COP21 : circulez, il n’y a rien à voir !

COP21 : circulez, il n’y a rien à voir !
15 novembre 2015 Dorothée Paliard

COP21 : circulez, il n’y a rien à voir !

Par Falk van Gaver. 

Moi aussi, je partage une certaine exaspération, assez commune – et en premier lieu chez les écologistes authentiques –, devant la soudaine crise d’écologite aigue qui semble affecter dans une contagion foudroyante – mais hélas sans effets – « nos » « élites »[1] politiques, médiatiques et même ecclésiastiques. Ce n’est pas tant l’amertume du vieil écologiste – depuis l’âge de raison en ce qui me concerne – devant la joyeuse kermesse des tard venus et des convertis de la dernière heure, qu’une forme de désillusion préventive devant la foire démonstrative des coming out en cours et à venir  plus indécents les uns que les autres : quand les people et les oligarques (élus ou non), fraîchement débarqués de leurs jets privés ou de leurs vols réservés, virent écolos dégoulinants, il y a vraiment du souci à se faire pour l’écologie…

La conférence climatique de Paris sera certes une grand-messe médiatique, mais pas en l’honneur de Gaïa, ou bien une Gaïa fake en carton pâte – ou en plastique recyclé labellisé et trademark – qui porterait sur les seins une guirlande de néons basse consommation clignotant « croissance verte ». Ce que l’oligarchie mondiale nous jouera et nous joue déjà, idiots utiles et faux écolos à l’appui – les incontournables « hélicologistes » Nicolas Hulot et Yann-Arthus Bertrand qui sont à l’écologie ce que sont les nains de jardin à la mythologie –, c’est le village Potemkine du « développement durable » – cette contradiction dans les termes, cet oxymore déjà obsolète avec lequel on cherche à faire passer la soupe de plus en plus amère de l’industrialisation du monde qui rime avec sa destruction.

Car ce que l’on va nous vendre lors du COP21 – un nom genre « 22 v’là les flics », choisi sans doute pour dégoûter subliminalement les populations de toute écologie réelle –, ce n’est certainement pas la décroissance (horresco referens), ce n’est pas même l’écologie, ni profonde (horresco referens bis) ni même superficielle, mais une vaste opération de greenwashing de « nos » « élites » et du système économique qui les porte  – le capitalisme mondialisé.

Autant vous prévenir, il ne se passera strictement rien avec ce sommet sur le climat : ensuite, tout continuera comme avant, ses participants de haut vol ayant compris depuis longtemps que le seul recyclage qui compte, c’est celui de leurs carrières – car ils ont depuis longtemps digéré la leçon du guépardisme : « Il faut que tout change pour que rien ne change. »[2] Que tout semble changer pour que rien de change réellement.

Après avoir bien fait la leçon au bon peuple qui doit, lui, « changer de mode de vie », devenir « écocitoyen » et « consomm’acteur », après avoir bien bavé sur tous les tons et la larme à l’œil leur moraline écolo-bobo culpabilisatrice et s’être autorisés quelques saillies catastrophistes et autres variations sur le thème « la-maison-brûle-et-nous-regardons-ailleurs » (en nous grattent le cul, sans doute ?), ils repartiront dans leurs jets privés et leurs vols réservés, la bonne conscience en sus – laissant la mauvaise conscience ou l’indifférence au populo qui n’en peut mais.

Le faux paradoxe de notre époque tient ainsi dans ce décalage abyssal entre les discours officiels – étatiques, médiatiques, entrepreneuriaux… – de plus en plus écolo-catastrophistes et les pratiques réelles de plus en plus technocapitalistes  – ce qui revient à peindre le Titanic en vert, le couvrir d’éoliennes et de panneaux solaires et le doter d’un moteur hybride (à 80% d’électricité atomique et 20% de biodiesel et autres « énergies renouvelables » ) en continuant à faire jouer l’orchestre (électronique) – en se disant que de toute façon, il n’y aura plus d’icebergs ! Ce sont ceux-là mêmes qui s’embrasseront et s’embraseront pour la cause climatique pendant la COP21 qui négocient le TAFTA en sous-main…

Le but de l’opération est simple : que la pseudo écologie officielle et inoffensive pour le capitalisme mondial  –  lequel est tout sauf inoffensif  – prenne toute la place pour n’en laisser surtout aucune à l’authentique critique écologique de la civilisation industrielle. Que tout ceci ne soit qu’une farce destinée à écarter et discréditer toute écologie conséquente est le premier soupçon que ne peut qu’avoir tout écologiste conséquent.


Cet article est la version longue d’une chronique « À rebours » parue dans La Nef N. 275 de Novembre 2015.

[1] Il faut mettre des guillemets à chacun des deux mots, car ce ne sont ni des « élites » ni « nos » élites, mais l’oligarchie que nous subissons.

[2] « Pour que tout reste comme avant, il faut que rien ne change. », Luigi Visconti, Le Guépard, 1963, d’après Giuseppe Tomasi di Lampedusa, Le Guépard, 1859

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