Ecologie Humaine

Ecologie Humaine
8 décembre 2014 OSP

Ecologie Humaine

Propos recueillis pas Stéphane Duté

Le 6 et 7 décembre se tenaient, au palais des congrès de  Montreuil,  les premières assises du courant pour une « Ecologie Humaine ». Ce courant, né en 2013 dans la foulée de la loi Taubira a pour objectif de se réapproprier la question anthropologique en posant des initiatives concrètes. Il s’agit de reconstruire le monde, non à partir de l’idée que l’on se fait d’un monde idéal, mais à partir de l’action humble et concrète que chacun d’entre nous peut poser. Autrement dit : «  Qu’est-ce que je peux faire ici et maintenant ? »

Les initiateurs du courant, Tugdual Derville, Gilles Hériard Dubreuil  et Pierre-Yves Gomez, expriment ainsi leur intuition :

« Le Courant pour une Ecologie Humaine fait le pari qu’une révolution de la bienveillance est possible pour changer la société. La crise ébranle les certitudes sociales, politiques, économiques, et engendre une inquiétude majeure.  Or, aucun « think tank », aucune structure politique existante, aucun leader providentiel ne propose de solution propre à agir sur tous ces leviers à la fois. L’urgence de construire le long terme devient une évidence. Avec le Courant pour une Ecologie Humaine, chacun y est invité, chacun peut s’y engager »

L’OSP était présent aux assises et  à pu interviewer  Pierre-Yves Gomez, l’un de trois initiateurs du courant.

En tant qu’économiste, qu’attendez-vous du courant Ecologie Humaine ?

On ne peut pas parler d’écologie sans intégrer la dimension économique et sociale de la personne humaine. Il y a une réalité économique que l’on ne peut tout simplement pas évacuer. Il est indispensable d’intégrer l’économique dans l’écologique et dans l’humain.

L’économie est-elle au service de l’Homme ?

Dans la pensée dominante, l’économie n’a pas d’anthropologie. Elle est au service d’un système dont le sujet n’est pas l’être humain mais l’individu. Or l’individu est une notion abstraite. L’économie contemporaine à crée sa propre organisation composée de notion comme la compétences, la formation, l’accès aux ressources etc.. Soit vous vous situez à l’intérieur de celle-ci et tout va bien, soit vous êtes à l’extérieur de ce système et vous êtes hors champs. Vous n’existez plus pour l’économie. C’est ainsi que l’Homme contemporain est comme amputé de ce qui ne rentre pas dans les cases définies par la pensée dominante. Un des objectifs du courant pour une écologie humaine est de remettre de la vie dans l’économie afin que l’Homme ne soit pas simplement pour elle, une « variable d’ajustement ».

Aux assises, vous avez déclaré que pour comprendre l’Homme, il est nécessaire d’intégrer trois paramètres : la vulnérabilité, la bienveillance et le bien commun. Ceci n’est-il pas antinomique avec les notions d’intérêt personnel et de rentabilité qui sont également des réalités humaines ?

Au contraire. C’est par bienveillance que l’on doit demander que tel ou tel projet soit économiquement rentable. Parce que l’inverse de la rentabilité, c’est l’assistanat. Et c’est l’assistanat qui est dégradant pour la personne humaine. Il faut comprendre ce que l’on nomme bienveillance et qui n’est absolument pas cette gentillesse un rien naïve que l’on imagine quelque fois. Derrière la notion de « bienveillance », c’est celle de responsabilité humaine qui émerge. La bienveillance est réaliste et efficace. Elle n’a rien à voir avec l’utopie.

Je rencontre beaucoup de chefs d’entreprises. Ils ont épuisé tous les concepts. Notamment celui de « valeurs » dont les chartes étaient quasi obligatoires, il y a encore quelques années. Aujourd’hui, la seule chose qui fonctionne c’est l’exemplarité et la cohérence. Et la bienveillance est l’un des moyens pour tendre à cela. Non par gentillesse, mais parce que cela est efface. Socialement et économiquement.

Est-ce que paradoxalement la dette gigantesque de l’Etat ainsi que son désengagement que l’on constate dans beaucoup de domaines, n’est pas une chance dans la mesure ou cela nous oblige à nous sentir responsable de l’autre ?

L’orgueil de l’Etat fut de croire qu’il pouvait tout régler et tout contrôler. Que c’était à lui de définir en quoi consistait le bien commun. Il n’en a pas toujours été ainsi. A travers les siècles, en matière de transmission du savoir par exemple, on constate que l’Etat fut longtemps totalement absent. Il revenait aux compagnons et aux guides de transmettre le savoir. Si le compagnonnage a su traverser les âges c’est bien parce qu’il allait au delà du savoir lui-même. Qu’il englobait une façon de vivre et d’être, avec de véritables convictions humaines.

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Pierre-Yves Gomez est professeur de stratégie à EMLYON et dirige aujourd’hui l’Institut Français de Gouvernement des Entreprises. Spécialiste du lien entre l’entreprise et la société, il est l’auteur de nombreux livres et articles académiques. Son engagement au service du politique l’amène à intervenir régulièrement dans le débat public sur les questions de responsabilité économique. Il est le fondateur des Parcours Zachée et l’un des initiateur du courant « pour une écologie humaine..

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