Conscience morale  

Conscience morale  
6 mars 2015 Dorothée Paliard

Conscience morale  

Par Pierre-Olivier Arduin.

Le 4 juin 2011, Benoît XVI rencontrait les élites politiques, académiques et culturelles de la Croatie qui s’apprêtait alors à devenir le 28e pays membre de l’Union européenne. Sous les ors du théâtre national de Zagreb, il délivra un discours historique, largement passé inaperçu en France, où il se fit l’avocat de la conscience chrétienne et du primat de la vérité sur le conformisme ambiant, les consensus de groupe et le relativisme moral.

L’avenir dépend de la formation de la conscience

« Le maintien d’une société libre et démocratique, expliqua le Pape Benoît, dépend « de ce point critique qu’est la conscience, de la façon dont on l’entend et de tout ce qui est investi pour sa formation. Si la conscience, selon la pensée moderne prédominante, est réduite au domaine du subjectif, où sont reléguées la religion et la morale, la crise de l’Occident n’a pas de remède et l’Europe est destinée à la régression ». Si au contraire, poursuivait-il, « la conscience est redécouverte comme lieu de l’écoute de la vérité et du bien, lieu de la responsabilité devant Dieu et devant les frères en humanité – qui est la force contre toute dictature – alors il y a de l’espérance pour l’avenir ». Pour illustrer son propos, Benoît XVI montra que l’abandon de la conscience morale telle qu’elle a été jusque-là comprise conduirait à ne plus savoir lire l’événement de la naissance dans la culture européenne de l’hôpital, lieu concret où le bien et le vrai devraient s’incarner au service des plus faibles. Force est de reconnaître aujourd’hui que dans le champ de la médecine justement, la conscience est tragiquement obscurcie et que la racine du mal est profonde.

Conscience en danger

L’enquête publiée par Famille chrétienne au mois de janvier sur l’objection de conscience face à l’avortement est à ce titre emblématique : « Pour beaucoup de médecins qui refusent de pratiquer des IVG, la seule solution pour échapper aux pressions est de quitter l’hôpital et d’ouvrir son cabinet en ville [1]». Les internes en gynécologie-obstétrique sont littéralement harcelés. S’ils font valoir leur clause de conscience conformément aux dispositions de la loi et du code de la santé publique, des chefs de service leur enjoignent d’effectuer le double de travail dans la prescription de contraceptifs ou la pose d’implants et de stérilets, d’autres les obligent à mener les consultations pré-IVG. Dans tous les cas, il s’agit de contraindre les récalcitrants à « se salir les mains », à collaborer d’une manière ou d’une autre. En philosophie morale, la coopération au mal est le concours apporté par une personne à l’action mauvaise d’une autre personne qui est l’agent principal. Cette coopération peut être active en aidant à la préparation ou à l’exécution de l’acte mauvais lui-même. Elle peut être passive en ne s’y opposant pas avant ou en ne le dénonçant pas après. Comme le précise le Catéchisme de l’Eglise Catholique, « nous avons une responsabilité dans les péchés commis par d’autres quand nous y coopérons » (n. 1868). Même si le sujet ne partage pas l’intention mauvaise de l’acteur principal, il se retrouve dans une situation de « coopération matérielle illicite » qui l’amène à participer, de manière plus ou moins directe, à un acte que sa conscience réprouve. Selon un médecin interrogé par Famille chrétienne, « l’organisation du cursus essaie d’obliger les étudiants à passer par les services d’IVG ». Une jeune interne avoue avoir choisi la spécialité gynécologie mais pas l’obstétrique, « sinon c’est très difficile de refuser de faire des IVG ». Qu’en sera-t-il si les sages-femmes sont habilitées à prescrire et pratiquer des IVG médicamenteuses – mesure phare du projet de loi santé et IVG de la Ministre Marisol Touraine – qui constituent désormais la majorité des quelques 220 000 avortements annuels recensés en France par l’Ined ?

Droit à une formation universitaire selon la conscience

Cette situation est insupportable. Nous ne pouvons plus laisser les jeunes catholiques s’interdire d’exercer les professions de gynécologues-obstétriciens ou sages-femmes pour ne pas avoir à blesser leur conscience. Nous ne pouvons plus laisser seuls celles et ceux qui s’engagent par vocation dans ces études en se contentant de leur rappeler qu’ils n’ont qu’à faire objection de conscience. Ce n’est plus acceptable. Benoît XVI a raison, il nous faut à nouveau « investir dans la formation de la conscience ». Dans un discours important adressé le 18 juin 2001 à des gynécologues et des sages-femmes, saint Jean- Paul II évoquait pour la première fois « leur droit fondamental à une formation selon leur conscience » et proposait déjà la mise en place d’un « enseignement qualifié et reconnu afin d’aider les professionnels victimes de pressions inacceptables à se spécialiser en obstétrique et gynécologie ». Le temps est venu en France de réfléchir collectivement, évêques et laïcs, à la création d’une Université catholique dédiée exclusivement à la formation des professionnels de santé qui soit en mesure de leur offrir un cursus rigoureux sur le plan académique et conforme aux enseignements du Magistère, sur le modèle de la faculté catholique du Sacré-Cœur en Italie, dépendante du Saint-Siège, qui pourrait nous apporter une expertise précieuse en la matière. Ne serait-ce pas un beau et grand projet pour l’Eglise de France ?

[1] Ariane Lecointre-Cloix, « Avortement : le tabou français », Famille chrétienne, 17 janvier 2015.

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