Cultivons les vertus martiales de nos grands saints

Cultivons les vertus martiales de nos grands saints
1 juillet 2016 Dorothée Paliard

Cultivons les vertus martiales de nos grands saints

Car c’est par l’application de ces vertus que l’on pourra faire usage de la force dans l’intérêt même de nos ennemis.

Par Philippe Conte. Juillet 2016.

Dans la situation générale de l’Église et du monde, il n’est pas inutile de rappeler que bien souvent les bouleversements qui frappent le corps social (national et international), trouvent leur origine dans des désordres antérieurs frappant l’Église. C’est en quelque sorte un des aspects de la prééminence du spirituel sur le corporel !

Ainsi la contamination des indulgences par le droit profane d’origine barbare a eu une part déterminante dans la « réforme » protestante, celle-ci conduisant à un renversement de la civilisation chrétienne et à la sécularisation dont nous vivons encore aujourd’hui les dernières convulsions. De même certaines interprétations du concile Vatican II ( interprétations qui ont cherché la rupture et non l’herméneutique de la continuité) ont posé les prémices de la crise culturelle des années soixante.

Il est donc particulièrement important d’écouter ce que le Magistère romain nous dit de ces désordres car ils risquent immanquablement de conduire à des erreurs graves sur tous les plans religieux, culturels, politiques et sociaux.

Le cléricalisme

Le pape François a ainsi mis à plusieurs reprises l’accent sur la question du danger que constituait le cléricalisme pour l’Église. Il écrivait ainsi le 19 mars 2016, dans une lettre au cardinal Ouellet : « Le cléricalisme éteint lentement la flamme prophétique dont toute l’Église est appelée à témoigner au sein de son peuple. Le cléricalisme oublie que la visibilité et la nature sacramentelle de l’Église appartiennent à tout le peuple de Dieu (cf. LG, n. 9-14), et non seulement à quelques élus et illuminés. »

La complémentarité des vocations entre clercs et laïques revêt une importance si notable que le Saint Père a cru nécessaire d’y revenir ( interview accordé au journal La Croix le 16/05/2016). Il déclarait ainsi : « Un danger à l’inverse pour l’Église est le cléricalisme. C’est un péché qui se commet à deux, comme le tango ! Les prêtres veulent cléricaliser les laïcs et les laïcs demandent à être cléricalisés, par facilité. »

Cette tendance à laquelle il est difficile d’échapper, y compris dans vie quotidienne de nos paroisses, engendre effectivement un grand danger : celui de confondre non seulement les engagements propres des deux « ordres » mais également, leurs modalités d’actions spécifiques. Si chacun est porteur de la triple vocation de prêtre, prophète et roi, il s’agit de répondre à cet appel suivant des modalités propres et suivant le principe ecclésial de « hiérarchie égalitaire » dont la Sainte Trinité et le modèle éternel.

Un exemple paradigmatique

Ainsi en est-il de la question de l’usage de la force. Depuis les premiers temps de l’église il est entièrement admis que les clercs doivent s’abstenir du service des armes. Ainsi le canon 7 du concile de Chalcédoine stipule : « Ceux qui sont entrés dans la cléricature ou qui se sont faits moines, ne doivent plus prendre de service militaire, (…); ceux qui ont osé le faire (…) doivent être anathématisés. » Sur cette position de principe l’enseignement du Magistère n’a pas varié, même si l’histoire nous montre quelques contre-exemples individuels comme l’évêque de Beauvais lors de la bataille de Bouvine. Ainsi contrairement à ce que l’on entend souvent les ordres de chevalerie, comme les Templiers, n’étaient pas des ordres monastiques mais des confréries laïques dotées de règles de vie commune.

Ainsi, il est tout à fait abusif de considérer que l’usage de la force est prohibé pour l’ensemble des chrétiens ; c’est en fait une des formes du cléricalisme !

Une doctrine à actualiser.

Aujourd’hui il faut admettre que la doctrine classique de la « guerre juste » a donné lieu dans l’histoire à des abus nombreux et funestes. De plus, dans le cadre de la mondialisation elle est souvent confondue avec celle de Jihad dans une même méconnaissance. Le compendium de la doctrine sociale précise les principes de réflexions qui doivent présider à l’usage de la force (§500) : « Pour être licite, l’usage de la force doit répondre à certaines conditions rigoureuses : que le dommage infligé par l’agresseur à la nation ou à la communauté des nations soit durable, grave et certain; que tous les autres moyens d’y mettre fin se soient révélés impraticables ou inefficaces; que soient réunies les conditions sérieuses de succès; que l’emploi des armes n’entraîne pas des maux et des désordres plus graves que le mal à éliminer. La puissance des moyens modernes de destruction pèse très lourdement dans l’appréciation de cette condition. (…) L’appréciation de ces conditions de légitimité morale appartient au jugement prudentiel de ceux qui ont la charge du bien commun ».

Il est évident que les formes modernes de conflits (souvent appelés guerre de 4e génération) doivent interroger cette doctrine et plus précisément un point que Saint Augustin avait noté et qui est souvent méconnu : l’intention droite. Les commentateurs lorsqu’ils veulent expliciter cette notion de « guerre juste », mettent généralement l’accent sur le « jus ad bellum » : la licéité de l’entrée en guerre, alors que les guerres protéiformes d’aujourd’hui exigent de prêter la plus grande attention au jus in bello.

Saint Thomas écrivait justement (Somme théologique Q. 40) : Il faut « »une intention droite chez ceux qui font la guerre : on doit se proposer de promouvoir le bien ou d’éviter le mal. « C’est pour cela que S. Augustin écrit :  » Chez les vrais adorateurs de Dieu les guerres mêmes sont pacifiques, car elles ne sont pas faites par cupidité ou par cruauté, mais dans un souci de paix, pour réprimer les méchants et secourir les bons.  » En effet, même si l’autorité de celui qui déclare la guerre est légitime et sa cause juste, il arrive néanmoins que la guerre soit rendue illicite par le fait d’une intention mauvaise. S. Augustin écrit en effet :  » Le désir de nuire, la cruauté dans la vengeance, la violence et l’inflexibilité de l’esprit, la sauvagerie dans le combat, la passion de dominer et autres choses semblables, voilà ce qui dans les guerres est jugé coupable.  » »

Insistant sur ce « jus in bello » le docteur Angélique cite encore l’évêque d’Hippone : « C’est pour cela que S. Augustin écrit :  » Il faut agir fortement même avec ceux qui s’y refusent, afin de les plier par une certaine dureté bienveillante. Car celui que l’on prive du pouvoir de faire le mal subit une défaite profitable. Rien n’est plus malheureux, en effet, que le succès favorable des pécheurs, car l’impunité qui est leur peine s’en trouve nourrie, et leur mauvaise volonté, qui est leur ennemi intérieur, s’en trouve fortifiée « . »

Cas pratique

On voit ainsi de quelle manière il est possible à un chrétien de se défendre légitimement contre les agissements de groupe tel DAESH. C’est aujourd’hui évident pour les chrétiens d’Orient qu’ils n’avaient guère d’autre alternative que de défendre leur village en Iraq comme en Syrie. C’est ainsi que les habitants de Saidnaya ont obtenu des armes du gouvernement et évité ainsi la destruction de leur maisons attaquées par les hommes d’Al-Nosra (Al Qaeda en Syrie).

Mais il faut également noter que, dans la conduite de cette guerre, il est des pratiques déloyales (comme l’usage des drones tueurs) qui ne peuvent qu’accroître les sentiments de haine et de vengeance et qui ne sont donc pas adaptés à l’objectif d’obtenir la paix.

Pour ce qui est de notre pays, l’illusion des « bénéfices de la paix » est en cours de dissipation. Elle n’a jamais été qu’une fiction car des soldats français on été continûment engagés dans des conflits depuis la fin du conflit mondial (Indochine, Algérie, Tchad, Zaïre, Iraq, Yougoslavie,…), mais les nouvelles formes de guerre et les nouveaux ennemis ont désigné notre pays comme un objectif légitime ! De plus la situation mondiale avec l’accroissement des inégalités ne permet pas d’espérer à brève échéance qu’une paix durable puisse voir le jour. Il n’est pas inutile de rappeler les paroles de saint Jean-Paul II : « Personne n’a l’illusion de croire que la simple absence de guerre soit synonyme de paix durable, comme on pourrait le souhaiter. Il n’y a pas de paix véritable si elle ne s’accompagne pas d’équité, de vérité, de justice et de solidarité. Est voué à l’échec tout projet qui tend à séparer deux droits indivisibles et interdépendants: le droit à la paix et le droit à un développement intégral et solidaire. Les injustices, les inégalités excessives d’ordre économique ou social, l’envie, la méfiance et l’orgueil qui sévissent entre les hommes et les nations, menacent sans cesse la paix et causent les guerres. Tout ce qui est fait pour vaincre ces désordres contribue à édifier la paix et à éviter la guerre ».(message de sa sainteté Jean-Paul II pour la célébration de la journée mondiale de la paix, 1er janvier 2000).

La vocation première des Laïcs est donc bien d’œuvrer chacun selon ses charges propres à construire une société plus juste indispensable à la paix. Dans le même temps (parce que ce chemin sera long) nous devons cultiver les vertus martiales dont les innombrables saints militaires (saint Georges, saint Martin, saint Maurice,…) sont les porteurs ; vertus militaires indispensables à un juste comportement dans un monde instable, injuste et violent. Car c’est par l’application de ces vertus que l’on pourra faire usage de la force dans l’intérêt même de nos ennemis.

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