Le dimanche à Toulon

Le dimanche à Toulon
4 juin 2012 webmaster

Le dimanche à Toulon

Par le Père Louis-Marie Guitton.

Face à la récente autorisation d’ouverture des magasins tous les dimanches à Toulon, les catholiques peuvent légitimement s’interroger sur cette « marchandisation » du temps libre et retrouver, à l’instar des premiers chrétiens, le sens du dimanche. Le dimanche, c’est vital !

 

« Dans notre société avide de consommation et de profits à court terme, le dimanche est soumis à forte pression. Les rythmes modernes conjuguent facilité de déplacement et rapidité des communications. Ils renforcent les tendances à l’individualisme et font sauter les équilibres hérités de l’histoire qui régulent nos vies. On les croit naturels, mais c’est oublier un peu vite qu’ils furent parfois conquis de haute lutte. » (Le Dimanche au risque de la vie actuelle, Conférence des évêques de France, 01.02.2008)

« Les commerçants de Toulon autorisés à ouvrir tous les dimanches », titrait Var Matin du 21.04.2012, informant de la décision prise par la mairie d’offrir la liberté d’ouvrir le dimanche aux commerces non-alimentaires, dans la totalité des quartiers de la ville. Faut-il se réjouir de cette autorisation d’ouvrir tous les dimanches accordées aux commerçants de Toulon ?

On peut légitimement s’interroger en effet sur ce qui est présenté comme un atout commercial, une « ère nouvelle », voire une petite révolution. Une fois accordées les dérogations au principe du repos dominical, il apparaît que le chemin n’est plus très long vers une disparition de ce jour « sanctuarisé».

Nous ne pouvons que regretter de voir que les priorités qui gouvernent ce processus sont précisément celles qui menacent le plus la cohésion sociale et le développement authentique de la personne humaine : le culte de la consommation nuit à une vraie culture de la solidarité. Le consumérisme ne rend pas heureux : piètre réponse à la question du bonheur qui nous habite tous ! L’homme vaut bien plus par ce qu’il est que par ce qu’il possède, produit, achète ou vend. Le travail, pourtant précieux, peut lui-même parfois devenir un esclavage ou même une idolâtrie.

Ce jour reste pour nous un jour à part, où peut être si bien mise en relief la dignité de l’homme, sa capacité à s’ouvrir à Dieu et aux autres. La question n’est pas seulement de se lamenter parce que le supermarché ouvert le dimanche tend à devenir un temple et la consommation une religion. Le dimanche est pour nous un principe d’humanité et d’humanisation de la société.

Assumant le sabbat juif, le dimanche est devenu pour les chrétiens le seigneur des jours, où l’on fait mémoire de la libération d’Egypte et de la résurrection du Christ. Un jour pour nous libérer de l’esclavage d’un matérialisme envahissant et rendre un culte à Dieu, offrant ainsi un horizon et une espérance à notre vie. Le dimanche, donnant le sens du temps, structure notre vie et construit la vie en commun. C’est comme une « Pâque hebdomadaire », a rappelé le pape Benoît XVI à Bari (29.05.2005) puis en Autriche (07.09.2007) : « Notre existence quotidienne débute chaque semaine avec le dimanche. »

Chaque chrétien peut se demander : « Qu’as-tu fait de ton dimanche ? » Car le repos dominical, principe de résurrection au milieu de nos vies, n’est pas tant obligatoire que vital, comme le proclamaient en l’an 304 les martyrs d’Abitène : « Sans le dimanche, nous ne pouvons pas vivre ! »

N’y a-t-il pas des libertés plus importantes à défendre que celles de pouvoir vendre ou faire du shopping le dimanche ? Liberté de se reposer, de pouvoir se retrouver ensemble, simplement, antidote pour les familles contre la dispersion et la division ; liberté de faire attention les uns aux autres, face à l’individualisme destructeur ; liberté d’être solidaires, de partager et d’aimer… gratuitement, face à l’égoïsme ambiant !

Si comme chrétiens nous redisons avec force notre attachement au dimanche chômé, nous pensons que ce jour est porteur d’un message pour toute la société, auquel on ne peut renoncer sans dommages. Et si l’ouverture des magasins conduisait surtout à l’enfermement angoissant dans la spirale de la consommation ?

Il est temps de retrouver, de vivre et proclamer le sens du dimanche !

 

Photo de Jean-Baptiste Rossi.

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