Le 7 mai, c’est à vous de choisir!

Le 7 mai, c’est à vous de choisir!
29 avril 2017 Dorothée Paliard

Le 7 mai, c’est à vous de choisir!

Par Monseigneur Rey, évêque de Fréjus-Toulon, 29 avril 2017.

Je ne donnerai aucune consigne de vote. Les évêques ont été maintes fois sollicités – sinon sommés – pour donner leur avis, mais je ne puis que répondre : choisissez en conscience ! D’autres, des journalistes plus habiles, ou de ces laïcs « cléricalisés » que cible souvent le pape François, prétendent exciper, à force d’exégèse, le nom d’un candidat savamment caché dans le communiqué publié par les évêques au soir du second tour des présidentielles. La réalité est plus simple : tous les électeurs catholiques ne feront pas un choix univoque.

Être catholique n’est pas du même ordre qu’être militant d’un parti. Choisir en conscience c’est ignorer les exclusives de la médiacratie ou les consignes du prêt-à-penser. Les catholiques sont des citoyens adultes et n’ont pas besoin qu’on les mène par la main jusque dans l’isoloir ! La Conférence des évêques de France avait déjà pris les devants en publiant un texte largement salué : Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique. L’objectif est de faire de réfléchir, pas de faire obéir.

Être catholique n’est pas non plus politiquement neutre. L’Évangile donne soif de justice et faim de charité. Alors, comment éclairer sa conscience à l’heure du vote ? D’abord, en priant. Le Saint-Esprit n’est jamais avare de ses lumières. Ensuite, en méditant toutes les options possibles.

« La coresponsabilité du bien public » exige « l’exercice du droit de vote » d’après le Catéchisme de l’Eglise catholique. Le bien du pays implique de faire un choix et non de se défausser. Si au regard des candidats, de leur personnalité, de leur entourage et de leur programme, les choix proposés aux électeurs sont également « contraires aux exigences de l’ordre moral, aux droits fondamentaux des personnes ou aux enseignements de l’Evangile », alors le vote blanc ou l’abstention sont légitimes. « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5, 29).

Pour choisir un candidat – ou n’en choisir aucun – le cardinal Ratzinger indiquait dans une note doctrinale de 2002 sur la vie politique que notre vote ne peut soutenir une mesure qui abime « le contenu fondamental de la foi et de la morale ». Si un programme ou un candidat, sur un point fondamental, attaque gravement la morale ou la justice, alors on doit l’écarter. 

Il suffit de lire ou relire cette note du cardinal Ratzinger, rédigée à la demande du saint pape Jean-Paul II, pour voir apparaître clairement une liste des points fondamentaux. Bien entendu, la doctrine sociale de l’Eglise est plus vaste et le Magistère du pape François offre des perspectives nouvelles au sujet des migrations, de l’Europe ou de l’écologie intégrale. À l’heure d’un choix crucial, il importe de ne pas faire l’impasse sur les points vraiment non-négociables.

« La garantie de la liberté d’éducation » implique le respect du rôle premier des parents, mais aussi des politiques éducatives ambitieuses pour permettre la transmission des savoirs, le respect mutuel et l’ouverture des enfants au monde.

« Les formes modernes d’esclavage » sont réelles et la « drogue » en est un parfait exemple, avec « l’exploitation de le prostitution ». Dans la continuité de Benoît XVI, le pape François a aussi redit l’option préférentielle de l’Église pour les pauvres. La vie n’est pas seulement sacrée à son début ou à sa fin : tout homme a droit aux moyens nécessaires pour vivre dignement. Le Saint-Père nous incite à aller aux périphéries pour rebâtir des liens de solidarité avec les plus pauvres. Nous devons chercher le « développement d’une économie qui soit au service de la personne », sauve des excès de la finance, respectueuse des travailleurs qui subissent actuellement les licenciements brutaux et les délocalisations massives.

« La liberté religieuse » serait menacée par la résurgence d’un laïcisme étroit et sectaire, comme elle l’est insidieusement par la dictature du relativisme et l’esprit du temps libertaire. François a pointé le laïcisme français qui traite parfois les religions comme des sous-cultures.

« La paix » doit être recherchée autant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, qu’on songe ici aux divisions des Français, au terrorisme, aux conflits étrangers ou aux minorités persécutées.

« Le caractère intangible de la vie humaine » implique l’opposition à l’avortement, à l’euthanasie, au suicide assisté et à leur promotion. La suppression récente du délai de réflexion préalable à l’avortement a conduit à mettre en place un délit d’entrave numérique attentatoire à la liberté d’expression.

« La promotion de la famille » s’inscrit dans celle du mariage entre deux personnes de sexe différent et le respect de la filiation. Chacun a en mémoire les conséquences néfastes de la loi Taubira, portée par le dernier gouvernement. Sur la famille, le pape François a aussi dénoncé avec force le risque d’une « Europe grand-mère » : un continent qui ne fait plus d’enfants n’a pas d’avenir.

À côté de ces points non-négociables, il ne faut pas oublier les migrations, sujet central de cette campagne électorale. Que les États plus riches sachent accueillir ceux qui sont chassés par la guerre ou la famine. Nous devons trouver un équilibre entre la maîtrise des flux et un accueil nécessaire. Allons voir à la racine des maux : ce sont les guerres mues par l’intérêt économique, les idéologies, ou les désirs de domination. Face à l’étranger qui nous fait peur, le pape nous invite à cultiver nos identités : « Pour qu’il y ait dialogue, il y a une condition sine qua non : partir de sa propre identité. Si je ne suis pas clair avec moi-même, si je ne connais pas mon identité religieuse, culturelle, philosophique, je ne peux pas m’adresser à l’autre. »

Au-delà de la justesse du choix que chacun sera amené à faire le 7 mai, les chrétiens ne doivent pas perdre de vue que notre pays est en souffrance. Les turpitudes actuelles doivent les pousser à s’entre-aider pour contribuer à la reconstruction que tout homme de bonne volonté appelle de ses vœux. Qu’ils ne sacrifient pas cette unité autour de l’Evangile aux sirènes de la division. Le concile Vatican II nous rappelle que « personne n’a le droit de revendiquer d’une manière exclusive pour son opinion l’autorité de l’Eglise. »

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