Drôle de quinzaine

Drôle de quinzaine
27 janvier 2015 OSP

Drôle de quinzaine

 

Par Stéphane Duté

 

En économie, il arrive que certaines semaines soient plus chargées que d’autres. Et à cet égard, la dernière quinzaine de janvier fut particulièrement dense en évènements. Certes, comme à son habitude, le soleil s’est levé chaque matin, et les trois « tremblements de terre » économiques qui se sont déroulés successivement sous nos yeux, peuvent avoir échappés à la plupart d’entre nous. Et pourtant ! Pourtant ce qui s’est passé est d’une telle ampleur, que l’on pourrait objectivement considérer que la monnaie unique est morte. Si l’on était devin…

« La Banque Nationale Suisse surprend les marchés »

C’est que le 15 janvier, la Banque National Suisse (BNS) a fait ce à quoi personne ne s’attendait. En 15 secondes, elle a changée, du tout au tout, sa politique monétaire et a tranquillement déclaré aux marchés qu’elle ne défendrait plus le taux de change de 1,20 franc suisse (CHF) contre un euro. En une seconde, nous sommes passés de 1.20 à 0.83 de parité pour finir à 1 € pour 1 CHF en fin de journée. En gros, la monnaie unique a perdu un quart de sa valeur en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.

Que s’est-il passé ?

Depuis 2011, la BNS achetait sans discontinuer de la monnaie européenne afin de limiter l’accroissement de la valeur de sa propre monnaie. En gros, elle achetait des euros en vendant des francs suisses dont la « valeur » se dépréciait artificiellement. A ce jeu, le bilan de la BNS est passé de 100 milliards de Francs à 500 milliards en 5 ans ! Une paille…

Comme il est peu courant qu’une banque centrale vende de la « bonne » monnaie pour acheter de la mauvaise, on pouvait se douter que ce jeu dangereux pour la Suisse finirait un jour. Pour une personne normale c’est assez évident. Pour un banquier, ça l’est beaucoup moins.

On découvrira peut-être dans les semaines qui viennent, combien de milliards d’euro BNP, HSBC, Deutsche Bank et compagnie auront perdus en jouant, avec des effets de leviers considérables, sur des variations de parité de 1 centimes. On sait déjà que le courtier américain FXCM (1) est resté sur le carreau avec une perte de 225 millions de dollars en une seconde. Pas mal…

« Pourquoi la Banque Nationale Suisse a-t’elle changée d’avis ?

Cette question est d’autant plus importante qu’en reprenant les chiffres, on en a froid dans le dos. Avec 500 milliard d’euro ayant perdu 20% de leur valeur, la BNS va « juste » passer une provision pour perte de 20% X 500 milliard soit 100 Milliard d’euros dans ses comptes ! Encore une paille … Alors forcément, elle a dû réfléchir avant de le faire. Peut-être même que Thomas J. Jordan le Président de la BNS avait entendu parler du second tremblement de terre économique avant même qu’il n’arrive… Qui sait ? Il n’est pas impossible, en effet, qu’il ait eu vent de la décision de la Banque Centrale Européenne (BCE) de « créer » 1.140 milliard d’euro à partir de rien. Il est même tout à fait envisageable qu’il ait apprit par hasard que cette décision serait rendue publique une semaine plus tard, le 22 janvier !

La BCE va racheter 1.140 milliards d’euros de dette

Après les banques centrales des Etats-Unis, du Japon, et de la Grande-Bretagne, la BCE a finalement décidé – en violation de ses propres règles de gouvernance – de racheter des dettes publiques et privées à hauteurs de 60 milliard d’euro par mois, jusqu’en septembre 2016 (2). L’Allemagne a, semble t’il, autorisé les « cigales » à s’affranchir de la presque orthodoxie monétaire qui était de mise jusqu’à présent. Sans doute en prévision du troisième tremblement de terre que constituerait l’arrivée au pouvoir en Grèce du parti d’extrême gauche « Syriza », mais pas seulement. Et du coup, les marchés financiers ont « oublié » la Suisse. Ils sont contents. La liquidité est assurée pour faire grimper la bourse. Même le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, déclare sans rire à l’issue du scrutin « qu’il n’y a pas de nécessité urgente à agir sur la dette grecque ». Le même Jean-Claude Juncker qui avait déclaré en décembre, en grand démocrate qu’il est : « Ma préférence serait de revoir des visages familiers en janvier » (4)… Faut croire que les 320 milliard d’euro de dettes grecques ne sont plus un problème depuis dimanche soir…

Mais revenons sur les 1.140 milliard de création monétaire de la BCE. En fait, la réalité n’est pas exactement ce que les marchés ont compris. La BCE ne prendra à sa charge que 20% de ce montant, les 80% autres l’étant par les propres banques centrales des Etats (5). Et ça change tout. De fait, madame Merkel, de guerre lasse, a dit aux « cigales » à peu près ceci : « OK pour les 1140 milliard, mais si ça tourne mal, c’est chacun pour soi. Alors chaque Etat de la zone euro prend ses responsabilités et rachète ses propres dettes. Pas de mutualisation de la dette au-delà de 20% ».

Et voila !

François Hollande a compris qu’il avait du temps devant lui pour effectuer les réformes et Merkel a entérinée la non création d’Eurobond et la non mutualisation de la dette. La Suisse quant à elle a simplement dit « ciao les gars ».

Franchement, le couple Franco-allemand aurait voulu supprimer l’Euro qu’il ne s’y serait pas pris autrement…

http://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/la-bce-va-racheter-plus-de-1000-milliards-d-euros-de-dette-souveraine_1643420.html

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