Euthanasie à la française

Euthanasie à la française
10 janvier 2015 OSP

Euthanasie à la française

par Pierre-Olivier Arduin

Remis le 12 décembre dernier au président de la République, le rapport parlementaire sur la fin de vie des députés Jean Leonetti (UMP) et Alain Claeys (PS) recommande de créer un droit à une sédation profonde et continue, accompagnée de l’arrêt de tout traitement, y compris l’hydratation et la nutrition, jusqu’à ce que mort s’en suive. Les deux hommes souhaitent également rendre contraignantes les directives anticipées qui s’imposeraient au corps médical. Décidé à accélérer le calendrier, le chef de l’Etat a demandé que la discussion parlementaire s’engage dès le mois de janvier sur la base des propositions des deux députés.

Sédation dénaturée

La lecture du rapport Leonetti-Claeys ne laisse place à aucun doute : par l’instauration de « nouveaux droits des malades » venant modifier en profondeur le code de la santé publique, il s’agit de permettre une « euthanasie à la française » extrêmement pernicieuse. L’exemple type de ce changement radical de paradigme est la dénaturation de la sédation. Son principe consiste en cas de douleurs réfractaires à diminuer la vigilance du malade pour apaiser sa souffrance, en allant parfois jusqu’à la perte de conscience, sans altérer ses grandes fonctions vitales. Dans ce cas, comme le rappelle saint Jean-Paul II dans son encyclique Evangelium vitae dont nous fêtons cette année le 20e anniversaire, « la mort n’est pas voulue ou recherchée, bien que pour des motifs raisonnables on en courre le risque : on veut simplement atténuer la douleur de manière efficace en recourant aux analgésiques dont la médecine permet de disposer » (n. 65). On reconnaît dans cette analyse le principe du double effet que Pie XII (cité par Jean-Paul II dans le même numéro de l’encyclique) avait déjà pleinement mis en lumière pour aider les médecins dans leur discernement : si l’intention porte sur le fait d’accélérer la mort en fin de vie et que la sédation est utilisée comme un moyen pour réaliser ce but, l’acte est une euthanasie moralement inacceptable; au contraire, si l’intention est de soulager la douleur et que l’abrègement de la durée de la vie n’est qu’une conséquence non directement voulue, la sédation est licite sur le plan éthique. Encore s’agit-il, précise Jean-Paul II à la suite de Pie XII, de « ne pas priver le mourant, sans raisons graves, de la conscience de soi : à l’approche de la mort, les hommes doivent être en mesure de pouvoir se préparer en pleine conscience à leur rencontre définitive avec Dieu ». De plus, dans le cas d’une sédation correctement pratiquée, les moyens pharmacologiques employés doivent être proportionnés et ajustés à l’intensité de la souffrance, le principe du double effet comprenant un idéal de modération. Dans le rapport Leonetti-Claeys, l’intention morale si précieuse pour discerner les actes en fin de vie disparaît ; aucun passage ne vient d’ailleurs rappeler que le médecin ne doit jamais provoquer délibérément la mort de son patient, pierre angulaire du serment d’Hippocrate et du code de déontologie. De plus, rien n’est dit sur la proportionnalité dans l’usage des sédatifs. Les mesures préconisées par les deux députés ne font que légitimer une sédation terminale en l’associant obligatoirement « à l’arrêt de l’ensemble des traitements de maintien de la vie » pour que la mort advienne dans un délai rapide.

Protocole euthanasique

Il est remarquable qu’à cette occasion le rapport exige de suspendre également l’hydratation et la nutrition pour démultiplier les effets de la sédation. « Ne pas associer ces deux actes médicaux serait incohérent, les effets de l’un contrariant les effets de l’autre » écrivent les parlementaires dans leur rapport. Cette mesure revient à signer l’arrêt de mort des personnes cérébro-lésées. Pour se justifier, les auteurs du rapport s’abritent derrière la décision du 24 juin 2014 du Conseil d’Etat qui a approuvé le retrait de la nutrition et de l’hydratation de Vincent Lambert dont le sort sera définitivement jugé ce 7 janvier par la Cour européenne des droits de l’homme. Au final, en proposant de stopper toute « thérapeutique de survie » et d’administrer des cocktails médicamenteux puissants pour endormir le patient jusqu’à ce que la mort advienne, les deux députés ne font que transposer dans le droit français les protocoles de suicide assisté mis en place dans l’Etat de l’Oregon au début des années 90, associant eux aussi sédation et arrêt de l’alimentation.

Conscience morale en danger                

La vocation des soignants et l’essence même de la médecine sont blessées mortellement. Derrière ces « nouveaux droits des malades » que promeut le rapport, l’autonomie du patient est en effet appréhendée comme autodisposition de soi et autodétermination de ses choix, fussent-ils déraisonnables ou « suicidaires ». Sédation terminale, retrait de l’hydratation et de l’alimentation, dispositions écrites dans les directives anticipées,… autant de mesures rendues contraignantes à l’encontre du médecin qui sera sommé de les mettre en œuvre, même contre sa conscience. La relation médicale en serait dramatiquement bouleversée : le professionnel de santé devrait abdiquer sa responsabilité thérapeutique et sa conscience morale face aux prérogatives autonomistes du malade. Ce qui compterait désormais, ce ne serait plus la sollicitude envers celui qui est malade, mais le respect scrupuleux de sa volonté même si celle-ci va à l’encontre de son bien. A côté du scandale de l’avortement, la prochaine marche pour la vie du 25 janvier doit aussi être l’occasion de dire non à cette « euthanasie à la française ».

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