Disparition en détention d’un évêque chinois

Disparition en détention d’un évêque chinois
3 mars 2015 OSP

Disparition en détention d’un évêque chinois

Il était connu en Chine sous le nom de Monseigneur Côme. Il était évêque de l’église clandestine chinoise. Aujourd’hui, il aurait 94 ans. Mais le 31 janvier, sa famille a été informé indirectement de son décès en détention.

Monseigneur Côme, alias Shi Enxiang, avait disparu depuis de longues années. En 2001, il a été kidnappé alors qu’il rendait visite à sa nièce à Pékin. Depuis, sa famille n’a plus eu de nouvelles de lui. Le Parti communiste chinois (PCC) n’a jamais confirmé la détention du prélat dans une « prison noire ». Mais la détention clandestine, sans aucune forme de jugement, est fréquente en Chine pour se débarrasser des dissidents et opposants.

La confirmation est venue d’un officiel local, qui a annoncé le 31 janvier à sa famille que la dépouille de Monseigneur Shi lui serait rendue le lendemain. Depuis, plus aucune nouvelle. Les autorités ont probablement changé d’avis, réalisant que ses funérailles pourraient susciter un énorme rassemblement.

La détention d’évêques non reconnus par Pékin est quasiment systématique, pour des périodes plus ou moins longues. La vie de Mgr Shi est une bonne illustration du sort de ceux qui, en Chine, choisissent de rester fidèle à Rome. Ordonné prêtre à l’âge de 24 ans, peu avant la fondation de la République populaire de Chine (1949), Shi Enxiang a effectué une vingtaine d’année de travaux forcée à partir de 1957 et de la « campagne de lutte contre les superstitions ». D’abord dans une ferme du Heilongjiang, puis dans une mine de charbon du Shanxi. Libéré en 1980, il est à nouveau incarcéré une année, en 1981, pour avoir exercé son ministère de prêtre. Ordonné évêque auxiliaire en 1982, il est arrêté en 1987, pour deux ans cette fois. En 1989, il est arrêté pour avoir participé à la première – et unique – conférence épiscopale des évêques « clandestins » de Chine. Libéré en 1993, suite à une intense campagne de mobilisation internationale, il est enlevé en pleine rue en 2001, après être devenu l’évêque en titre du diocèse de Yixian (province du Hebei). Cette fois, il ne retrouvera jamais la liberté.

Sur Weibo, l’équivalent chinois de Twitter, de nombreux commentaires saluant la mémoire de celui qui est qualifié de « martyr de l’Eglise » pour avoir refusé d’adhérer à « l’église patriotique de Chine », création du Parti communiste pour contrôler les catholiques. Depuis 1949, la société civile n’a aucun espace pour s’organiser hors du contrôle du Parti. Aucune église, association ou ONG n’est toléré. Au total, Mgr Shi aura passé 53 années en détention, soit plus de la moitié de sa vie, pour avoir refusé de se plier à ce contrôle.

Luc Richard

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