Front national: Le retour de la lutte des classes?

Front national: Le retour de la lutte des classes?
10 février 2015 Dorothée Paliard

Front national: Le retour de la lutte des classes?

Par Luc Richard.

Rien de nouveau après l’élection législative partielle du Doubs, le 8 février dernier. Le candidat PS l’a emporté face à la candidate du Front national. Rien de nouveau, vraiment ?

Le quotidien Le Monde voit les choses différemment. « En politique, les mouvements souterrains et invisibles sont souvent bien plus déterminants que les éruptions, fussent-elles électorales (…) Il n’y a qu’en surface que le séisme a été évité. Car, face à la dynamique électorale du FN, les digues tombent les unes après les autres. » Et de prédire des lendemains qui déchantent pour les « partis de gouvernement » lors des élections départementales de mars, où le FN est donné à presque 30% dans les sondages.

Ce qui ne change pas, ce sont les leçons qu’en tire le « cercle de la raison », ce conglomérat de spécialistes, de journalistes et de politiciens dont les paroles interchangeable coulent à débit égal dans les médias. En bref, « les gens » votent FN parce que ce sont des crétins peu éduqués – le trait est à peine forcé.

Le grand philosophe et historien Marcel Gauchet parlait, en désignant le système politico-médiatique, d’une « oligarchie imposant ses choix dans le mépris de la masse. » C’était dans un article remarquable, intitulé « Les mauvaises surprises d’une oubliée : la lutte des classes » et publié en 1990 dans la revue Le Débat. Tout où presque y était déjà dit sur les causes de l’émergence du Front national.

Marcel Gauchet faisait l’hypothèse que la fracture avec les élites s’est joué sur la question de la montée des insécurités et que, dans ce domaine, une inégalité inouïe s’est installée. Alors que, dans le passé, la richesse attisait la convoitise, les élites d’aujourd’hui sont bien protégées. Protégées des atteintes physiques aux personnes et aux biens. Protégées de l’insécurité culturelle de la société (ou plutôt de la dissociété) multiculturelle et multiconflictuelle. Comme le dit le géographe Christophe Guilluy, « le bobo qui vote Delanoë est le premier à fuir la carte scolaire », c’est à dire à se préserver de la « mixité » qu’il prône pour les autres. Ajoutons aujourd’hui : protégées des conséquences sociales du libéralisme économique du fait d’un capital social et culturel qui leur permet l’accès au droit et aux meilleurs emplois dans les métropoles dont le cœur bat au rythme de la mondialisation.

Dans le même temps, les plus pauvres subissent de plein fouet ce que Marcel Gauchet appelait déjà il y a vingt-cinq ans la « violence sociale ». Le problème n’est nouveau que pour ceux qui conservent hier comme aujourd’hui les mêmes œillères idéologiques et décident que, lorsque les classes populaires refusent massivement par référendum la poursuite de l’intégration européenne (55% de « non » au référendum de 2005), celle-ci doit quand même leur être imposée.

Dans une enquête en avance sur son époque, le journaliste Philippe Cohen posait l’alternative. Les élites seront bientôt confrontées à un choix radical : protéger les classes populaire des insécurités, ou bien être balayées par ces mêmes classes populaires.* Nous y sommes.

  • Bravo ! Gauchetisme !

    • Olivier Francois

      A l’attaque !

      • Robert Patulacci

        Il faut !

        • Olivier Francois

          Tu dois !

          • Robert Patulacci

            Classo-lutto-luco-richardisme !

          • Robert Poulardier

            Bravo !

          • Gros Jean.

            Anarsite !

          • Robert Patulacci

            Oui, bon.

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