Bioéthique: « Je ne suis pas inquiète »

Bioéthique: « Je ne suis pas inquiète »
27 août 2018 Dorothée Paliard

Bioéthique: « Je ne suis pas inquiète »

Madame Agnès Thill, députée de l’Oise élue sous les couleurs de la République en Marche, a répondu aux questions de l’OSP Fréjus – Toulon sur les questions de bioéthique.

OSP : Vous appartenez à la mission d’information parlementaire sur la bioéthique. Elle sera présidée par le M. Xavier Breton, tandis que M. Jean-Louis Touraine en sera le rapporteur. Les positions des deux députés sont a priori assez éloignées les unes des autres. Sur ces questions, le « et en même temps » de Monsieur Macron ne montre-t-il pas ses limites ?

Agnès Thill : Justement, les limites dont vous parlez correspondent à cet espace comprenant des avis différents qui devront prendre en compte l’avis de l’autre, avec bienveillance. Précisément parce que c’est cela une démocratie. Ce n’est pas la pensée unique. Cela s’appelle le consensus, le compromis, l’écoute et le respect de l’autre, sans que l’un domine sur l’autre, sans que l’ADN de l’un disparaisse, c’est cela « vivre ensemble », et respecter l’Autre. Faire un pas vers l’Autre, c’est faire la moitié du chemin, c’est cela que nous voulons, devons faire, pour vivre ensemble. Nous mettre d’accord. Je ne suis donc pas inquiète, car chacun sera pris en compte. Je ne suis pas inquiète, car cela prouve que nous sommes d’avis différents, qu’aucun avis ne vaut plus que l’autre, et que nous sommes donc dans une saine démocratie.
Enfin je vous rappelle qu’il s’agit d’une mission d’information, un état des lieux, qui permettra un avancement, ou pas, et nous déciderons ensemble sa teneur s’il doit y en avoir.

OSP : Monsieur Macron, après sa rencontre avec le Saint Père, en conférence de presse, a repris les arguments classiques sur les questions de bioéthique, en particulier de la « PMA pour toutes » : s’il s’agit d’un droit, que retire-t-il aux autres ? Est-ce à dire que l’affaire est entendue ?

A. Thill : Je ne peux pas vous dire aujourd’hui si l' »affaire est entendue » comme vous dites. Seront pris en comptes les résultats des états généraux sur la bioéthique. Et nous débattrons. Au niveau du droit, (ou de l’égalité par exemple), la PMA est plus facile à instruire que la fin de vie. Car il n’y a pas de droit à la mort ou à tuer en France. Il y a le droit à la vie, comme grand principe humain. En ce qui concerne la PMA, sans erreur de ma part et après vérification, la communauté juive serait plutôt favorable « parce qu’elle apporte la vie », la communauté musulmane dirait « ne pas se prononcer », la communauté protestante se joindrait à la communauté juive, seule la communauté catholique semble se positionner contre. Nous l’entendons. Et chacun doit l’entendre.

OSP : Près d’un quart des députés ont signé en février dernier une tribune demandant la libéralisation de l’euthanasie. Même si la question de la fin de vie a une nouvelle fois été exclue du texte par le gouvernement, ne se dirige-t-on pas vers la légalisation du suicide assisté ?

A. Thill : Je pense avant tout qu’il n’est pas très sage de crier aïe avant d’avoir mal ! Oui, près de 156 députés ont signé une telle tribune. Mais d’autres ont signé une tribune contraire. Oui, la question a été exclue du texte par le gouvernement une nouvelle fois. Il ne s’agit donc que d’une crainte de votre part, et avoir peur de tomber ne signifie pas que l’on va tomber. Ce n’est que de la peur. Nous écoutons l’opinion, et nous voyons bien qu’elle n’est pas prête à une loi en ce sens. Est-ce à dire que nous nous dirigeons vers cela? Nul ne peut prévoir l’avenir. À l’heure qu’il est, si 156 députés se sont montrés favorables, d’autres se sont montrés défavorables. En cela, nous sommes le parfait reflet de notre société. Je ne dirais pas que nous nous dirigeons vers une légalisation du suicide assisté, je dirais que désormais la question est posée, et les sociétés évoluant – c’est le principe du vivant – nous devons dès à présent très sérieusement le penser. Pour le penser Bien.

Je me veux rassurante pour chacun : nous n’en sommes pas là.

OSP : Sur les questions éthiques, Monsieur Macron a souvent répété qu’il attendait les conclusions du CCNE. Mais il disait aussi avant son élection, que l’un de ses combats « serait à chaque instant de construire la vérité ». Au mois de mars, le président du CCNE évoquait la « notion relative de valeur » : « il n’y a pas de valeur absolue. Les lignes rouges sont aussi relatives. » La vie, la filiation ou la dignité d’une personne sont-elles relatives ?

A. Thill : Monsieur Macron est extrêmement attaché à la dignité de l’homme. Ne croyez rien d’autre et soyez en convaincus. La loi sur l’immigration le montre, l’écoute qu’il a des différents avis le montre. Alors comment « construit-on la vérité » ? Une vérité est vraie jusqu’à ce qu’elle soit démontrée fausse. Ça, ce sont les sciences, le droit. Parce qu’il en est tout autre en matière d’éthique, philosophique, déontologique, ou de foi. Et s’il a dit que « l’un de ses combats serait à chaque instant de construire la vérité » concernant un sujet d’éthique alors il mènera ce combat avec chacun, en écoutant attentivement les uns et les autres. Comme il fait. La vie, la mort, sont des notions vraies, et réelles, pour chacun, chacun en a sa vérité, parce que ce sont des expériences personnelles. Il en est de même pour la dignité, la filiation. Il s’agit là de débats éthiques, philosophiques, il ne pourra pas y avoir de consignes de vote sur des sujets éthiques, et je vous le disais, nous sommes le parfait reflet de notre société.
Je crains que vous soyez plus inquiets qu’il ne convient de l’être.

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