Faut-il avoir peur du Synode ? Miséricorde et vérité !

Faut-il avoir peur du Synode ? Miséricorde et vérité !
26 septembre 2014 webmaster

Faut-il avoir peur du Synode ? Miséricorde et vérité !

Par Louis-Marie Guitton

L’enjeu du Synode est avant tout d’annoncer à frais nouveau la Famille dans le plan de Dieu comme une Bonne Nouvelle.

Alors qu’une campagne de publicité pour un site de rencontres extra-conjugales se termine à peine, nous assistons dans l’Eglise, et singulièrement en France, à des joutes, dont nous avons probablement le secret, où tous les coups semblent permis. Le motif : la proximité du Synode sur la famille. Le thème prévu est en vérité extrêmement vaste, puisqu’il entend aborder les défis pastoraux que doit affronter la famille dans le contexte de la nouvelle évangélisation. Vaste aussi la consultation, puisqu’elle concerne les évêques du monde entier. Comme l’on sait, les débats se réduisent souvent chez nous à la question délicate des divorcés remariés.

Les prises de position se succèdent à un rythme soutenu, qui semble même s’accélérer. Un peu comme dans une campagne électorale : il y a ceux qui ont mûrement réfléchi leur stratégie et s’élancent de loin à l’assaut de bastions à faire tomber ; il y a ceux qui ripostent avec l’acharnement propre aux défenseurs d’une position attaquée ; il y a les ambassadeurs qui tentent des médiations et exhortent au dialogue ; il y en a d’autres sans doute qui regardent ce spectacle et ne savent pas trop comment traverser ce champ de bataille.

On pourrait sourire s’il ne s’agissait pas de se pencher avec délicatesse sur les situations douloureuses nées de ruptures conjugales et autres conflits familiaux. Il a bon dos le Saint Père, dont tout le monde ou presque se réclame pour dire qu’il désire une discussion franche, que les sujets sont ouverts et qu’il faut résoudre ce « sérieux problème », qu’il a encouragé enfin l’intervention controversée du cardinal Kasper. De l’autre côté, on n’omet pas de rappeler que le Pape François a aussi précisé qu’il était « fils de l’Eglise », qu’il n’entendait donc pas changer la doctrine de l’Eglise et que la question ne se réduisait pas à la communion eucharistique.

Les propositions de « solutions pastorales » n’ont jamais été aussi nombreuses pour faire évoluer, nous dit-on, l’Eglise sur ce terrain. Plusieurs évêques n’ont pas hésité à leur donner un certain écho: de Mgr Zollnitsch à Fribourg en Allemagne, qui a proposé de faciliter l’accès aux sacrements, en passant par Mgr Bonny à Anvers, qui plaide pour une évolution de l’Eglise sur les questions d’éthique familiale et sexuelle, sans oublier Mgr Housset à La Rochelle et Mgr Vesco à Oran. On aura bien compris que chacun cherche à faire triompher la miséricorde et la moindre des choses est de croire en la sincérité de tous ces pasteurs.

Une remarque cependant paraît s’imposer à chacun d’entre nous, quelles que soient nos opinions sur ce sujet. En effet, une chose est de faire avancer un débat en promouvant certaines idées, une autre est de demander à l’Eglise de bien vouloir s’adapter … à ce qui se fait déjà. Il n’y a pas de mal à prendre au mot le Pape François qui préfère une Eglise accidentée à une Eglise qui sent le renfermé : au moins a-t-elle pris le risque de sortir pour rejoindre les périphéries. Mais il est peut-être moins innocent d’interpeller les pères synodaux tout en ayant déjà de son côté résolu la question.

Combien de prêtres ont devancé (présumé?) la réponse de l’Eglise en s’accommodant de la discipline sacramentelle en vigueur et en encourageant les fidèles à décider « en conscience » de s’approcher de la communion ? Combien ont voulu incarner la bienveillance et l’accueil stigmatisant, même involontairement, les positions exprimées depuis longtemps par le Magistère. Il est si facile de passer pour un pasteur compréhensif en osant enfreindre les « règles injustes » et de pratiquer ce que nos confrères africains appellent en souriant la « pastorale du sentiment ». Ainsi ces demandes de changement qu’on voit fleurir un peu partout ressemblent-elles souvent à des pressions pour que ce qui se fait déjà dans certaines paroisses soit étendu à toute l’Eglise. Mais le vrai courage n’est pas forcément là où on l’imagine.

Il est en effet difficile de rester fidèle, de défendre la cohérence d’une pratique de l’Eglise avec la Révélation, d’annoncer l’Evangile du mariage et de la famille avec ses exigences, de répondre inlassablement aux questions ou aux critiques sur la morale conjugale si tous ne tiennent pas le même langage. Comment les fidèles peuvent-ils s’y retrouver si d’une paroisse à l’autre, d’un prêtre à l’autre on ne transmet pas le même message ? On risque tout simplement -et c’est ce qui se passe- d’avoir un christianisme à la carte, où l’on ne consomme que ce que l’on conçoit juste, où le critère n’est plus une vérité que je reçois et dont je ne suis pas propriétaire, mais ma propre interprétation. Comment penser que celui qui ne fait pas ce que demande l’Eglise aujourd’hui le fera le jour où la discipline aura changé, puisque la logique n’est pas celle de la communion et de l’obéissance ?

Me voilà sans doute catalogué du côté des « gardiens du dogme », qui ont aussi fait entendre leur voix… Je pense aux rappels très clairs du cardinal Müller, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi ou au livre de cinq cardinaux, « Demeurer dans la vérité du Christ », qui se veut une réponse au cardinal Kasper sur l’admissibilité des divorcés-remariés à la communion eucharistique. Accordons-leur, à eux aussi le bénéfice de la sincérité ! Pourtant, malgré les précisions historiques et théologiques qui ont été publiées face aux « propositions d’ouverture », il me semble que là aussi une remarque s’impose. La question est-elle vraiment celle d’un péril imminent dans l’Eglise, qui devrait se défendre contre un relativisme laxiste ? Le dogme de l’indissolubilité du mariage serait-il menacé par des déclarations imprudentes du Saint Père ?

Il n’existe sans doute pas de conversion plus difficile que celle de celui qui prétend détenir la bonne doctrine et défendre les bonnes idées, … précisément parce qu’il sait. N’opposons pas trop vite les styles ; à chacun sa grâce : saint Jean-Paul II a rappelé les principes, le Pape François invite l’Eglise à soigner les blessures et à réchauffer le cœur des fidèles. Dans un hôpital de campagne, on ne demande pas les papiers des blessés ramassés sur le champ de bataille. Or la famille est au cœur d’un grand combat. La répétition des principes doctrinaux risque fort de ne pas toucher les cœurs si aucun effort n’est fait pour se rapprocher des personnes, souvent blessées socialement ou dans leur relation à l’Eglise, pour essayer de les comprendre et pour leur manifester une attention aimante.

Il est urgent de sortir d’un discours purement légaliste, du permis et du défendu. Les commandements n’ont jamais converti par eux-mêmes : la vie morale est la conséquence d’une rencontre avec le Christ et n’est possible qu’avec le secours de sa grâce. Oui au rappel des exigences évangéliques sur le mariage, mais à condition que l’on soit également capable de montrer en même temps un chemin de conversion et de rédemption. Les chrétiens « en situations irrégulières » restent membres de l’Eglise et appelés à la sainteté ! Qui le leur dira ? Qui les accompagnera ? La découverte de ces situations doit s’accompagner d’une vigoureuse annonce de la miséricorde !

Nous désirons tous donner le témoignage d’une belle cohérence de vie… Et nous savons la difficulté à mettre en pratique les enseignements du Seigneur. La morale conjugale et familiale est-elle si bien mise en pratique par ceux qui la défendent le plus bruyamment pour s’autoriser les jugements les plus radicaux sur ceux qui ne rentrent pas dans les cadres ? Ceux-là seuls, qui prennent conscience de la difficulté(de l’impossibilité !) à mettre en pratique les commandements, sont les destinataires et les témoins de la miséricorde. Celle-ci n’est pas réservée à ceux qui se sont remariés, mais est le chemin que Dieu nous demande d’emprunter ensemble. Le discours sur la chasteté n’est pas non plus réservé aux personnes divorcés-remariées : il s’adresse à tous, chacun devant la vivre selon son état.

De grâce, avant de parler de « trahison » ou de « mutinerie » dans l’Eglise, sachons prendre le temps de la réflexion et de la prière. L’enjeu du Synode est avant tout d’annoncer à frais nouveau la Famille dans le plan de Dieu comme une Bonne Nouvelle. Tous s’accordent à dire que l’enseignement de l’Eglise dans ce domaine est bien peu compris. Dans la tempête, saint Pierre demande à Jésus de pouvoir le rejoindre en marchant sur l’eau. On connaît la suite… Soyons confiants que quoi qu’il arrive l’Eglise de Pierre continuera à annoncer la vérité de l’Evangile et l’infinie miséricorde de Dieu.

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