Ecotaxe, le retour !

Ecotaxe, le retour !
16 novembre 2013 webmaster

Ecotaxe, le retour !

Par Philippe Conte.

Nous avons abordé il y a deux mois déjà la question de l’écotaxe que l’actualité la plus brûlante a mis sur le devant de la scène politique et médiatique. Nous avions vu le caractère ubuesque et vexatoire de cette énième taxe destinée à ponctionner in fine le pouvoir d’achat des français sans réellement aider à modifier la réalité de la politique des transports dans notre pays.

Il est particulièrement intéressant de noter que cette nouvelle contribution s’inscrit entièrement dans les directives dont Bruxelles abreuve quotidiennement les états membres de l’Union. Le fait générateur de cette taxe est en réalité la politique de réduction des émissions de gaz à effet de serre dont les objectifs furent déterminés par Bruxelles (-20% de diminution en 2020 par rapport à 1990 fixé par le Conseil Européen du 8 et 9 Mars 2007) ; les modalités de cette « incitation financière » furent définies bien évidement par analogie avec ce qui existait déjà chez nos voisins pour une meilleure compatibilité !

On aurait dû dès lors s’interroger sur une démarche totalement schizophrénique qui visait théoriquement à restreindre le transport routier pendant que l’option de la « concurrence libre et non faussée » pousse dans une direction diamétralement opposée ! Direction qui aboutit aujourd’hui à une situation où 40% des poulets consommés en France proviennent d’élevage situés dans la partie orientale de l’Allemagne. On peut supposer sans grand risque de se tromper qu’ils ne viennent pas en France à tire d’aile et qu’une noria de camions les amène dans nos grandes surfaces émettant au passage des tonnes de CO2 !

Ce télescopage de politiques ubuesque dignes de l’administration du Gosplan cher au camarade Brejnev, a fini par provoquer une tempête sous les « bonnets rouges » de nos amis bretons.

Cet épisode est assez révélateur de la crise profonde que traverse notre modèle de développement assez stupidement calqué sur celui du grand frère d’outre-Atlantique. C’est déjà ce même modèle qui fut à l’origine de la crise de notre tissu industriel traditionnel. Les ouvriers de Flandre et de Lorraine sont bien placés pour le savoir eux qui votent avec constance contre une construction institutionnelle destructrice de leur emploi. Ainsi lors du référendum de 2005 le non l’a emporté largement en Meurthe et Moselle avec 56,6%, plus encore dans le Nord avec 61 ,9% de non. Dans le même temps les électeurs du Finistère, peu soucieux de solidarité et dont l’industrie agro-alimentaire n’avait pas encore été rattrapée par la patrouille, votaient oui à 51,1% !

Les temps ont changés, la moulinette de la « concurrence libre et non faussée » a rattrapé les ouvriers bretons mis en compétition avec les ouvriers polonais et bulgares grâce à la célèbre directive Bolkestein ! Courir le 100 mètres avec les mains attachées dans le dos et avec des semelles de plomb n’est certes pas une mince affaire ! Peut-être nos compatriotes vont-ils finir par comprendre que le modèle de développement qu’ont choisi les bureaucrates du Gosplan… pardon de Bruxelles, condamne sans appel les régions périphériques, les régions d’accès difficile, les zones éloignées des centres urbains majeurs. La soi-disant « politique de cohésion économique sociale et territoriale » de l’Union ne vise en réalité qu’à anesthésier les résistances. On le voit parfaitement aujourd’hui alors que les pays qui ont le plus bénéficié de ces « aides » : la Grèce, le Portugal, L’Espagne se trouve dans une situation tragique. Leur main d’œuvre n’a désormais d’autre alternative que d’aller concurrencer leurs confrères de l’Est dans les usines de la Ruhr, de la Bavière ou du Brandebourg.

Ce modèle de développement qui a conduit à ce que l’agriculture allemande soit plus performante que celle de la France, (chose qui n’était pas arrivé depuis le néolithique !) , ce modèle doit changer. Sans cela la meilleure chose que les ouvriers bretons de l’agro-alimentaire puissent faire c’est d’apprendre l’allemand… ou peut-être le chinois !

 

Photo : Portail écotaxe

Partagez cette page
Suivez l'OSP sur les réseaux