La laïcité exclut-elle l’Eglise de la sphère politique ?

La laïcité exclut-elle l’Eglise de la sphère politique ?
30 mai 2016 Dorothée Paliard

La laïcité exclut-elle l’Eglise de la sphère politique ?

Un candidat à la prochaine élection présidentielle a récemment déclaré au magazine chrétien La Vie : « Quand (…) on me dit que l’Église peut prendre des positions politiques, moi le catholique, dont toute la famille est catholique, je dis non. » Pourtant, dans le difficile contexte actuel, nombreux sont les catholiques qui attendent des évêques des repères clairs. Est-ce alors vraiment le rôle de l’Eglise d’intervenir dans le débat public ? 

Que dit la Bible ?

Dans le Nouveau Testament, il est clair que Jésus lui-même a refusé de se substituer au pouvoir politique. A Pilate qui lui demande s’il est le roi des Juifs, le Christ répond « Mon Royaume n’est pas de ce monde » (Jn 18,36). Une autre phrase fonde la distinction entre la sphère religieuse et la sphère politique : « Ainsi donc, rendez à Dieu ce qui est à Dieu, et à César ce qui est à César » (Lc 20,25).

D’où vient le concept de laïcité ?

Le mot « laïque » est un terme d’origine religieuse qui désigne ceux qui n’appartiennent pas au clergé. La laïcité est d’ailleurs esquissée dès les premières pages de la Genèse en montrant que Dieu crée un monde distinct de lui, autonome, et libre.

Cela veut-il dire que la sphère religieuse est coupée de la sphère politique ?

Il faut d’abord souligner que les chrétiens, même s’ils sont prêtres ou évêques, sont des citoyens à égalité avec les autres. Le concile Vatican II rappelle que : « Si, par « autonomie du temporel », on veut dire que les choses créées ne dépendent pas de Dieu et que l’homme peut en disposer sans référence au Créateur, la fausseté de tels propos ne peut échapper à quiconque reconnaît Dieu » (Gaudium et Spes 36). L’Eglise a le devoir de défendre le bien commun. Elle porte un jugement moral sur les questions politiques car on ne peut pas séparer le « légal » du « moral ».

Faut-il faire évoluer la laïcité française ?

En France, une certaine vision de la laïcité, que j’appellerais laïcisme, a souvent servi à étouffer l’expression publique de la foi et à rejeter l’Eglise. Ce fut le cas lors de la révolution française ou de la spoliation de l’Eglise en 1905. Aujourd’hui encore, la violence de cet ostracisme se manifeste lorsqu’on brûle l’effigie d’un évêque, ou lorsqu’un président du Conseil constitutionnel récite une prière blasphématoire.

Le Pape François a déclaré au journal La Croix : « La petite critique que j’adresserais à la France est d’exagérer la laïcité. Cela provient d’une manière de considérer les religions comme une sous-culture ».

Le philosophe Pierre Manent affirme qu’« Au lieu de regarder la séparation comme le secret (…) du développement européen, nous devons plutôt chercher ce qui a été tout au long de notre histoire le principe de réunion et d’association de l’homme européen. » Et il conclut ainsi : « L’unité, ou plutôt la recherche d’unité, est principe de vie. »

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