Idéologie contraceptive

Idéologie contraceptive
4 février 2015 Dorothée Paliard

Idéologie contraceptive

Par Pierre-Olivier Arduin.

Dans Evangelium vitae dont nous fêterons le mois prochain le 20e anniversaire, Saint Jean Paul II défend avec force le magistère d’une « Eglise catholique accusée de favoriser l’avortement parce qu’elle continue obstinément à enseigner l’illicité morale de la contraception » (n. 13).

Double connexion avec l’avortement

Objection doublement spécieuse, répond le saint Pape, car les « contre-valeurs de la mentalité contraceptive, bien différentes de l’exercice responsable de la paternité et de la maternité réalisé dans le respect de la pleine vérité de l’acte conjugal sont telles qu’elles rendent précisément plus forte cette tentation face à la conception d’une vie non désirée ». Deux décennies plus tard, trois chercheurs de l’Institut national d’études démographiques (Ined) lui donnent implicitement raison : « Depuis les années 1970, la diffusion des méthodes efficaces de contraception a permis de diminuer la fréquence des grossesses non souhaitées mais lorsqu’elles surviennent, le recours à l’IVG est plus fréquent, et finalement le nombre total d’IVG en France n’a pas baissé [1]».

Deuxièmement, ajoute Jean-Paul II, « l’étroite connexion que l’on rencontre entre la contraception et l’avortement est confirmée de manière alarmante par la mise au point de préparations chimiques, de dispositifs intra-utérins et de vaccins qui agissent en réalité comme des moyens abortifs aux tout premiers stades de développement de la vie ». L’analyse clairvoyante de Jean-Paul II est malheureusement d’une actualité brûlante.

Reconfiguration du paysage contraceptif

Deux tendances lourdes structurent en effet aujourd’hui les nouvelles stratégies contraceptives à l’échelle mondiale : la promotion et la mise au point de produits dont les mécanismes d’action sont massivement « contragestifs », c’est-à-dire susceptibles de provoquer de multiples avortements précoces, et la volonté politique d’aboutir à une couverture contraceptive mondiale des femmes jusque dans les endroits les plus reculés de la planète.  En France, la controverse sur les risques pour la santé des pilules de 3e et 4e génération ayant débouché sur la fin de leur remboursement début 2013 n’a entraîné « aucune désaffection vis-à-vis de la contraception »[2]. Les chercheurs de l’Ined parlent d’une « reconfiguration du paysage contraceptif » qui s’est accompagnée d’une augmentation du recours au stérilet, notamment chez les femmes les plus jeunes et les plus diplômées. Les autorités sanitaires françaises n’ont de cesse depuis 2013 d’encourager ce phénomène car les dispositifs intra-utérins ont des effets antinidatoires redoutablement efficaces sur la vie humaine à peine conçue. Mêmes recommandations aux Etats-Unis où la Société américaine de pédiatrie fait du stérilet le « moyen optimal de contraception » dès 15 ans. A côté du dispositif intra-utérin, il existe par ailleurs tout un arsenal de nouveaux produits permettant un contrôle de la procréation toujours plus drastique.

Mondialisation du contrôle reproductif

Dans ce domaine, la Fondation Bill et Melinda Gates est aux avant-postes pour la mise au point de nouvelles technologies concernant les implants et les contraceptifs injectables. Objectif : toucher les quelques 200 millions de femmes des zones rurales des 20 pays les plus pauvres[3]. Avec l’appui de l’Organisation mondiale de la santé, la Fondation Gates va financer dans les semaines qui viennent l’injection de millions de doses d’un « contraceptif low cost » à la manière d’une piqûre d’insuline. Le principe actif, en plus de son effet anticonceptionnel d’une durée de trois mois, s’oppose à la survie de tout embryon éventuellement fécondé pendant cette période. Le site de la Fondation Gates explique clairement son projet : accroître la demande de contraceptifs dans les zones les plus pauvres, concevoir des implants et contraceptifs injectables à longue durée d’action, étudier le concept de stérilisation non chirurgicale ou de vaccination bloquant l’implantation de l’embryon dans l’utérus,… L’ancien PDG de Microsoft a par ailleurs marqué les esprits en annonçant dernièrement la mise au point –  par une équipe du prestigieux Massachussetts Institute of Technology (MIT) financée par sa fortune personnelle –, d’un implant connecté permettant de délivrer en fonction des rapports sexuels des micro-doses hormonales pendant 16 ans grâce à une puce contrôlée par une simple télécommande. Le produit, dont la molécule active n’est autre que le lévonorgestrel de la pilule abortive du lendemain, devrait être commercialisé dans les pays émergents à l’horizon 2016.

Lutter contre les colonisations idéologiques

A Manille, le Pape François a eu des mots très fermes contre la mondialisation de l’idéologie anti-vie et a reproposé l’encyclique Humanae vitae à toutes les familles du monde : « Soyons attentifs aux nouvelles colonisations idéologiques qui cherchent à détruire la famille (…). Je pense au bienheureux Paul VI au moment où lui était posé le problème de la croissance de la population, il a eu le courage de défendre l’ouverture de la famille à la vie (…) Il regardait les peuples de la terre et il a vu cette menace de destruction de la famille par la privation d’enfants. Qu’il nous bénisse depuis le ciel en cet après-midi » (Rencontre avec les familles, 16 janvier 2015).

[1] Magali Mazuy, Laurent Toulemon, Elodie Baril, « Un recours moindre à l’IVG mais plus souvent répété », Population et Sociétés, numéro 518, Ined, janvier 2015.

[2] Nathalie Bajos et l’équipe Fecond, « La crise de la pilule en France : vers un nouveau modèle contraceptif ? », Population et Sociétés, numéro 511, Ined, mai 2014.

[3] http://www.gatesfoundation.org/fr/What-We-Do/Global-Development/Family-Planning.

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