L’abus de 4° pouvoir

L’abus de 4° pouvoir
13 septembre 2016 Dorothée Paliard

L’abus de 4° pouvoir

Par Rémy Mahoudeaux. Septembre 2016.

Verbatim d’un célèbre journaliste (à moins que ce ne soit un animateur) exaspéré que l’on puisse critiquer son émission :

 

« Vous, les médias (…), vous saviez peser le pour et le contre, vous stimuliez le débat, vous faisiez réfléchir les Français. Maintenant ce sont 100 connards sur un réseau social qui vous dictent votre façon de penser »

« Ça rappelle le courrier des lecteurs, ça n’a aucune valeur. Il faut que les journalistes reprennent le pouvoir »

 

Les médias sont un pouvoir. Le 4°, celui qui vient en dernier dans la chronologie, après l’exécutif, le législatif et le judiciaire. Mais peut-être le premier dans la préséance, à le voir courtisé continuellement par les 3 autres : tel président se rendra sur les attentats de Charlie Hebdo avec son conseiller communication, plutôt que celui dédié à la sécurité intérieure (dont j’espère qu’il existe). Tel magistrat fera fuiter telle information sur une affaire ou se répandra en interviews. Tel député ou sénateur fera valoir son action législative. Les trois pouvoirs « historiques » tentent d’instrumentaliser les médias, qui ne se privent en retour d’instrumentaliser juges, législateurs et décideurs publics. Un jeu de barbichette un peu puéril au regard des enjeux.

Par le passé, les médias communiquaient à sens unique : pas ou peu de feed-back, ce retour de l’audience qui permet de mesurer un accord ou un désaccord, une incompréhension, une objection légitime ou non. Mais maintenant, les médias bénéficient, grâce à internet, des atouts offerts par l’interactivité. Mais ont-il appris à s’en servir ? Ont-ils compris que l’arrogance des postures n’a plus droit de cité ?

En France, les médias traditionnels perdent le pouvoir qu’ils ont pu exercer. Les réseaux sociaux peuvent gagner la course à la part de marché, mais sont-ils des médias ? Certes avec eux il faut aussi filtrer et tenir compte de la loi de Sturgeon (90 % de tout est de la merde). Il y a aussi des limitations intrinsèques : ce n’est pas en 140 caractères que l’on peut exposer une opinion élaborée à partir d’une analyse détaillée sur un problème complexe. Mais nous ne lisons pas tous exclusivement des publications de revues scientifiques avec comité de lectures (qui ont en outre prouvé ne pas être des filtres 100 % efficaces ni indépendants). Les médias entre ces deux extrêmes inspirent assez de défiance pour qu’ils ne s’exonèrent pas d’un salutaire examen de conscience.

Dicter une façon de penser, reprendre le pouvoir : l’animateur-journaliste semble privé de son hochet, lui échappe l’influence qu’il pouvait exercer. Mais sa vision du pouvoir – et il semble l’avouer sans honte – n’est-elle pas d’instrumentaliser son audience, d’en faire sa chose ? Les rares fois où j’ai regardé son émission ou des extraits, il ma surtout donné l’impression de susciter un débat univoque, partial, suintant une « bien-pensance » à laquelle je suis réfractaire. « Ne jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste » nous dit le 9° article de la charte de München qui parle de déontologie des journalistes.

Mon opinion est que cet animateur-journaliste opère dans une structure de péché, un média qui prétend être indépendant mais ne l’est pas, un instrument de propagande à la solde d’intérêts qui le dépassent peut-être. Il convient sans doute de ne pas lui imputer personnellement plus de responsabilités qu’il n’a, en bonne justice, à en assumer. La faute est collective et diluée.

Pour ceux qui auraient 20’ de plus à consacrer au problème de la propagande véhiculée par les médias, je conseille de visionner l’interview d’Olivier Berruyer par Russia Today au bout du lien https://www.les-crises.fr/video-olivier-berruyer-les-gens-pensent-quil-ny-a-pas-de-propagande-dans-les-democraties/. Sans être toujours d’accord avec l’animateur du blog « Les Crises », j’ai le plus grand respect pour son travail, ses analyses et son opinion. Et surtout n’oubliez pas de fréquenter assidûment les médias non-traditionnels, ceux des chemins de traverse comme celui que vous lisez ici. C’est le meilleur contre-pouvoir pour s’opposer aux errances des médias ayant pignon sur la rue principale.

 

 

 

 

 

 

 

 

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