François et le Mufti – Quand le Pape prie à la mosquée

François et le Mufti – Quand le Pape prie à la mosquée
5 décembre 2014 OSP
La Pape François priant à la mosquée bleue

François et le Mufti – Quand le Pape prie à la mosquée

Le Pape et la Mosquée

Alors que l’on a déjà largement épilogué sur le fait de savoir si le Pape François avait ou non prié dans la Mosquée Bleue d’Istanbul, visitée au cours de son voyage en Turquie, et avant que M. Zemmour ne vienne fournir une explication à charge, deux mots sur cet événement.

La réponse a d’ailleurs été donnée par le Saint Père lui-même, dans l’avion au cours du voyage retour : « J’ai ressenti le besoin de prier pour la Turquie, pour le Mufti et pour moi, qui en ai besoin, mais j’ai surtout prié pour la paix : Seigneur, finissons-en avec les guerres ! » « Profond recueillement » pour Benoît XVI en 2006, « adoration silencieuse » pour le Pape François aujourd’hui : en réalité, le service de presse du Vatican hésite lui aussi sur les termes.

Mais faut-il s’étonner que naisse en ce lieu le désir de prier, comme le firent avant lui Benoît XVI, au même endroit, et saint Jean-Paul II à Damas ? Pourquoi soupçonner immédiatement ce « Pape argentin qui ne comprend rien à l’Islam ? » Pourquoi crier tout de suite au syncrétisme ou à l’idolâtrie lorsque le Pape vient en vicaire du Christ, gardant précieusement sur son cœur la croix, que l’on demande généralement de ne pas arborer en ce lieu. Le Saint Père serait-il le seul qui à qui l’on refuse de prier, précisément chez ceux qu’il est venu rencontrer en homme de paix. N’importe quel pèlerin à Jérusalem aura fait la visite du Dôme du rocher en priant, et cela serait refusé au Pape ? Faut-il rappeler les recommandations de saint Paul à propos des idôlothytes, viandes immolées aux idoles, pour lui reconnaître le droit de prier le Christ en tout lieu ?

La question n’est donc pas : le Pape a-t-il prié ? Mais plutôt quel signe nous donne-t-il par cette attitude respectueuse et non équivoque ? Dans la mosquée d’Istanbul, il dit : « Nous devons adorer Dieu. Non seulement le louer et le glorifier, mais l’adorer. » Combien de fois les musulmans considèrent-ils l’occident comme un vaste désert, parce que précisément on y cherche souvent en vain les signes d’une prière d’adoration. Le retour vers Dieu du bienheureux Charles de Foucauld passe par la stupeur face au sens du sacré rencontré lors de sa traversée du Maroc. Il n’a pas caché que l’Islam avait alors exercé sur lui une sorte de fascination. Les musulmans nous interrogent lorsqu’ils refusent notre matérialisme athée, mou et consensuel. A l’évocation de la prière comme valeur forte commune aux religions, le Grand Mufti a répondu : « Je suis d’accord. »

Enfin, sachons reconnaître dans l’attitude du Pape la volonté de poser des gestes forts et symboliques. En ne craignant pas de se rendre dans une mosquée, le Pape invite implicitement les musulmans à faire de même. Ainsi la prière de François n’est-elle pas séparée de la condamnation claire des persécutions exercées contre les chrétiens, notamment dans les pays du Moyen Orient. Assez de condamnations péremptoires à son encontre : soulignons ces gestes d’amitiés avec les musulmans, ces premiers pas, appels à peine voilés à la réciprocité !

Par Louis-Marie Guitton

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