Colonie ?

Colonie ?
4 mars 2016 Dorothée Paliard

Colonie ?

Par Falk Van Gaver. Mars 2016.

C’est la première fois que je vis dans une colonie. Et je vois directement ici, dans cette colonie de la République qu’est la Polynésie française, les ravages de l’impérialisme-colonialisme-universalisme laïc-national-républicain en train de tuer les peuples, langues et cultures polynésiens – un véritable ethnocide, doublé par la destruction mondialiste-marchande de toute culture locale. En gros, ici, c’est la République franco-française plus l’American way of life…

Oui, il y a un ethnocide en cours, mais comme fatal, involontaire, et volontaire de la part des populations vite droguées à la société de consommation. Le pot de fer contre le pot de terre, ou plutôt le pot de plastique contre le pot de bambou… C’est davantage la modernité, le capitalisme qui fait des ravages ici que la colonisation républicaine jacobine française au sens strict, mais cette dernière a bien préparé le terrain en détruisant et remplaçant les bases de la culture polynésienne, ne serait-ce que par l’école française. Les langues polynésiennes ne sont vraiment parlées que par quelques dizaines de milliers de personnes, les autres les maîtrisent de manière dialectale appauvrie et souvent aussi mal que le français : ces deux langues ne sont souvent que des patois, des sociolectes en code restreint des classes populaires, qui les mélangent sans les maîtriser.

La culture polynésienne ne doit évidemment pas être idéalisée, ni dans son passé  de sociétés guerrières extrêmement hiérarchisées et inégalitaires avec systèmes de justification religieuse ad hoc, ni dans son actualité, entre bribes de passé, réinventions plutôt pathétiques de traditions (danse, tatouage…) arrachées de leur contexte et folklorisées, une touristisation avancée et une vie politique pour ne pas dire politicienne polarisée par un bipartisme de fait – entre « autonomistes » partisans du maintien dans la France et « indépendantistes » qui veulent au contraire décoloniser la Polynésie.

Le problème, c’est que l’autonomie jusqu’à présent a surtout favorisé l’apparition d’une classe politique professionnelle locale à l’instar de la France, indéboulonnable avec une fausse alternance – « l’alternance unique » dénoncée naguère en France par Philippe Muray – bref tous les travers de l’oligarchie élective qu’on nous vend sous les dehors de la démocratie représentative, et qui a été bien illustrée par le système quasi maffieux de l’ex-président Gaston Flosse qui a verrouillé la politique polynésienne pendant plusieurs décennies.
Je crois qu’ici comme ailleurs, le combat est pour la démocratie directe, le souveraineté populaire, et qu’ici comme ailleurs cela passe par le combat souverainiste. Une culture vivante ne peut être que le fruit d’un peuple vivant et libre.

La Nef Mars 2016

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