La Grève des Pilotes d’Air France et le corporatisme.

La Grève des Pilotes d’Air France et le corporatisme.
29 septembre 2014 webmaster

La Grève des Pilotes d’Air France et le corporatisme.

Par Philipe Conte.

« Compte tenu des fonctions et de la productivité de chacun, de la situation de l’entreprise et du bien commun, la rémunération du travail doit assurer à l’homme des ressources qui lui permettent, à lui et à sa famille, une vie digne sur le plan matériel, social, culturel et spirituel » (Concile Œcuménique Vatican II)

Le reproche de corporatisme est souvent adressé aux pilotes d’Air France, qui en sont, au moment où j’écris, à leur treizième jour de grève. Ce reproche est en partie justifié, mais certainement pas dans le sens dans lequel il est généralement exprimé. En effet la cause première de la grève est la résistance au dumping social ; or celui-ci n’est certes pas une évolution propre au domaine du transport aérien et le fait que les salaires des pilotes soient largement au-dessus de la moyenne ne change rien à l’affaire. Il est même navrant (quoique peu surprenant dans la décadence morale actuelle) que des responsables politiques tentent en réalité de remuer le sentiment supposé de jalousie et d’envie de la population pour affaiblir le mouvement social.

Non, le reproche de corporatisme peut à bon droit être adressé aux pilotes, mais également à bien d’autres catégories de Français du fait de leur manque de solidarité quand les premières victimes du dumping social se sont retrouvées privées de leur emploi. Quand les industries textile ou sidérurgiques ont été frappées par les effets de la « concurrence libre et non faussée », chacun a pensé par devers lui, tant pis pour eux ! Ce ne sont que des ouvriers ! Ils doivent accepter un changement inévitable ! Chacun se croyait à l’abri, particulièrement les catégories supérieures du salariat protégées par leur formation de haut niveau. Ce temps-là est fini ! Ces sacrés chinois se sont mis à aller à l’université plutôt que de fabriquer des slips !

La majorité (très étroite) des Français qui ont voté « oui » au traité de Maastricht pensaient qu’avec l’Europe, au moins, ils seraient à l’abri des excès les plus grave de cette concurrence ; las ! Le fondement même du « droit social européen » c’est la concurrence ! La commission affirme sans ambages : « le droit du travail européen est indissociable du marché unique » (source http://ec.europa.eu/). Lors du deuxième référendum, dont le résultat a été volé aux Français, les électeurs échaudés ont renâclé devant la directive Bolkestein destinées à accentuer encore le dumping intra-européen. Mais en réalité, la directive sur les travailleurs détachés qui permet d’appliquer la « protection sociale » du pays d’origine pour des travailleurs employés en France (jusqu’à 2 ans !) sous ce statut de mission, date de 1996 ; deux ans après Maastricht. Pour Bruxelles « le détachement d’un travailleur résulte de l’exercice par l’employeur du droit de libre prestation de services trans-frontières prévu à l’article 56 du traité » (Source http://europa.eu/).

Aujourd’hui, les pilotes d’Air France protestent légitimement contre l’embauche de pilotes sous d’autres statuts, soumis à d’autres règles sociales, d’autres standards de travail. Que n’ont-ils été, au bon moment, solidaires des ouvriers ! Ce dumping social (et également environnemental) qui permet à l’Allemagne de bénéficier des bas salaires de sa zone économique orientale, qui permet à la Chine d’être (provisoirement) l’usine du monde, au gouvernement de Washington d’aspirer « les cerveaux du monde entier » en réduisant un tiers de sa propre population à la misère, ce dumping social est sans limite. Le salaire minimum en Ukraine (aujourd’hui associée à l’Union Européenne) est de 70€ mensuels ! Les industriels chinois délocalisent à leur tour vers les régions intérieures du pays à salaires inférieurs, voire vers l’Afrique ! La grève à Air France est un signal ; plus personne ne sera protégé, plus personne n’est à l’abri. Les libéraux diront (et ce n’est pas entièrement faux !) que cela est très bon et permettra le développement du monde. Le seul bémol à insérer à ce chant de victoire est qu’il faudra au mieux des décennies pour que le salaire moyen de RDC soit à 1500€ et que pendant ces décennies, sans mesures politiques, les salaires français seront inéluctablement tirés vers le bas. Rappelons-nous que les salaires grecs et portugais ont baissé de façon drastique en quelques années (Grèce : -20%) ; en France même la part des salaires dans le PIB baisse de façon continue depuis 1984, passant de 80% de la valeur ajoutée à moins de 70% aujourd’hui. « L’effort » n’est toutefois pas prêt d’être achevé ! Pourtant le critère de l’évaluation du salaire dans la Doctrine Sociale de l’Eglise n’est certes pas la comparaison avec les salaires de Papouasie-Nouvelle-Guinée !

Non son montant n’est relatif qu’à la valeur créée et aux besoins des travailleurs : « Compte tenu des fonctions et de la productivité de chacun, de la situation de l’entreprise et du bien commun, la rémunération du travail doit assurer à l’homme des ressources qui lui permettent, à lui et à sa famille, une vie digne sur le plan matériel, social, culturel et spirituel » (Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 67: AAS 58 [1966] 1088-1089).

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