Le gouvernement contre le peuple

Le gouvernement contre le peuple
7 janvier 2015 OSP

Le gouvernement contre le peuple

La Grèce fait à nouveau la Une des médias. Incapable de s’entendre pour élire un président, les parlementaires grecques retournent devant les urnes le 25 janvier prochain. Tous les prognostiques annoncent une arrivée au pouvoir de la coalition de gauche radicale, Syriza.
Ce serait la première fois dans la zone euro qu’un parti anti-austérité arriverait au pouvoir. Comment en sommes-nous arrivés là, alors que les plans de sauvetage de l’Union européenne, à renfort de centaines de milliards d’euros, s’enchaînent les uns après les autres depuis quatre ans ?
La diable se cache dans le détail, et c’est le détail du soit disant « plan de sauvetage » qu’il faut regarder pour comprendre où sont allés les fonds versés à la Grèce, ainsi que les causes réelles de l’arrivée annoncée de Syriza au pouvoir.
Depuis mars 2010, l’Union européenne (UE) et le Fonds monétaire international (FMI) ont versé 23 tranches de financement au titre du soit disant « sauvetage » de la Grèce, soit 209 milliards d’euros. Mais aucun détail sur l’utilisation de ces fonds n’a été donné.
Selon une étude indépendante autrichienne, au moins 77% des fonds versés ont bénéficié directement ou indirectement au secteur de la finance. « 58,2 milliards d’Euros (28,13%) ont servi à recapitaliser les banques grecques — au lieu de restructurer ce secteur trop grand et moribond de manière durable et de laisser les propriétaires des banques payer pour leurs pertes. »
101,331 milliards d’Euros, soit 48,98%, sont allés aux créanciers de l’État grec. Parmi ces fonds, « 55,44 milliards d’Euros ont été utilisés pour rembourser des bons du Trésor arrivés à échéance —au lieu de laisser les créanciers assumer le risque pour lequel ils avaient préalablement perçu des intérêts ». Sur les fonds restants, 34,6 autres milliards d’euros « ont servi de prime d’incitation pour obtenir l’accord des créanciers sur le prétendu « allègement » en mars 2012. 11,3 milliards d’Euros ont été affectés au rachat de la dette en décembre 2012, lorsque l’État grec a racheté des bons presque sans valeur à ses créanciers. »
43,7 milliards d’euros, enfin, soit 22,46% ont alimenté le budget de l’État ou n’ont pu être clairement affectés.
Il est clair que le but des dirigeants de l’Union européenne est de sauver un secteur bancaire corrompu – et ses propriétaires. Mais pas la population, mise elle aussi à contribution pour sauver le secteur financier à travers une cure d’austérité et de souffrance sans précédent. Même le très libéral Financial Times a admis, le 24 novembre dernier, l’absurdité de cette politiqu, expliquant que « La gauche radicale a raison sur la dette de l’Europe ». Et de conclure : « Il est particulièrement tragique que les partis de la gauche dure soient les seuls à soutenir des politiques de simple bon sens, comme la restructuration de la dette ». Pressentant le séisme grec, le même Financial Times jugeait quelques semaines plus tard (30 décembre 2014) que « les électeurs sont le maillon faible de l’eurozone » !
Une actualité qui fait résonner comme jamais les mots du Pape François, le 16 mai 2013 : « La solidarité qui est le trésor du pauvre, est souvent considérée comme contre-productive, contraire à la rationalité financière et économique. Alors que le revenu d’une minorité s’accroît de manière exponentielle, celui de la majorité s’affaiblit. Ce déséquilibre provient d’idéologies promotrices de l’autonomie absolue des marchés et de la spéculation financière, niant ainsi le droit de contrôle aux États chargés pourtant de pourvoir au bien-commun. S’installe une nouvelle tyrannie invisible, parfois virtuelle, qui impose unilatéralement, et sans recours possible, ses lois et ses règles. En outre, l’endettement et le crédit éloignent les pays de leur économie réelle, et les citoyens de leur pouvoir d’achat réel. A cela s’ajoute, si besoin en est, une corruption tentaculaire et une évasion fiscale égoïste qui ont pris des dimensions mondiales. La volonté de puissance et de possession est devenue sans limite. Derrière cette attitude se cache le refus de l’éthique, le refus de Dieu. Tout comme la solidarité, l’éthique dérange ! » À bon entendeur…
Luc Richard

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