Enfin libre !

Enfin libre !
25 juin 2015 Dorothée Paliard

Enfin libre !

 

Par Thierry Fournier de Meyere

Je viens d’avoir dix-huit ans

J’ai mon permis, j’ai ma voiture.

Demain, j’irai sur les routes

Demain, j’irai devant moi.

Ma voiture est si belle

Est-ce possible ? Est-ce un rêve ?

On me dit sois prudent

Mais je suis tellement content.

Oh non je roulerai pas vite

Je veux conduire longtemps.

J’ai bouclé ma ceinture,

Mis mon portable sur avion

Me voilà parti.

Enfin libre !

Quelle joie ! Quelle frénésie !

Libre d’aller

Libre de dire merci.

Deux agents de la route,

Un homme, une femme,

Me font signe d’arrêter.

Qu’ai-je fait ? Je suis maudit.

Monsieur, vous avez souri,

Photo à l’appui.

Distraction, déconcentration,

C’est interdit.

Ça fera trois points et 130 €

La prochaine fois retrait de permis.

 

La lutte contre la mortalité routière est un combat contre Goliath. Combien de vies perdues, de familles décimées, endeuillées ? Combien de morts et de blessés jetés sur le bas-côté ? Sans surprise, ce sont les pays les plus pauvres où la signalisation routière et la prévention sont défaillantes qui paient le plus lourd tribut.

Après des décennies d’impéritie, la France fait enfin partie des nations « civilisées ». Chez nous, les routes ôtent la vie à plus de 3.000 âmes chaque année, quand elles en foudroyaient plus de 15.000 au début des années soixante-dix, sachant que, dans le même intervalle, le nombre de véhicules a été multiplié par trois ! Pris isolément, ces résultats font figure d’exploit. Pourtant, en comparaison, le Français est encore loin du très bon conducteur britannique, ou même de l’Allemand qui le devance largement.

 

Limitations de vitesse, ceintures obligatoires, baisse drastique du taux d’alcoolémie au volant… Conjuguées aux campagnes de prévention, à l’amélioration constante des infrastructures routières et de la sécurité des automobiles, ces lois ont permis de diminuer très sensiblement le nombre d’accidents mortels. Les radars automatiques sont les nouvelles sentinelles de nos routes. Et pourtant, oui, et pourtant, il semble que l’on cale. Le seuil des 3.000 morts demeure… infranchissable, alors même que le gouvernement ambitionne de passer sous la barre des 2.000 tués d’ici à 2020. Aussi, pour atteindre l’inaccessible étoile qui fera enfin de la France le pays des as du volant, voilà que l’on promet de réduire encore la vitesse de 10 km/h, voilà que l’on proclame le zéro alcool, et que l’on interdit… l’oreillette en conduisant. Exit vos communications téléphoniques dans l’oreille. Interdit d’écouter et de parler, car les études scientifiques sont unanimes, « la conversation au téléphone entraîne une diminution de 30 % des informations enregistrées par le cerveau. (1) » Bien que cette mesure soit difficilement applicable, elle en dit long sur ces nouvelles lois intrusives et liberticides qui orientent subrepticement notre démocratie vers un état totalitaire, et qui, derrière le noble argument de la sécurité routière, ne poursuit d’autre but que d’engranger de nouvelles recettes… fiscales. Et d’ailleurs, à quand l’interdiction des dispositifs téléphoniques intégrés à l’habitacle, à quand l’interdiction d’écouter de la musique, de parler à sa femme ou ses enfants, de tenir le volant d’une main le temps d’allumer une cigarette ou d’attraper son gobelet ? Interdit de chanter, défense de sourire. À quand les mouchards électroniques dans les voitures ? Est-il vraiment sérieux de penser que l’on va sauver des vies ainsi ? Ici, c’est la liberté qu’on assassine.

 

Ne vous êtes-vous jamais retrouvé en excès de vitesse sur une double voie « express » bien sécurisée en milieu urbain, mais limitée à… 50 km/h ? A contrario, d’autres tronçons réputés dangereux sont à peine contrôlés. Il y a certainement à mieux identifier et traiter les points noirs routiers. On pourrait aussi favoriser les voitures avec boîte automatique dont il est acquis qu’elles entraînent une diminution naturelle de la vitesse du fait précisément de la disparition du levier de « vitesse », favorisant par la même le maintien des deux mains sur le volant. Au lieu de cela, on préfère jeter le discrédit sur tous les conducteurs et faire de chacun d’eux des délinquants routiers potentiels. Terme ô combien impropre et déplacé, car la violence routière n’est autre que le prolongement de la délinquance de rue. Ce sont bien les mêmes que l’on retrouve sur les routes, ceux qui, sans foi ni loi et dopés aux drogues, projettent leur vie sur celle des autres. Mais il est effectivement moins risqué de verbaliser celui qui a oublié d’attacher sa ceinture que d’arrêter quatre individus suspects qui sèment la terreur à bord de leur voiture.

 

Certains diront que même pour une seule vie il faudrait faire une loi. Cela est beau, cela est gentil. Mais que vaut une vie sans la première des libertés, celle d’aller et de venir, celle d’aller devant soi ? Et si nous ne mourrons plus sur les routes, alors, nous mourrons, oui assurément nous mourrons, mais autrement. Quand d’autres espèrent qu’un jour les voitures se conduiront toutes seules et qu’il n’y aura plus d’accident, sauf peut-être de temps en temps, à cause des bugs informatiques qui provoqueront des carambolages en série et qui, comme pour les catastrophes aériennes, ne trouveront plus de responsables et feront des procès à dix ans. Ce jour-là, plus personne ne viendra s’écrier « enfin libre ! » lorsqu’à dix-huit ans il s’installera à son volant.

 

www.fournierdemeyere.fr

 


 

(1) Le Figaro, 19 juin 2015

  • DECROUEZ

    tout à fait de votre avis car les Allemands sont meilleurs que nous alors que leurs autoroutes sont à vitesse non limitée ( sauf zones dangereuses justement ) et qu’une enquête récente montre que les radars sont placés en majorité pour faire rentrer l’argent dans des zones peu dangereuses

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