La crise des réfugiés, la Syrie, et nous.

La crise des réfugiés, la Syrie, et nous.
2 novembre 2015 Dorothée Paliard

La crise des réfugiés, la Syrie, et nous.

Retour sur le week-end de jeunes engagés en politique avec l’OSP. Par Baptiste Charles.2 novembre 2015.

Comment apporter un regard chrétien à la crise des réfugiés? Tel était le thème du dernier week-end de l’OSP, organisé pour les jeunes professionnels, « jeunes » leaders engagés dans la vie de la Cité. Question cruciale car, l’urgence médiatique nous l’a montrée, des milliers de réfugiés se pressent à nos portes, fuyant une guerre civile sans fin en Syrie. Question cruciale aussi car, en tant que chrétiens, comment pouvons-nous garder les bras ouverts?

Ces questions ont été posées alors que nous nous rassemblions sous un radieux soleil du Sud. Les rencontres commencèrent avec les Soeurs de l’Agneau, des dominicaines mendiantes, qui se sont installées dans le quartier de La Rose, à l’orée des quartiers Nord de Marseille. Il n’est pas rare qu’elles viennent en aide à des familles qui viennent de perdre un des leurs dans ces règlements de compte. Elles sont passées par les entrées des immeubles éclairées de lumignons en mémoire de celui qui a été décrit à 20h comme « la 14ème victime des règlements de compte marseillais » -mais elles n’ont pas enchaîné sur la météo et Les Experts. Et l’islam qui s’est installé dans nos banlieues, abordant frontalement nos racines chrétiennes? Elles ne sauraient qu’en dire, sinon qu’elles ont été souvent accueillies et nourries par des familles musulmanes de Marseille.

De retour à Toulon, l’amiral Magne, ancien commandant du porte-avions et ayant dirigé des missions au Proche-Orient, nous expose la situation géopolitique de la Syrie qui cause la fuite des réfugiés. Nous tentons de clarifier les positions de l’armée régulière, l’armée rebelle, Daech, et Al-Nosra… « Un merdier innommable », conclue-t-il avec sa terminologie militaire. Les cartes clarifient les positions des forces en présence ainsi que des différentes ethnies, et les photos de son voyage sur place avec Mgr Rey, en août dernier, rendent compte avec force de la réalité de la guerre civile. Vu de là-bas, quand des villes sont en ruines, que les factions forgent des alliances avec l’un puis avec l’autre indifféremment, qu’ils ne savent plus contre qui ils sont censés se battre -si ce n’est contre ses concitoyens- la fuite ne paraît plus si insensée qu’avec un regard européen.

Il ne faut pas s’y méprendre, ceux qui tentent de rallier l’Europe sont ceux qui en ont les moyens. Pierre Jovanovic, journaliste qui s’est rendu sur le parcours des réfugiés en Serbie, les a rencontrés. Les flux qui se précipitent sur nos frontières, ce sont des dizaines de milliers de personnes. Ce sont souvent des médecins, des instituteurs, des professeurs d’université. Ce sont des hommes, souvent, et de plus en plus de femmes et d’enfants. Dans des conditions drastiques, ces gens (qui sont à 90% syriens), cherchent à gagner l’Allemagne, le Danemark, la Suède… Rarement la France.

Quelle attitude avoir, alors? Pour nous qui avons nos racines à défendre, nos clochers à protéger contre des invasions de kebabs, que faire? Après tout, la situation nationale est suffisamment drastique sans qu’on accueille des infiltrés de Daech dans nos salons et nos presbytères. On est d’accord que la charité chrétienne nous pousse à accueillir nos frères et sœurs dans l’humanité, mais ces flux vont se rajouter à nos 10% de chômeurs. Il faut arrêter de se plier à l’instrumentalisation de nos bons sentiments par la bien-pensance médiatique, non?

Certes. Il nous faut défendre nos racines gauloises. Comme le rappelle Philippe Loiseau, qui a travaillé dans le social, avec des pauvres et des sans domicile fixe pendant plus de vingt ans, « ça me manque de plus pouvoir aller cueillir le gui pour faire ma potion magique » à cause de l’invasion musulmane. Il est évident que la charité ne doit pas se faire au prix du bon sens. Quand on vit dans un petit appartement et que l’on peine à joindre les deux bouts, à l’impossible nul n’est tenu.

L’accueil est un devoir chrétien et humain. A-t-on le droit de laisser mourir des gens sur le bord de la route? Non, sans équivoque. Nous faisons néanmoins face à une situation qui voit des gens fuir leur pays en nombres inégalés depuis la Seconde Guerre Mondiale, comme l’a rappelé le pape François devant le Congrès américain. La réponse doit donc être coordonnée au niveau européen et mondial. Telle est l’urgence. Notre humanité nous l’impose, tout comme elle nous pousse à exercer notre raison face à ce problème. Et il incombe à nos responsables de créer les conditions géopolitiques pour que ces réfugiés puissent rester dans leur pays. Ils ne partent pas de gaieté de cœur mais bien par nécessité, aspirant à une vie qui ne soit pas déchirée par la guerre.

Les nations passent, les civilisations aussi. L’utopie fait toujours du bien, et il est nécessaire de vivre avec des idéaux. Concédons la binarité du choc des civilisations. L’islam nous envahit en bloc?  Qu’avons nous à défendre? Pourquoi le défendre avec autant de véhémence maintenant? L’avons nous toujours défendu avec autant de certitude quand nous pensions avec confort avoir l’ascendant culturel?

« Lorsqu’on sent sa langue méprisée, sa religion bafouée, sa culture dévalorisée, on réagit en agitant avec ostentation les signes de sa différence. Pour aller résolument vers l’autre, il faut avoir les bras ouverts et la tête haute et l’on ne peut avoir les bras ouverts que si l’on a la tête haute. » -Amin Maalouf, Les Identités meurtrières

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