Deux Irakiens viennent à Toulon pour raconter le désastre dans leur pays

Deux Irakiens viennent à Toulon pour raconter le désastre dans leur pays
15 décembre 2017 Dorothée Paliard

Deux Irakiens viennent à Toulon pour raconter le désastre dans leur pays

Simon et « Abou Dani », font partie presque depuis l’origine, des membres locaux de la mission d’Erbil, dans le Kurdistan irakien. Cette antenne de SOS Chrétiens d’Orient a ouvert peu après la prise de Mossoul par l’état islamique. Depuis cette époque, de nombreux volontaires français se sont engagés auprès des populations déplacées lors de l’offensive Takfiriste. Lors de leur passage à Toulon, le 5 décembre dernier,  Simon et « Abou Dani » ont pu s’exprimer devant l’aumônerie des jeunes professionnels de la paroisse Saint-François de Paule.

SOS Chrétiens d’Orient a pris l’initiative d’organiser leur venue en France pour faire entendre la voix des chrétiens irakiens et en particulier de ceux qui ont pris la décision, non seulement de rester dans leur pays malgré les dangers, mais également d’œuvrer pour que la chrétienté orientale ne disparaisse pas.

Leurs propos étaient surtout un message d’urgence. En effet, alors que depuis la fin de la bataille de Mossoul, l’Iraq est peu à peu sorti des radars des média nationaux, ils ont clairement indiqué qu’aujourd’hui s’ouvrait pour les chrétiens dans le nord du pays une période cruciale. Après la libération de la plaine de Ninive en 2016-2017, des habitants ont pu commencer à revenir vers leurs villes et leurs villages. Ainsi plusieurs dizaines de familles chrétiennes ont regagné Qaraqosh, la principale cité de la région et dont Abou Dani est membre du Conseil. Malheureusement , près de la moitié d’entre elles n’a pu rester dans la ville à cause de la destruction de leurs maisons. Le Conseil local a classé les maisons en trois catégories : la catégorie « A » regroupe les habitations totalement détruites. Elles ont été dynamitées volontairement ou ruinées par les combats. La catégorie « B » représente les maisons incendiées (les hommes de l’Etat islamique ont délibérément brûlé un grand nombre de bâtiments avant de se replier). La catégorie « C »inventorie les maisons, non pas intactes – aucune ne l’est, mais « simplement » vandalisées : fenêtres arrachées, mobilier volé ou détruit, murs tagués ou perforés. C’est sur ce groupe que se concentre les efforts de réparation. Grâce au soutien de SOS Chrétiens d’Orient 15 maisons ont ainsi pu être restaurées. Mais c’est peu face aux besoins !

La situation est rendue plus complexe encore car les autorités abandonnent progressivement les écoles déplacées en 2014 arguant de la libération des différentes agglomérations ce qui incite fortement les familles à demeurer dans la zone libérée. La situation économique y est désastreuse et les entreprises doivent repartir à zéro ; leur outil de travail ayant été soit détruit, soit volé (souvent par les habitants des villages musulmans voisins). Ceci oblige la plupart du temps les pères de familles de rester travailler à Erbil et conduit ainsi à la séparation des familles. Enfin la petite université technique de Qaraqosh ayant ré-ouvert, de nombreux étudiants originaires de zones auparavant contrôlées par l’Etat islamique se sont inscrits ; ce qui inquiète fortement la population sur le plan sécuritaire. Enfin les tensions entre les autorités kurdes qui contrôlent Erbil et le gouvernement de Baghdad ont conduit à la fermeture aux lignes internationales de l’aéroport d’Erbil et à la multiplication des « checkpoints » sur les routes.

À Mossoul, grande ville dont Simon est originaire, la situation est encore plus difficile. Outre les destructions massives liées à l’action de l’aviation américaine et aux combats au sol, de nombreux chrétiens désirant revenir ont constaté que leurs propriétés étaient occupées par d’autres familles. Il leur est très difficile de les récupérer du fait de la corruption des fonctionnaires et de l’hostilité dont les chrétiens sont encore l’objet. En effet, pour eux la situation s’est dégradée dès 2004 – 2005, avec des intimidations, des vexations et même des assassinats ciblés. Nombreux sont ceux qui ont fuit dès cette période pour se mettre à l’abri dans la plaine de Ninive. Ils ont dû fuir encore en 2014 à l’arrivée des takfiristes. Pour les chrétiens de Mossoul, « Daesh » n’est que le nouveau nom de ceux qui les ont déjà persécutés au début des années 2000 et ils sont convaincus que l’extrémisme resurgira sous un autre nom à la première occasion. A l’université de la ville, les filles chrétiennes doivent porter le voile pour éviter d’attirer l’attention. Les étudiants se font appeler par un prénom musulman d’emprunt pour les mêmes raisons !

Compte tenu de ces circonstances, le maintien en Iraq d’une des communautés chrétiennes les plus anciennes, fondée par Saint Thomas d’après la tradition, est aujourd’hui étroitement dépendante de l’aide à la reconstruction qui pourra lui être apportée dans les tous prochains mois. Ces quelques mois seront décisifs car devant la menace extrémiste toujours latente, l’ampleur des destructions, l’inertie des autorités, l’hostilité rampante, le découragement gagne. Comme Abou Dani et Simon le répètent, ils ne changeront jamais de religion, « chrétiens pour toujours » clament-ils ! Mais nombreux sont ceux qui sont tentés de vivre leur foi dans des contrées moins hostiles : Australie, Canada… L’Europe n’est pour eux qu’un pis-aller car ils sont convaincus qu’elle sera dans peu d’années dans une situation similaire à leur pays ! A nous de les aider pour que la chrétienté d’Iraq survive aux épreuves et de les détromper sur l’avenir en affirmant ici notre foi.

Philipe Conte

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