La reconnaissance de la Palestine par le Vatican?

La reconnaissance de la Palestine par le Vatican?
19 mai 2015 Dorothée Paliard

La reconnaissance de la Palestine par le Vatican?

Par Pierre Jovanovic .

En visite au Vatican samedi 16 mai pour la canonisation de deux religieuses palestiniennes, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas aurait été qualifié par le Pape François « d’ange de la paix ». Ou plus précisément, le Saint-Père lui aurait dit : « Que l’ange de la paix détruise l’esprit mauvais de la guerre. J’ai pensé à vous : que vous puissiez être un ange de la paix ». Ce qui est une singulière différence. En tout cas, la formule est plus louangeuse que réservée habituellement au responsable palestinien par les médias israéliens, qui persistent à l’appeler « Abou Mazen », son nom de guerre à l’époque où l’Organisation de libération de la Palestine pratiquait le terrorisme.

Mahmoud Abbas, dont l’entourage a troqué la kalachnikov pour la mallette de billets, à travers le détournement de subventions onusiennes (« peace-business », comme on dit sur place) n’est certes pas un ange. Mais il a un puissant esprit mauvais qui se dresse en face de lui : les négociations parlementaires israéliennes (deux mois après les élections législatives) ont accouché d’un des gouvernements les plus à droite de l’histoire d’Israël. Benjamin Netanyahu conserve son poste de Premier ministre, et doit partager le gâteau, ou plutôt le hoummous, avec trois types de partenaires. Les ultra-orthodoxes sépharades du parti Shas, les centristes du parti Kulanu, et le Foyer Juif, un mouvement sioniste-religieux représentant les colons. Les premiers sont surtout motivés par la conservation des privilèges des Juifs religieux en Israël, et globalement hostiles aux Palestiniens. Les seconds s’adressent aux classes moyennes, plus intéressées par le niveau de vie que par les accords de paix. Quant au troisième, il est ouvertement opposé à toute pacification avec les Palestiniens. Son leader Naftali Bennett, nommé ministre de l’Education, a ainsi pu se vanter d’avoir « tué beaucoup d’Arabes », quand il était sous les drapeaux. Le gouvernement israélien est donc fort peu disposé à relancer les pourparlers avec les Palestiniens. Comme si ce n’était pas suffisamment clair, Netanyahu a confié le dossier des négociations au ministre de l’Intérieur Silvan Shalom, un « faucon » notoire.

Les Palestiniens ont vu le « processus de paix » (nom officiel donné à la suite des accords d’Oslo de 1993) être enterré d’année en année. Celui-ci avait pour objectif l’établissement d’un Etat palestinien distinct d’Israël. Au lieu de cela, le grignotage des territoires palestiniens par les colonies israéliennes s’est poursuivi, et une large partie de ces territoires demeure, directement ou indirectement, sous occupation israélienne. Les zones dirigées par l’Autorité palestinienne de Ramallah se réduisent à un archipel de petits îlots, laissés sur le bord d’une annexion à petit feu, par le fait accompli.

Pourtant, c’est de manière quasi-officielle que le Saint-Siège vient de reconnaître « l’Etat de Palestine », par la finalisation d’un accord signé en 2000 avec les responsables palestiniens, sur le statut de l’Eglise catholique. Celle-ci, bien que minoritaire parmi les quelque 50 000 chrétiens palestiniens (dont 50 % sont grecs-orthodoxes), possède de nombreux biens immobiliers, et les meilleures écoles qui font des Palestiniens une nation historiquement cultivée et intellectuelle. Surtout, son rayonnement universel offre une reconnaissance de poids à l’Autorité palestinienne.

En reconnaissant ainsi l’Etat de Palestine, le Vatican souhaite soutenir le gouvernement palestinien, dernier dinosaure du nationalisme arabe laïque, qui défend toutefois une revendication très actuelle pour les chrétiens du Moyen-Orient : « des droits de pleine citoyenneté », selon les mots de Mahmoud Abbas. Pour échapper à l’alternative entre émigrer et créer des bastions de chrétiens, coupés du reste des populations, les chrétiens d’Orient ont pour seule issue de se faire reconnaître comme citoyens à part entière de leurs nations, en allant au-delà des clivages religieux.

Le Vatican espère également relancer le processus de paix, dans la mesure de ses moyens. L’Eglise catholique, par son poids mondial, et ses activités des deux côtés des belligérants, demeure un acteur écouté dans les négociations entre Palestiniens et Israéliens, davantage qu’une France, désormais assimilée, avec François Hollande, à un soutien d’Israël, et qu’une diplomatie européenne hésitante, et divisée entre pro-Palestiniens et pro-Israéliens jusque dans ses services : ainsi, le rapport 2012 de la représentation de la Commission européenne en Israël sur la colonisation à Jérusalem-Est avait été transmis avant sa publication à Netanyahu par des diplomates issus de nations alliées aux Israéliens…

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