valeurs communes, toute régulation sociale et toutes frontières historiques. En fait d’aller et de venir, le libéralisme tue toute liberté de se déplacer librement.

Pour une économie fraternelle

Déjà en son temps, à la fin du XIX e siècle, René de la Tour du Pin, l’un des théoriciens principaux du catholicisme social, pouvait affirmer en désignant le libéralisme, le marxisme et le corporatisme :« Il y a trois écoles irréductibles en économie sociale : celle où l’on considère l’homme comme une chose ; celle ou on le considère comme une bête ; et celle où on le considère comme un frère ». Une économie sociale chrétienne vise la fraternité des membres d’une même communauté de travail, mais en luttant préalablement et radicalement contre le libéralisme global et le socialisme collectiviste qui reste un échec comme alternative historique. Se libérer du libéralisme pour retrouver les voies de la liberté !

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