Décès de Simone Veil: le temps des pardons

Décès de Simone Veil: le temps des pardons
9 juillet 2017 Dorothée Paliard

Décès de Simone Veil: le temps des pardons

Par le Père Louis-Marie Guitton.  8 Juillet 2017.

Alors que les hommages adressés à Madame Veil se sont multipliés depuis sa mort, plusieurs voix se sont faites entendre pour souligner combien la banalisation actuelle de l’avortement était éloignée de l’esprit de la loi qu’elle a défendue en 1975. L’avortement étant, selon ses mots, toujours un échec et un drame, il ne pouvait en aucune façon constituer un droit. Depuis, on a assisté à une sorte de libéralisation intégrale de l’avortement, quand elle ne s’est pas transformée en incitation pure et simple. Dépénalisation, remboursement, suppression de la notion de détresse et des entretiens pré-IVG… une loi sur le délit d’entrave numérique a même été adoptée l’année dernière.

Le souhait du législateur en 1975 était d’en faire diminuer le nombre et « si possible, en dissuader la femme ». Force est de constater qu’il n’en a rien été, bien au contraire. Un rapide examen de conscience ne devrait-il pas nous inciter à une certaine sobriété, voire à une véritable demande de pardon, tant on devient de plus en plus conscient des souffrances engendrées par les deuils périnataux.

Ce n’est pas le première fois que nous serions invités à demander pardon pour des fautes dont nous sommes d’une certaine manière collectivement responsables : les chrétiens à reconnaître leur part de responsabilité dans les maux qu’ils dénoncent. Qu’en est-il de celui qui devrait s’adresser aux femmes ayant subi un avortement ? Un chemin de croix « pour les femmes crucifiées » a eu lieu à Rome. Le représentant du pape a conclu par ces mots : « En regardant le Crucifix j’entends une voix qui me demande de prononcer au nom de vous tous une simple parole : pardon. »

La liste est longue des blessures féminines liées aux relations avec les hommes. Le silence est pesant lorsque l’on énumère les violences familiales dont les femmes sont les victimes. Un pardon n’est-il pas nécessaire de la part des hommes vis-à-vis de toutes ces femmes qui ont été humiliées et bafouées ?

Un autre pardon s’impose: dans l’avortement l’homme autant que la femme est en cause. L’avortement n’est jamais tout à fait un « acte solitaire ». Si on en a fait une des revendications d’un certain féminisme, il est pourtant souvent le reflet d’une démission masculine. Combien d’hommes pour prendre leurs responsabilités et demander pardon ?

On a laissé croire que l’avortement était l’unique choix possible face à une situation de détresse. Il est bien rare que l’on propose une alternative à la femme qui se pose la question de l’IVG. Qui osera demander pardon lorsque la société tout entière semble indifférente au sort de celles qui ont été seules face à un choix terrible et qui ensuite n’ont pas le droit de dire le drame qu’a été leur avortement ?

S’il faut demander pardon, nous ne pouvons pas oublier les scandales qui ont été provoqués par une défense indiscrète de la vie. Pour toutes les initiatives qui n’ont pas respecté suffisamment les personnes, une demande de pardon s’impose. L’accompagnement et l’écoute, comme toutes les initiatives qui tendent à montrer la beauté et la dignité de toute vie humaine seront toujours plus fécondes que la dénonciation du mal par l’exposition de sa laideur.

Impossible d’oublier dans les pardons celui que les pasteurs de l’Eglise ont à demander. Depuis 1975 leurs voix se sont fait tellement discrètes qu’on a pu croire qu’ils étaient résignés à cet état de fait. Etait-ce le temps des « chiens muets »? Ces silences sont eux aussi coupables, qui ont laissé les fidèles bien seuls face aux avancées de la culture de mort.

Dans une lettre courageuse adressée au président de la république, Mgr Pontier a dénoncé la loi élargissant le délit d’entrave à l’avortement. On a enfin découvert les conséquences et les souffrances engendrées par la diffusion massive de l’avortement. Le pape François a eu des mots extrêmement fermes pour le dénoncer. Il affirme que l’avortement, comme «toute violation de la dignité personnelle de l’être humain, crie vengeance en présence de Dieu et devient une offense au Créateur de l’homme. »

Le dernier pardon à demander est lié au monde catholique français. Les plus mobilisés sur la question de la vie sont aussi les plus divisés. Les tenants de l’action politique ignorent parfois les associations de terrain, qui ont choisi l’engagement auprès des personnes. Celles-ci au contraire critiquent les Marches ou autres démonstrations publiques, qui seraient inutiles et contre-productives. La jeune génération qui se lève semble avoir l’audace qui a peut-être manqué à ses aînés : réjouissons-nous de ces signes prometteurs ! A vrai dire, l’espérance ne nous a jamais fait défaut, puisque le Christ est vivant. Reste à communiquer cet Evangile à ceux qui l’ignorent encore.

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