Cristeros, le piège

Cristeros, le piège
8 avril 2014 webmaster

Cristeros, le piège

Par la Mouche du coche.

Pour faire un bon piège, prenez des tas et des tas de cathos. Réveillez leur implication dans la Cité avec une loi qui va clairement à l’encontre de ce qu’ils considèrent comme universellement et naturellement bon, juste et vrai. Exaspérez-les en dénigrant leur mouvement, en manipulant les images et les chiffres et pour finir faites passer votre projet de loi en ignorant totalement leurs revendications.

Au milieu de tout ça, cristallisez leur sentiment d’injustice en empêchant de sortir une superproduction américaine qui relate des persécutions contre les catholiques au Mexique. Leur sentiment d’être rejetés est alors total, leur passion exacerbée, laissant moins de place au cerveau : ils sont prêts. Patientez, en les laissant se battre pour sortir le film eux-mêmes…

Forcément, les voilà criant victoire contre l’anticléricale élite politico-médiatico-culturelle, avant même d’avoir vu le film.

Moi je l’ai vu. C’est fort, bien foutu, on s’énerve contre les persécuteurs, on pleure (attention spoiler) avec le martyr du petit José. Et on peut facilement en rester là en se disant qu’ils étaient quand même couillus ces Cristeros et que nous aussi on se battrait bien.

MAIS prendre les armes contre les persécuteurs, les tuer en criant « Vive le Christ Roi » est-ce vraiment ce à quoi ce Christ Roi nous invite ?

En débattant rapidement avec un cerveau pourtant supérieur, je me suis vu proposée la vision de la « guerre juste » de St Thomas d’Aquin. Mais c’est oublier que Ratzinger a émis des doutes quant à la licéité même de la guerre juste de nos jours (interview ici) . Tout au plus trouve-t-on dans le Catéchisme des articles sur la légitime défense. (Il n’est pas certain d’ailleurs que le film relate la réalité des actions des Cristeros, qui aurait relevé plus souvent de la légitime défense que de la guérilla).

On m’a aussi fourni une liste de martyrs canonisés du Mexique, comme pour me prouver que l’Église avait validé la réponse par les armes. Mais dans cette liste de martyrs, je ne trouve que des prêtres tués pendant la dispense des sacrements ou des laïcs abattus en prière. Aucune trace de morts au combat… Par ailleurs, une petite recherche rapide sur le petit José montre que l’on tient son histoire du père Martial Maciel, sulfureux fondateur des Légionnaires du Christ dont la fête majeure est, hasard, celle du Christ Roi et dont est proche, hasard encore, le réalisateur du film. José est aujourd’hui bienheureux et je bénis cette occasion qui m’est ici offerte de croire que l’Église ne se trompe pas quand elle béatifie ou qu’elle canonise. Mais quand même, là ça picote !

Je ne serai donc pas de ceux qui crient victoire parce que ce film sort, je ne me réjouirai pas de savoir que nombre de mes frères, blessés par les dénigrements répétés de la classe politique et de la presse, risquent de tomber dans le piège qui consiste à en boire l’enseignement sans en avoir vérifié l’imprimatur, je persisterai à dire toujours que seule la paix est valable même au prix de ma vie, que seuls la prière, les martyrs et la mission ont eu raison des persécutions les plus virulentes, et enfin que Dieu me fasse la grâce, par l’intercession du petit José, de mourir plutôt que de tuer en invoquant son Nom.

  • Sophie

    Effectivement, et je rajouterai heureusement que les chrétiens d’Irak ne prennent pas les armes, eux qui sont autrement martyrisés que nous et notre totalitarisme de la pensée. Merci Seigneur pour notre liberté de vivre notre foi!

  • jfsv

    il y a des gens qui condamnent les martyrs comme suicidaires, les chouans comme manipulés, la manif pour tous comme populiste etc… La critique est aisée lorsqu’on la bonne conscience en bandoulière dans un pays ou on ne risque rien. Le pape François nous dit pourtant que se laver les mains dans l’eau de Pilate , c’est aussi une façon d’avoir du sang sur les mains.

    • La Mouche du Coche

      Merci pour votre commentaire, même visiblement négatif, c’est toujours sympa d’avoir des réactions!

      Je ne suis pas certain d’avoir parfaitement saisi le coup de la bandoulière et n’ai pu retrouver l’origine de votre citation du Pape François… j’en suis bien aise parce que sinon j’ai peur de comprendre que vous m’accusiez de pilaterie et d’avoir du sang sur les mains. (Mais j’ai sûrement mal compris)

      En revanche, je vois à la fin de l’interview de Ratzinger, dont le lien est plus haut, cette phrase: « Le Saint Père a maintes fois souligné que la violence ne peut jamais être utilisée au nom de Dieu. » Je vous la livre et vous laisse en faire la critique puisqu’elle est aisée 😉

      Bien à vous

  • Yves MEAUDRE

    En raison de mon métier je serais beaucoup plus prudent pour dire si l’appel aux armes est préférable à l’acceptation du martyr ou du martyr à l’appel aux armes. Je pense que l’acceptation du martyr est une affaire personnelle mais lorsqu’on est responsable d’une communauté (femmes enfants) le devoir de la défendre même par les armes peut s’imposer. La seule condition du combat est d’avoir la certitude de dominer l’adversaire. C’est ce que recommande le catéchisme de l’E.C avec beaucoup de bon sens.
    .
    Enfin il n’est pas juste de comparer notre situation en France même avec les excès illégaux de la police et de la justice Française aujourd’hui avec ceux subis par les vendéens de 93 et par les Karens et les Kachins aujourd’hui en Birmanie, voire par les résistants en Corée du Nord ou au Tibet.

    Condamner par principe tout recours à la force par une vision idéaliste de la sainteté aurait été inadaptée en France pendant la Résistance. Nous priver de celle ci nous aurait empêcher de recouvrer notre souveraineté à la libération.

    En parallèle exalter aujourd’hui les personnes à l’affrontement me semble aussi maladroit qu’inefficace. Il faut user de la Non violence jusqu’au maximum du possible sans exclure l’emploi de la Force si on a affaire à des personnes dont le coeur reste inaccessible. C’est aussi une question d’efficacité.
    Y.Meaudre

    • La Mouche du Coche

      Je suis particulièrement honoré de votre commentaire. Sans doute ai-je manqué de clarté, c’est même probable, n’étant pas spécialiste des questions de guerre juste et de légitime défense. A vous lire il me semble que nous sommes d’accord: la légitime défense oui, la guérilla non! L’Eglise invite à rechercher avec force la paix; l’utilisation de la violence pour y parvenir ne peut être que l’ultime recours après épuisement de tous les autres.
      Cette chronique ne prétend pas faire le procès tardif des Cristeros, ni même mettre à l’index un film qui ne restera qu’un film. Elle vise simplement à alerter sur les réactions qu’il suscite. Le sentiment flou qui s’empare facilement du spectateur c’est que le recours à la violence contre les persécutions est possible (alors qu’il est particulièrement encadré pour être juste), que la désobéissance à l’Eglise est parfois souhaitable et la liste des martyrs béatifiés à la fin du film laisse à penser qu’a posteriori l’Eglise a validé ces actions, ce qui tient pour le coup du mensonge.
      Bref ce film violent n’a rien de missionnaire, il est loin d’être certain qu’il reflète la pensée de l’Eglise, il sème clairement le trouble dans les esprits, je tenais donc à le signaler et à ne pas en faire la promotion positive, en conscience.
      Bien à vous, et flatté de vous compter parmi mes lecteurs!

    • Ermort

      Merci, Yves, de votre post que j’approuve entièrement 🙂

  • Ermort

    Si vous cherchez un peu mieux, cependant, vous trouverez que ce jeune José Luis Sanchez del Rio a été béatifié en 2005. S’il n’est pas mort au combat, il a été abattu pour sa foi, après avoir été fait prisonnier les armes à la main. Enfin, je trouve que votre article flirte un peu avec l’anachronisme. La mouche pourrait faire preuve de plus de rigueur. Cordialement.

    • La Mouche du Coche

      Merci Ermort de me faire la joie d’un commentaire. Je ne comprend pas bien en quoi il y aurait anachronisme… (d’autant que j’avais bien trouvé la date de béatification de José). J’entends votre exigence de rigueur et vous en remercie, la Mouche a facilement tendance à se reposer sur un coin de rideau. Concernant cette exigence qui doit du coup être aussi la vôtre, sur les conditions de l’arrestation de José, mes recherches le disent « porte-drapeau », arme assez inoffensive il me semble. Bien à vous,

      • Ermort

        Hello 🙂
        Ce que je trouve anachronique, c’est le regard porté sur un événement du passé, en s’inspirant de références qui n’étaient pas encore exprimées à l’époque. Ratzinger n’a sûrement pas émis son avis au moment de cette guerre.
        Il me semble que la rigueur consiste à évoquer les valeurs dont les gens ont conscience au moment et au lieu où ils posent des actes.
        Quant à José-Luis, dans son livre, Kéraly raconte que lorsqu’il a donné son cheval au général ayant perdu le sien, il a réclamé un fusil et ne s’est rendu qu’une fois à court de cartouches.
        Enfin, à quoi sert de citer Maciel ici? Comme s’il fallait un peu salir la mémoire des Cristeros.
        Et aussi, si dire toutes les vérités sur ce film vous inspirait, il faudrait montrer les erreurs historiques du film et la part du roman dans ce film épique sympathique.

        • La Mouche du Coche

          ha ouiiii vous êtes un spécialiste en fait! Je n’ai pas lu tous les livres sur le sujet et il ne s’agit en aucun cas ici de porter un jugement sur les Cristeros; qui suis-je pour le faire? En revanche on ne peut cacher des vérités, type l’origine de l’histoire du Bx José, simplement sur l’idée que la vérité risque de salir… C’est bien une telle approche qui a permis à Maciel de traverser les décennies en toute impunité.
          Ma chronique porte sur les discussions et positions morales qui émergent APRES avoir vu le film, ma réponse avec l’interview de Ratzinger est destinée à un de mes interlocuteur aujourd’hui (ceci pour répondre à la question de l’anachronisme).
          Mais tout est dit dans votre dernier mot: vous avez trouvé le film sympathique, pas moi. Après tout est question goût purement cinéphile.
          La Mouche ravie du débat

          • Ermort

            Je crains de m’être mal fait comprendre (pour dire la chose courtoisement).
            Vos sarcasmes et vos amalgames m’encouragent à ne pas poursuivre la discussion.
            A lire votre réponse, je comprends mieux pourquoi vous vous cachez derrière un pseudo, cela vous permet certaines transgressions. Mais quand on se targue de la vérité, afficher son identité serait la première des démarches.

          • La Mouche du Coche

            L’écrit a ses limites effectivement… mon intention n’est aucunement sarcastique. Le fait que vous citiez un livre vous rend effectivement assez spécialiste du sujet.
            Mais je ne voudrais pas ajouter de l’incompréhension à l’incompréhension mon cher « Ermort ». Bien à vous,

  • Alain Branche

    Je propose. –

    Mais prendre les armes pour protéger ceux qui
    vous sont chers, et mourir en criant <> n’est-ce pas ce à quoi le Christ nous invite en disant <> ?

    Dans les deux cas la forme de la question induit la réponse.

    Eléments de réflexions:
    –  » mourir pour  » signifie bien  » à la place  » et non pas  » avec « .
    – Tout est problème de circonstances et de motivations…
    …. et nous sommes humains.

    – Attention à l’almagame entre la violence (débridée, sans limite,
    haineuse) et l’emploi de la force armée (maîtrisée, adaptée.)
    – En ce qui concerne Pilate, je pense que la question aurait pu être: Qu’auriez vous fait à leur place ?

    (PS) La Fontaine ose dire que la Mouche du coche doit être chassée. Qu’en pensez-vous ?

  • ps : les sites espagnols relatent qu’il y a un autre témoin que Maciel, témoin plagié par le parasite Maciel dont il est judicieux de rapeller qu’il était un faussaire de génie…

  • ACADEMIA CHRISTIANA

    La force (en latin fortitudo) est (avec la prudence, la tempérance et la justice) l’une des quatre vertus cardinales. (Les vertus théologales sont la foi, l’espérance et la charité). A ce sujet, Jean-Paul II disait :

    Nous avons besoin de force pour être des hommes. En effet, l’homme n’est vraiment prudent que s’il possède la vertu de force. Prions pour ce don du Saint-Esprit, le don de la force.

    Cette article est sa définition, que le Père Tanquerey dans son Précis de théologie ascétique et mystique donne admirablement :

    « Cette vertu, qu’on appelle force d’âme, force de caractère, ou virilité, chrétienne, est une vertu morale surnaturelle qui affermit l’âme dans la poursuite du bien difficile, sans se laisser ébranler par la peur, pas même par la crainte de la mort.

    Son objet est de réprimer les impressions de la crainte qui tend à paralyser nos efforts vers le bien, et de modérer l’audace qui, sans elle, deviendrait facilement de la témérité.

    Ses actes se ramènent à deux principaux : entreprendre et endurer des choses difficiles.

    La force consiste tout d’abord à entreprendre et exécuter des choses difficiles : il y a en effet, sur le chemin de la vertu et de la perfection, des obstacles nombreux, difficiles à vaincre, sans cesse renaissants. Il faut n’en avoir pas peur, aller même au devant d’eux, faire courageusement l’effort nécessaire pour les surmonter : c’est le premier acte de la vertu de force. Cet acte suppose :

    de la décision, pour se résoudre promptement à faire son devoir coûte que coûte ;

    du courage, de la générosité pour faire des efforts proportionnés aux difficultés et qui sache grandir avec celles-ci ;

    de la constance, pour continuer l’effort jusqu’au bout, malgré la persistance et les retours offensifs de l’ennemi.

    Mais il faut aussi savoir souffrir pour Dieu les épreuves nombreuses et difficiles qu’il nous envoie, lessouffrances, les maladies, les railleries, les calomnies dont on est la victime. C’est souvent plus difficile encore que d’agir : sustinere difficilius est quam aggredi, dit S. Thomas, et il en donne trois raisons.

    Tenir bon suppose qu’on est attaqué par un ennemi supérieur, tandis que celui qui attaque se sent supérieur à son adversaire ;

    celui qui soutient le choc est déjà aux prises avec les difficultés et en souffre, celui qui attaque ne fait que les prévoir ; or un mal présent est plus redoutable que celui qu’on prévoit ;

    l’endurance suppose qu’on demeure immobile et inflexible sous le choc, pendant un temps notable, par exemple quand on est cloué au lit par une longue maladie, ou qu’on éprouve de violentes ou longues tentations ; celui qui entreprend une chose difficile donne un effort momentané, qui généralement ne dure pas aussi longtemps. »

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