Exercice de lucidité du 11 novembre

Exercice de lucidité du 11 novembre
11 novembre 2017 Dorothée Paliard

Exercice de lucidité du 11 novembre

Le 11 novembre est une date étrange pour moi. Mes deux grand-pères se sont battus, l’un portait l’uniforme français, l’autre allemand. Après la guerre suivante mon père, officier français, a rencontré une jeune allemande, ma mère. Pour ce qui me concerne, parler de victoire est compliqué. La fin d’une certaine défaite, celle des nations incapables de vivre en paix ensemble, me semble une désignation plus appropriée. Cette lutte fratricide entre deux peuples chrétiens, cette saignée dans leurs jeunes générations trouvait un 11 novembre un épilogue. Elle laissait des nations panser leurs plaies.

Épilogue ? Pas tout à fait. D’un coté une intransigeance qui visait autant à humilier le vaincu qu’à réparer ses dommages et à s’en prémunir à l’avenir, de l’autre un esprit de revanche alimenté par cette hostilité. La haine a perduré, il n’y a pas eu de réconciliation. Les vingt ans qui séparent le traité de Versailles de l’envahissement de la Pologne pourraient n’être, tout compte fait, qu’une longue trêve dans une guerre mondiale unique de 31 ans. Comme le temps de repos qui sépare deux rounds d’un combat de boxe.

Au vu de ce gâchis humain, de ce drame, il y a l’obligation morale qui nous est faite de bien réfléchir à ce qu’est la nation. Si elle sert a justifier la haine de l’autre, son instrumentalisation, sa réduction en esclavage, elle est, objectivement, une structure de péché. Les nations françaises et allemandes étaient dans cette situation avant et après la première guerre mondiale. L’idéologie nationale s’accommode toujours trop facilement d’une hiérarchie qui n’a pas lieu d’être. La prétendue supériorité aryenne ou le suprémacisme nippon de naguère comme le colonialisme ou l’american way of life d’aujourd’hui sont des exemples de ces hiérarchisations qui desservent le bien commun. L’amour d’une nation, légitime et conforme à la subsidiarité, ne doit en aucun cas être aveugle. Ceux d’une autre nation sont des frères en humanité, aimés de Dieu comme nous le sommes. Le « Gott mit Uns » des boucles de ceinture de l’armée allemande ne pourrait être qu’un vœux, la prière d’une nation qui aspirerait à la sainteté. Le présenter comme un fait acquis ou imaginer que Dieu s’interdirait d’être avec les autres relève de l’inconscience ou de l’orgueil.

La lucidité doit donc s’exercer. Nous devons préserver notre nation de devenir une structure de péché, c’est un devoir de chaque citoyen, chrétien ou simplement soucieux du bien commun. Mais il n’exonère pas de regarder ailleurs ce qui la menace. Le voisin n’aspire pas toujours lui-même à la sainteté. Et le concept même de nation (peuple + territoire + langue + passé et avenir commun) persiste-t-il encore dans nos sociétés aux frontières si poreuses ? Son universalité elle-même est un leurre, l’Oumma, nation des musulmans, le prouve. Alors soyons vigilants.

Sans être un fan de toute son œuvre, il est une chanson de Jean-Jacques Goldman que j’aime beaucoup : « Né en 17 à Leidenstadt ». Mais je ne suis pas d’accord avec sa conclusion. Faut-il souhaiter d’être « épargné d’avoir à choisir un camp » ? Ces camps ne relèvent pas ou très peu du choix, ils nous sont imposés par nos histoires personnelles. Ce que nous devons souhaiter, c’est d’être assez responsables et actifs et que nos efforts portent assez de fruits pour ne jamais avoir honte de notre camp, et toujours vouloir le servir.

Ce soir, il est vraisemblable que la France prenne au Rugby ce qui s’appelle une raclée d’anthologie contre la Nouvelle Zélande, les terribles All-Blacks. Nul doute que chacun sur le terrain, dans les gradins ou devant son téléviseur fera le maximum pour faire gagner son équipe. Au coup de sifflet final, les rivalités cesseront sans doute pour faire place à de l’amitié. J’aime ce nationalisme là.

 

Rémy Mahoudeaux

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