Le fondateur d’Espérance banlieues: «Les enfants que nous scolarisons n’ont pas conscience de la culture dont ils sont les héritiers»

Le fondateur d’Espérance banlieues: «Les enfants que nous scolarisons n’ont pas conscience de la culture dont ils sont les héritiers»
11 décembre 2017 Dorothée Paliard

Le fondateur d’Espérance banlieues: «Les enfants que nous scolarisons n’ont pas conscience de la culture dont ils sont les héritiers»

Alors que le cours Eric Tabarly, nouvelle école Espérance banlieues, devrait ouvrir ses portes à Toulon, en septembre 2018, Eric Mestrallet, fondateur et président de cette structure nationale a accordé une interview à l’OSP.

L’OSP : Une nouvelle école ouvre ses portes à Toulon en septembre prochain, pouvez-vous nous en dire plus….

Eric Mestrallet : Le projet a en effet été sélectionné pour être accompagné pour une ouverture, probable, mais non encore certaine, en 2018. Certaines étapes doivent encore  être franchies d’ici là : locaux à trouver, financements à identifier, enracinement à  l’endroit où il est prévu que l’école soit installée, recrutement du corps professoral, etc.

Combien d’écoles existe-t-il déjà en France actuellement ?

Nous avons onze écoles créées et six en préparation pour la rentrée 2018.

Comment expliquez un tel succès ?

On s’aperçoit en effet d’un besoin immense. Le défi éducatif est important dans les quartiers. A Espérance banlieues, nous envisageons l’école sur un triptyque à la fois académique, éducatif et intégratif.  Il y a une forme d’urgence à agir dans un certain nombre de quartiers et l’école a clairement un rôle à jouer  pour « faire société » auprès des familles des cités sensibles. C’est le rôle que jouait l’école sous la IIIe République lorsqu’elle constituait  une cellule organique qui permettaient aux  personnes de  créer du lien social et ainsi de faire corps avec la société. L’école était alors le creuset du pays et avait un vrai rôle d’ascenseur social. Aujourd’hui, et je ne suis pas le seul à le dire, l’ascenseur est en panne ! A notre échelle et avec nos moyens relativement limités pour l’instant, nous essayons de réparer cet ascenseur pour les enfants issus des quartiers qui sont plein de potentiel.

Pourquoi nommer la future école de Toulon le cours Éric Tabarly ?

Espérance banlieues répond à des acteurs locaux qui ont envie de faire germer un projet près de chez eux parce qu’ils ont conscience du gâchis créé par la situation actuelle, tant pour les enfants eux-mêmes que pour notre pays. Nous répondons favorablement à leur sollicitation, s’ils partagent nos valeurs et notre vision de l’homme.

La mise en place d’écoles partout en France ne correspond pas à une décision arbitraire mais à la validation d’initiatives de personnes de la société civile sur un territoire donné. Chaque projet cherche une figure inspirante pour le nom de l’école. Il s’agit d’une sorte de parrain dont on tire exemple. A d’autres endroits, l’équipe de projet a choisi de donner à l’école le nom de « Cordée » qui symbolise la solidarité entre les plus forts et les moins forts, ailleurs, c’est le nom d’Alexandre Dumas qui a été retenu parce qu’il symbolise une forme de diversité d’origines. Ces noms ont une vocation pédagogique pour aider les enfants à grandir. Ils ne doivent pas enfermer l’école « dans une case » .

Quelles relations avez-vous avec le maire de Toulon Hubert Falco ? Vous a-t-il aidé ?

Nous n’avons pas vocation ni intention de déclencher des polémiques là où nos écoles s’installent. Aussi nous prenons soin de nous implanter uniquement sur le territoire de communes intéressées par notre action. Bien sûr, nous allons là où il y a des besoins et là où nos écoles peuvent être une offre complémentaire à celle déjà existante. Actuellement, la loi n’autorise pas les communes à financer les écoles comme les nôtres. En revanche, nous tenons à avoir un accord de principe des conseils municipaux.

Considérez-vous votre projet comme chrétien, laïc, confessionnel ou neutre ?

Nous nous considérons comme aconfessionnels. Pas laïcs.

Pourquoi faire cette différenciation ?

La laïcité est parfois devenue une religion qui confine au laïcisme. Lorsque l’on vient dans une école Espérance banlieues, on ne demande pas aux parents et aux élèves de « déposer leur religion au niveau du portail » mais de venir tels qu’ils sont avec leur bagage culturel et religieux . Ces sujets ne sont pas tabous chez nous. On peut en parler mais avec les outils que l’école permet de développer : la raison, la langue, les grands auteurs, l’histoire, l’art, et la réflexion philosophique…

Vous semblez vous donner la mission de transmettre la culture française, est-ce réel ?

C’est l’une des missions d’Espérance banlieues effectivement après la prévention et la lutte contre le décrochage scolaire. La culture française est principalement  issue de trois héritages philosophiques : Rome, Athènes Jérusalem.  Qui plus est, la civilisation française a aussi profité de la culture européenne. Les enfants que nous scolarisons sont tous des Français, qui, le plus souvent, n’ont pas conscience de la culture dont ils sont les héritiers. Écartelés ente deux cultures, ils idéalisent souvent leurs origines qui ne sont plus nourries au quotidien. Ils rêvent du « bled » et en revanche ne sont pas nourris par la culture du pays auquel ils appartiennent et dans lequel ils vivent. Espérance banlieues cherche à transmettre des codes qui leur permettent de connaître et comprendre leur pays et ainsi de devenir capables d’y épanouir leurs talents au profit du bien commun. Les écoles du réseau cherchent à enseigner le raisonnement et l’esprit critique que seuls permettent une formation solide.

Quelles sont les compétences recherchées chez les enseignants ?

Les enseignants doivent être à la fois des éducateurs mais aussi de bons professeurs. Autrement dit, des adultes qui aiment les enfants dont ils vont s’occuper puisqu’ils ont la mission d’accompagner leur développement. Ils doivent également être ouverts à la diversité culturelle et pouvoir travailler en équipe. Nous leur demandons au minimum un Bac +3, un engagement réel au profit des enfants, et un goût tout particulier pour l’éducation.

Quels sont les symboles forts qui traduisent la mission que se donne Espérance Banlieues ?

C’est un ensemble de choses : de petits effectifs, le choix de méthodes (méthode de Singapour pour les maths, la méthode syllabique pour l’apprentissage de la lecture, la méthode Montessori…), un uniforme qui marque le sentiment d’appartenance, la levée du  drapeau français chaque semaine pour remercier la communauté éducative et nationale qui permet aux enfants de se former comme de futurs adultes, droits et libres. Nous avons aussi mis en place des équipes inter-âges sur le modèle du scoutisme, et enfin, le vouvoiement pour permettre aux élèves de ressentir de la considération que leur portent leurs professeurs.

Propos recueillis par l’OSP.

Partagez cette page
Suivez l'OSP sur les réseaux