Frédéric Ozanam était-il libéral?

Frédéric Ozanam était-il libéral?
21 septembre 2017 Dorothée Paliard

Frédéric Ozanam était-il libéral?

Regard sur sa pensée politique,

par Charles Vaugirard – Universités d’été de la Sainte Baume

“Une pensée qui sera celle de toute ma vie, je veux dire l’alliance du christianisme et de la liberté”. Ainsi parlait Frédéric Ozanam dans sa profession de foi aux électeurs du département du Rhône pour les élections législatives du 23 avril 1848, à laquelle il était candidat (et où il fut battu). Ozanam est une figure éminente du catholicisme social du XIXe siècle, né en 1813 et mort en 1853 à l’âge de 40 ans, il a fondé en 1833 la Société de Saint Vincent de Paul et il est un des fondateurs de la démocratie chrétienne, une grande famille de pensée politique. Le Pape Jean-Paul II l’a béatifié il y a exactement 20 ans, le 22 août 1997, durant les JMJ de Paris. C’est dans l’homélie de sa béatification que Jean-Paul II l’a qualifié de « précurseur de la doctrine sociale de l’Eglise ».

Mais ce leader de la pensée sociale chrétienne peut-il être considéré comme un libéral ? Nous serions tentés de répondre oui quand on lit la citation que j’ai cité en exergue. L’alliance du christianisme et de la liberté est tout de même la “pensée de toute sa vie”… Mais vouloir la liberté suffit-il à faire de quelqu’un un libéral ? Autrement dit, le libéralisme d’Ozanam est il un véritable libéralisme ?

La réponse à cette question est simple sans pour autant être évidente. Elle est simple car, nous le verrons, Ozanam ne s’inscrit pas dans la pensée libérale, mais dans une démarche bien différente. Et pourtant ce n’est pas évident car le libéralisme a de multiples formes et sur certains points il peut s’en rapprocher.

Pour répondre à cette question, il faut d’abord voir le contenu de sa pensée politique. La pensée politique d’Ozanam est intimement liée à son histoire personnelle dans le contexte politique du XIXe siècle. Il est un homme profondément unifié, cohérent, les deux pieds dans la France de son temps. Né en 1813 à Milan, d’un père médecin qui suivait les campagnes napoléoniennes, sa famille est originaire de l’Ain et de Lyon. Sa famille a connu les violences de la Révolution française. Sa mère, très pieuse, lui a transmis la foi, mais à l’adolescence, au collège royal de Lyon, il a eu des professeurs voltairiens… et il a connu une difficile nuit de la foi comme beaucoup de jeunes de son temps. Rappelons que les années du début du XIXe siècle furent une période très déchristianisée, suite à la Révolution française et plus généralement suite à un XVIIIe siècle qui vit la foi reculer en France. Le grand renouveau catholique du XIXe siècle que tout le monde connait a eu lieu quelques années plus tard. Pour en revenir à Ozanam, cette épreuve fut terrible et occasionna chez lui de violents doutes existentiels. Mais il n’abandonna pas la pratique religieuse, il persévéra dans la fréquentation des sacrements jusqu’au jour où il rencontra un professeur de philosophie, l’abbé Noirot, qui, selon ses propres dires, mit dans son esprit l’ordre et la lumière. Par le biais de la raison, de la philosophie, Frédéric retrouva le chemin de la foi et donc de la paix intérieure. Dès lors, il fit la promesse de mettre toute sa vie au service de la vérité, il voulut venir en aide à tous ceux qui, comme lui, traversaient la nuit de la foi.

Ce service de la vérité prit la forme d’un combat intellectuel : il se livra à une intense activité apologétique par le biais de livres, d’articles et de conférences. Mais cette vérité qu’il servait était, selon lui, intimement liée à la liberté. Elle est la vérité qui rend libre, comme le dit le Christ. Et c’est librement que nous accédons à la liberté. Ainsi, il rejeta très vite toute politique d’imposition de la foi par la force, et il fit le choix de la liberté religieuse et politique.

Comme il le dit dans cette lettre à la fin de sa vie : “Cher ami, nous n’avons pas assez de foi, nous voulons toujours le rétablissement de la religion par des voies politiques, nous rêvons un Constantin qui tout d’un coup et d’un seul effort ramène les peuples au bercail. C’est que nous savons mal l’histoire de Constantin, comment il se fit chrétien précisément parce que le monde était déjà plus qu’à moitié chrétien, comment la foule des sceptiques, des indifférents, des courtisans, qui le suivirent dans l’Église, ne firent qu’y apporter l’hypocrisie, le scandale, le relâchement. Non, non, les conversions ne se font point par les lois, mais par les moeurs, mais par les consciences qu’il faut assiéger une à une.” Et il donne des exemples qu’il connait personnellement par des amis à l’étranger : “Voyez deux grands exemples, Paris et Genève, deux villes où de 1750 à 1848, il ne s’est pas fait une loi pour le catholicisme, et où le retour des âmes s’est accompli avec une force, avec une persévérance qui étonne tout le monde. Voyez les États-Unis, voyez l’Angleterre. La foi ne prospère que là où elle a trouvé des gouvernements étrangers ou ennemis.”
Il est bien sûr raisonnable et ne plaide pas pour les gouvernements persécuteurs, mais il tient à une neutralité religieuse de l’Etat qui garantisse la liberté religieuse. Il distingue donc deux missions : l’évangélisation, qui est celle de l’Eglise, et le politique qui est celle de l’Etat. Je cite : “Ne demandons pas à Dieu de mauvais gouvernements, mais ne cherchons pas à nous en donner un qui nous décharge de nos devoirs, en se chargeant d’une mission que Dieu ne lui a pas donnée auprès des âmes de nos frères.” Nous avons donc là une forme de laïcité, très proche de la notre, à la différence que celle-ci est revendiquée par les chrétiens et non par des mouvements hostiles. Comme nous l’avons vu, ce choix de la liberté religieuse est motivé par une volonté de susciter des conversions sincères et non politiquement intéressées, ou forcées par l’Etat. Cela, afin que les non-croyants puissent connaître le même chemin spirituel que celui de Frédéric.

Ozanam n’était pas seulement un défenseur de la liberté religieuse, il était aussi pour la liberté politique, la liberté d’expression, et en 1848 il se prononça en faveur de la démocratie à travers les pages de son journal l’Ere nouvelle. Rappelons-le : il est le fondateur de la démocratie-chrétienne et l’Ere nouvelle est le premier journal démocrate-chrétien.

La notion de démocratie-chrétienne synthétise très bien la pensée politique d’Ozanam. Il a mis du temps à la construire car Frédéric commença par défendre la liberté sans la démocratie. Issue du royalisme légitimiste, il désapprouva la monarchie de Louis-Philippe mise en place en 1830. Mais très vite, voyant que les légitimistes refusaient les libertés politiques, et voyant que les partisans des libertés étaient anticléricaux, il se trouva isolé politiquement. Méfiant, il se concentra sur la Société de Saint Vincent de Paul, créé en 1833, et sur des œuvres missionnaires.

Ex-légitimiste, anti orléaniste, Ozanam est difficile à caser politiquement à cette période. Il est très critique envers l’époque moderne, et il se passionne pour l’Antiquité et le Moyen-âge. Il est un intellectuel de très haut niveau : professeur de Droit à Lyon, puis professeur de littérature étrangère à la Sorbonne, il est un chercheur et il va vite être à l’avant garde de son époque. Il franchira le pas de la démocratie peu avant la Révolution de 1848 par une déclaration publique célèbre qui se termine par “Passons aux Barbares” ! Les barbares étant le peuple de France dont les élites se méfiaient. Ozanam se prononce ce jour là pour le suffrage universel. Pourquoi ce changement ? D’abord parce qu’en visitant les pauvres avec la Société de Saint Vincent de Paul, Ozanam et ses nombreux compagnons ont appris à connaître parfaitement la situation sociale de la France ouvrière. Ils connaissent les faubourgs et ce qui s’y passe, et le peuple ouvrier n’est pas la horde barbare imaginée par les bourgeois. Bien au contraire, il voit des hommes et des femmes pieux, courageux, qui selon Ozanam, ont peut-être plus de vertus que les élites… D’autre part, il a effectué un très long séjour à Rome en 1847. Il a rencontré le nouveau Pape, Pie IX, et des nombreuses personnalités italiennes. Il a vu que Pie IX a une politique radicalement nouvelle dans les Etats pontificaux. Etats qui, rappelons-le, occupaient un tiers de l’Italie. Pie IX mis en place des assemblées populaires et décida de gouverner avec le peuple. Ozanam voit ici une première tentative de démocratie chrétienne moderne, sous l’autorité du Saint Père lui-même. Il voit un peuple italien pieux et vertueux, digne de se gouverner lui-même. Il revient ravi de cette expérience et il croit vraiment qu’elle peut être mise en place en France. Quelques jours après son discours démocrate devant le cercle des intellectuels catholiques, éclate la Révolution de février 1848. Ozanam va immédiatement approuver la nouvelle République et avec le père Lacordaire et l’abbé Maret, il va fonder le journal l’Ere nouvelle, qui défend une démocratie chrétienne avec une très forte dimension sociale.

Mais en quoi consiste cette démocratie-chrétienne ? Frédéric Ozanam développe très bien sa pensée dans l’Ere nouvelle. Notamment, un article intitulé “Les deux Républiques” délivre un aspect essentiel et surtout premier, de cette démocratie chrétienne. Dans ce texte, il nous présente deux types de République : une démocratie sans Dieu, qui ne connaît aucune règle suprême, aucune limite. Elle n’est dirigée que par l’arbitraire de la majorité absolue. Cette démocratie, est, selon-lui, celle qui a conduit directement à la terreur de 1793. L’autre République est chrétienne, c’est celle qu’il aspire de ses vœux. Elle est chrétienne parce qu’elle connaît des limites, une ligne rouge à ne pas dépasser. Elle suit aussi une ligne rouge inspirée par la loi morale naturelle, donc le Décalogue, et elle poursuit le bien commun. Ici pas d’arbitraire, la liberté n’est pas une fin en soi, elle est un moyen pour parvenir au bien commun. Ce texte est essentiel car il présente le fondement d’une vision chrétienne de la démocratie. Une vision qui repose sur la loi naturelle, et sur ce que les juristes appellent le Droit naturel. Tout principe fondamental repose sur la loi morale naturelle, évacuer cette loi revient à créer une société sans borne… ce qui est en effet la porte ouverte à la Terreur.

La notion de loi morale naturelle n’est pas nouvelle, Ozanam n’a rien inventé et il s’appuie beaucoup sur Saint Thomas d’Aquin. Mais surtout cette notion, et ce texte essentiel d’Ozanam, sont parfaitement d’actualité. Ozanam écrit ceci pour la première élection au suffrage universel de l’histoire de France. Donc dès l’origine de la démocratie française, il y a eu des catholiques pour évangéliser le nouveau régime et lui donner des principes chrétiens. Mais surtout, son exemple nous inspire car notre république contemporaine correspond à la République qu’Ozanam rejette : toute notion de droit naturel est évacuée depuis quelques années. Le positivisme juridique, qui est la notion opposée au droit naturel, l’a emporté depuis peu de temps, et depuis les années 50 dans les universités françaises. Ainsi, chez nos juristes, il n’existe plus de droit transcendant, mais seulement le droit posé par la procédure démocratique. Tout devient possible, y compris la redéfinition de l’être humain. C’est l’une des causes des lois sociétales, et, hélas, pas seulement d’elles. Le très beau texte d’Ozanam trouve comme un écho dans la très belle note doctrinale du cardinal Ratzinger du 24 novembre 2002 sur l’engagement politique des chrétiens. C’est cette note qui est à l’origine des fameux “principes non-négociables”. Ces huit principes énoncés par le cardinal Ratzinger reposent entièrement sur la notion de loi morale naturelle, et le futur pape nous rappelle avec insistance cette notion qu’il considère comme essentielle pour la vie démocratique, en un temps marqué par le relativisme et sa traduction juridique : le positivisme. Comme les textes d’Ozanam, cette note du cardinal Ratzinger nous donne une vision chrétienne de la démocratie.

Ce principe fondateur de la démocratie-chrétienne, mais aussi de toute pensée politique chrétienne quel que soit le régime, arrive en contradiction avec les différents courants du libéralisme qui veulent affranchir l’homme de Dieu. Alors que bon nombre de libéraux veulent libérer l’individu de la loi transcendante, Ozanam veut que l’homme adhère à une loi universelle et divine. C’est sur ce point qu’Ozanam sera en rupture avec certains libéraux. Je dis bien certains libéraux, car le libéralisme est très varié et il existe aussi un libéralisme suivant un “droit naturel”… Mais ce droit naturel est bien différent de celui des chrétiens. En effet, les libéraux de la Révolution française parlaient volontiers de droits naturels, et le premier de ces droits est la liberté. Mais ils ont une interprétation souvent différente de la liberté, ce qui peut conduire à des choix politiques opposés aux chrétiens. Prenons l’exemple de la loi sur le divorce. En 1792, l’Assemblée législative a voté la première loi du divorce de l’histoire de France, un divorce par consentement mutuel devant le maire et non le juge. La loi de 1792 justifiait ce “démariage” au nom du “Droit naturel” des mariés qui est avant tout la liberté… liberté qui ne peut être abandonnée, même librement. Nous voyons là une interprétation non-chrétienne du droit naturel, car elle donne à l’homme une liberté absolue, liberté qui est une fin, avec un homme mis à la place de Dieu. Cette loi sur le divorce fut aboli ensuite, mais en 1848; le nouveau gouvernement tenta de le rétablir. Ozanam s’opposa publiquement à cette loi par le biais de l’Ere nouvelle. Dans son article intitulé du Divorce, il dénonce vertement l’idéologie qui est, selon-lui, à l’origine du projet de loi et de cette vieille loi de 1792 : le libéralisme. Il le qualifie même de, je cite : “vieux libéralisme qui a plus de haine de la religion que d’amour de la liberté”. Il défend l’indissolubilité du mariage par la nécessité d’un esprit de sacrifice des mariés, qui sacrifient délibérément et librement leur liberté pour construire une famille. Famille sur laquelle se repose la société. Il va même plus loin en faisant un parallèle entre l’esprit de sacrifice des mariés et l’esprit de sacrifice des citoyens qui forment la République. Selon lui, les principes porteurs de la République sont les mêmes que ceux du couple. Il nous donne une belle définition républicaine et chrétienne du couple. Ainsi, la démocratie selon Ozanam a pour moteur le don total de soi et non la liberté portée au pinacle comme une fin en soi. Comme il le dit : “je crois en la liberté comme moyen, mais à la charité comme but”.

Ozanam a aussi vertement critiqué le libéralisme à travers certains intellectuels libéraux. Malthus et Bentham se font écharper dans son livre sur le protestantisme et la liberté : “Malthus et Bentham nous ont enseigné ces ignominieuses doctrines qui réduisent toute l’économie de la vie humaine aux calculs de l’intérêt, qui étouffent la famille du pauvre pour n’avoir pas à nourrir ses enfants, ferment les asiles de l’indigent et de l’orphelin, tarissent les sources de l’aumône, et jettent un superbe mépris sur les institutions magnifiques de la charité, où elles ne découvrent plus qu’une sensibilité imprévoyante. De là cet égoïsme qui envahit chaque jour les peuples autrefois heureux de se nommer catholiques.” Avant Weber, il attribue ainsi au protestantisme l’origine du libéralisme, mais là il voit surtout dans cette idéologie un individualisme qui pousse les hommes à ne se préoccuper que de leurs intérêts. Ozanam ne veut pas de l’individualisme : il souhaite une société de partage fondée sur la justice sociale, la liberté et avec la charité comme but ultime. Dans un texte de l’Ere nouvelle, il renvoie dos à dos le libéralisme, qu’il appelle école des économistes, au socialisme. Je cite : « L’ancienne école des économistes ne connaît pas de plus grand danger social qu’une production insuffisante ; pas d’autre salut que de la presser, de la multiplier par une concurrence illimitée ; pas d’autre loi du travail que celle de l’intérêt personnel, c’est-à-dire du plus insatiable des maîtres. D’un autre côté, l’école des socialistes modernes met tout le mal dans une distribution vicieuse, et croit avoir sauvé la société en supprimant la concurrence, en faisant de l’organisation du travail une prison qui nourrirait ses prisonniers, en apprenant aux peuples à échanger leur liberté contre la certitude du pain et la promesse du plaisir. Ces deux systèmes, dont l’un réduit la destinée humaine à produire, l’autre à jouir, aboutissent par deux voies diverses au matérialisme, et nous ne savons si nous avons plus d’horreur de ceux qui humilient les pauvres, les ouvriers, jusqu’à n’en faire que les instruments de la fortune des riches, ou de ceux qui les corrompent jusqu’à leur communiquer les passions des mauvais riches.» Ce texte est une virulente critique du libéralisme économique, mais aussi du socialisme utopique de son époque. Et il voit leur point commun : le matérialisme, dû à une vision réductrice de l’homme. Ozanam réfute ces deux écoles en leur opposant une anthropologie chrétienne, et ce qu’il nomme spiritualisme. La fin de l’homme n’est ni de produire, ni de jouir, mais d’aimer.

Cette critique du libéralisme économique et du socialisme fait que la démocratie-chrétienne est une voie originale. Et cette voie se traduit par des idées sociales spécifiques. Ainsi, dans l’Ère nouvelle on parlera « d’économie charitable » étudiée sérieusement par des auteurs de qualité. Ozanam y réfléchira sur les causes de la misère qu’il a attribuées à toutes sortes de maux, comme par exemple les addictions aux jeux, à l’alcool et au sexe, hélas parfois encouragées par certains patrons qui veulent garder leurs ouvriers en dépendance. Il défendra des idées comme la formation professionnelle continue, le repos dominical, mais aussi les caisses de secours mutuelles, ancêtres de la sécurité sociale, les retraites, le salaire minimum (qu’il nomme naturel). Selon lui, le plus grand fléau de son temps est la misère, qu’il faut combattre par une assistance qui honore le pauvre : une solidarité où ce n’est pas le riche qui humilie le pauvre en lui donnant une aumône d’en haut, mais au contraire où le pauvre est élevé et grandi. Ozanam voit comme solution l’éducation qui permet à l’ouvrier pauvre de s’élever socialement, de se mettre à son compte et ainsi vivre dignement de son travail. Il voit cette solidarité comme une réciprocité : celui que nous aidons, nous aidera plus tard à son tour. Il vit, ici, une égalité avec l’ouvrier. Ozanam n’est pas contre l’intervention de l’Etat. Mais il reste prudent, de peur que cela tourne à la dictature. Ainsi, avant 1848, il prônait une action “officieuse” de l’Etat, pour régler les conflits entre ouvriers et patrons. Une action discrète qu’il oppose à la dictature. Pour lui, l’Etat devait jouer un rôle de facilitateur, mais l’accord devait être fait par les ouvriers et les patrons eux-mêmes. En 1848, il va plus loin. Il ne s’oppose pas à l’intervention dans l’économie mais sans que cela remette en cause la propriété privée, et il est favorable à une aide accordée aux pauvres par l’Etat. Il appelle cela la charité légale, et les libéraux y sont opposés. Ozanam n’est donc pas défavorable à un Etat acteur de l’économie. Néanmoins, il reste prudent. Dans un court article de l’Ère nouvelle, il rappelle qu’il ne faut pas tomber dans une mentalité où on attendrait tout de l’Etat. Sa pensée reste en cohérence avec le principe de subsidiarité. Sa vision de l’Etat est donc distincte de celle de libéraux de son temps.

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