Chrétien en politique, une ligne de crête

Chrétien en politique, une ligne de crête
16 mars 2018 Dorothée Paliard

Chrétien en politique, une ligne de crête

François Huguenin était invité a prononcer une conférence dans le cadre du cycle de formation à la doctrine sociale de l’église « la responsabilité politique de la foi » organisée par la paroisse Saint-Louis-d’Antin et Philippe de Saint-Germain. Il a récemment publié « Le pari chrétien » chez Tallandier. Il pose le problème : comment être chrétien dans la sphère politique alors que notre monde ne l’est plus ?

Il est un triste constat, celui de la virulence chez certains chrétiens de France. L’écho des anathèmes brandis de part et d’autre lors des dernières joutes électorales résonne encore ; le pape François qui est conspué pour ses prises de position sur les migrants : cela n’est pas digne de cette bienveillance que nous devrions montrer au monde !

Animal politique, nous le sommes, Aristote l’a mis en évidence. Mais nous sommes aussi animal spirituel, « cappax Dei ». Être sur cette ligne de crête rend impossible de cantonner hermétiquement nos pensées et actions politiques à une facette tronquée et incomplète de notre humanité. Dès lors, nul ne devrait récuser un chrétien à cause de sa foi lors d’une action politique, nul chrétien ne devrait compartimenter sa vie. Le chrétien, ès qualité, se doit de favoriser la concorde dans la cité et de respecter l’ordre public, même et y compris en luttant contre un État qui s’idolâtrerait lui même.

Benoit XVI l’avait dit lors de son discours de Westminster : « la religion n’a pas à imposer ses normes mais à éclairer le débat. » Il faut bien sûr que le dialogue entre foi et raison soit fécond.

François Huguenin propose un glissement sémantique dans la doctrine sociale de l’église (DSE), l’option préférentielle pour les pauvres devient « pour les faibles », et elle aurait la prééminence sur les autres principes de cette DSE. Mais ce n’est pas nous qui choisissons le plus faible, les circonstances nous l’imposent. De même que nous ne pouvons pas saucissonner la DSE en fonction de notre bon vouloir ou notre humeur du moment, nous devons la prendre dans toute sa complexité. Il en résulte un besoin de fermeté sur les principes doublé d’un pragmatisme accommodant pour l’application dans la vie pratique, et ce n’est pas du relativisme.

Être chrétien dans un monde qui ne l’est plus, c’est s’exposer à des tentations vouées à l’échec : celle de l’enfouissement pour parvenir à ses fins comme un contrebandier, celle de la nostalgie d’un passé révolu, et, plus récente, celle du repli communautariste. Pourtant, la situation de chrétiens marginalisés dans la société n’est pas nouvelle, les premiers qui professaient notre foi l’ont vécu avant nous. Les pères de l’église avait établi un check-list en 3 points pour y survivre : (i) obéir aux lois (ii) ne pas sacrifier à César et (iii) obtenir / conserver la liberté de culte.

Aujourd’hui comme naguère, César revêt de multiples formes ; sexe, argent, pouvoir… Dire non à ces idolâtries est le chemin de conversion qui s’offre à nous pour servir avec succès le bien commun, à la mesure de nos charismes. Et réussir ce pari.

Rendez-vous nous est donné pour la prochaine conférence le mercredi 11 avril : « La politique, un défi culturel : une minorité créatrice » par le frère E. Perrier op.

Rémy Mahoudeaux

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