Catho – catho

Catho – catho
27 novembre 2016 Dorothée Paliard

Catho – catho

Par Rémy Mahoudaux. Novembre 2016.

Les élèves du Lycée Saint Paul de Vannes peuvent saisir l’opportunité de bénéficier d’un enseignement optionnel original lors de leurs trois années de scolarité : un cours dit de « Culture Religieuse », organisé par l’animateur en pastorale de l’établissement, Stéphane Girardot. Dans le cadre de cet enseignement à part entière, les élèves ont des cours, des devoirs à faire, des contrôles et des voyages de classe : ils visitent des lieux d’autres cultes, des communautés, ils y rencontrent leurs ministres et des jeunes fidèles et peuvent échanger avec eux. Il semblerait que ce cours un peu spécial soit marquant, qu’il ne laisse pas indemnes ceux qui le suivent.

L’altérité religieuse existe en France, bien plus évidente et visible aujourd’hui que naguère : le catholicisme léonin n’est plus, l’islam a pris du fait des migrations le statut de second culte en cohortes de fidèles, des cultes d’origine asiatiques, inexistants naguère, donnent une petite touche exotique supplémentaire au paysage religieux. Cette mosaïque est selon toute vraisemblance durable dans notre réalité nationale ou quotidienne. Le dialogue interreligieux, novation de Vatican II,  n’aurait pas grand sens s’il n‘était que l’apanage de quelques prélats ou théologiens et autres dignitaires des autres religions. Et puisqu’il s’agit d’un dialogue, il doit être respectueux et sincère. Mais pour être fructueux chez un jeune laïc encore en formation et qui s’ouvre au monde, cet échange ne doit pas être la découverte d’une « terra incognita ». Il y a donc lieu d’apprendre à comparer les religions, et tenter de le faire avec méthode et avec rigueur et autant d’objectivité que possible. Ce n’est pas seulement la satisfaction d’une éventuelle curiosité intellectuelle, mais une préparation à la rencontre et à l’échange avec l’autre, dans la vraie vie, lorsqu’ils auront quitté ce cocon relativement préservé et isolé qu’est un lycée catholique « bourgeois » de province.

Les élèves qui suivent ce cursus ne sont pas tous catholiques, et encore moins pratiquants (c’est si rare dès les années de lycée). Des athées, des musulmans y ont participé : ils sont les bienvenus et apportent la contradiction et une autre perspective, un regard différent, qui démontrera s’il en est besoin l’illusoire neutralité de chaque approche. Parfois, lors de débats, que ce soit entre élèves ou lors des visites, le jeune catholique confronté à celui qui ne croit pas ou pas comme lui se transmue en catho – catho : en plus de son baptême, de sa famille, de son histoire, de sa culture propre, il professe publiquement et revendique sa foi !

Toutes les religions sauf une (le judaïsme) sont peu ou prou prosélytes, toutes se présenteront sous une apparence séduisante dans le cadre de ces échanges. Toutes n’ont pas un identique respect de la liberté de conscience. Il serait désastreux qu’une tentation relativiste, une approche syncrétique, ou une conversion à une autre foi soit occasionnée lors de ces enseignements.  Il n’en est rien, heureusement.

Quel enseignement principal pourraient tirer ces adolescents ? Vis à vis de l’autre, le respect de son altérité et de sa liberté de conscience, l’embryon de la connaissance des « mythes et des rites » qui fondent sa religion. Un homme qui suit une autre révélation, fausse ou incomplète, peut malgré tout être sincère dans son cheminement, dans sa spiritualité. La sincérité de ce frère en humanité est respectable, et la compréhension de son univers cultuel peuvent ouvrir des chemins pour le convertir si l’occasion se présente, ou si l’on veut et peut en provoquer l’opportunité. Pour soi-même, cet enseignement et la confrontation avec d’autres confessions peuvent aider à faire comprendre l’immensité de la grâce de notre élection par le baptême.

Chaque adolescent qui a suivi ces cours dresserait un bilan différent, parce que son cheminement, sa personnalité et sa sensibilité lui sont propres. Il serait inconvenant pour ma part de parler de mon retour sur expérience comme père de trois enfants qui ont suivi cet enseignement de bout en bout : il s’agit d’une chose qui touche à leur intime et qui leur appartient exclusivement. Je me contenterai d’affirmer qu’ils ont tous aimé ce cursus, et témoignent envers leur pédagogue d’une réelle reconnaissance et d’une affection sincère.

Stéphane Girardot a restitué dans un livre (Culture Religieuse – Editions du Jubilé – ISBN 978-2-86679-568-9 ) la substantifique moelle de son enseignement bâti durant ses années d’expérimentation, un retour sur expérience en quelque sorte. Son opus détaille le cheminement qui l’a mené à proposer cet enseignement. Puis, il aborde le programme actuel de ce cycle de trois ans qui use des fils conducteurs que sont la foi (en seconde), la liberté (en première) et la sexualité (en terminale). Il dresse enfin un bilan (provisoire) de son expérience pédagogique.

De mon point de vue, cette tentative mérite de faire des petits, et mieux vaut se servir de l’expérience des autres plutôt que de réinventer l’eau tiède …

 

Partagez cette page
Suivez l'OSP sur les réseaux