Benoît XVI : un pontificat pour la vie

Benoît XVI : un pontificat pour la vie
27 mars 2014 webmaster

Benoît XVI : un pontificat pour la vie

Par Pierre-Olivier Arduin.

Pour celles et ceux qui scrutent les problématiques bioéthiques soulevées par le développement technologique et ses implications sur la vie humaine, le magistère de Benoît XVI constitue une source irremplaçable à laquelle il nous faut continuer à puiser pour affronter les défis considérables qui nous attendent dans les années qui viennent.

Pierre d’angle du pontificat de Jean-Paul II

C’est d’abord en tant que préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi pendant près d’un quart de siècle que le cardinal Ratzinger a joué un rôle considérable auprès du saint Pape Jean-Paul II pour déployer la doctrine catholique sur les enjeux totalement inédits suscités par l’évolution des biotechnologies et ses répercussions en matière de défense de la vie humaine de sa conception à sa mort naturelle. Que l’on songe à l’instruction doctrinale « Donum vitae » sur le statut de l’embryon, la procréation artificielle et le diagnostic prénatal dont les pratiques alors en plein développement soulevèrent des dilemmes éthiques jamais vus. Ce texte exceptionnel par la qualité de la réflexion morale et la rigueur du raisonnement scientifique est entièrement rédigé par le cardinal Ratzinger après de larges consultations auprès de théologiens, médecins et scientifiques éminents du monde entier. Grâce à une argumentation particulièrement aboutie, « Donum vitae » met en lumière la nécessité absolue de protéger la vie de l’être humain dès le premier instant où il surgit, en particulier celle des embryons conçus en laboratoire et plaide pour le respect de la dignité de la procréation humaine qui ne peut être manipulée par les techniques de fécondation in vitro ou insémination artificielle. Jean-Paul II en ordonne la publication le 22 février 1987. On connaît également un peu plus aujourd’hui la mission de premier plan qu’a tenue le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi auprès de Jean-Paul II dans la rédaction d’ »Evangelium vitae », encyclique centrale de son pontificat sur l’inviolabilité de la vie humaine. D’une manière générale, si les questions de bioéthique et de respect de la vie ne sont bien sûr pas les seuls thèmes abordés entre les deux hommes au cours de ces 23 années de collaboration, elles seront régulièrement au menu de leurs discussions lorsque le cardinal Ratzinger rencontre le Pape polonais tous les vendredis soirs à 18h ainsi que les mardis pour leur déjeuner de travail.

 

Un enseignement prophétique à étudier

Une fois élu sur le siège de saint Pierre, on peut dire que son pontificat sera dans la lignée de celui de Jean-Paul II un « grand oui à la vie humaine [1]  ». Benoît XVI se donne pour tâche de poursuivre le travail entamé par son prédécesseur en le défendant, le précisant et le renforçant. Ce qui demeure un sujet d’étonnement pour celles et ceux qui suivent de près ces questions est que Benoît XVI va offrir une réflexion tout à fait considérable en se tenant au plus près de la nouveauté des débats qui agitent nos sociétés comme par exemple sur la controverse très concrète du statut de l’alimentation artificielle. De fait, aucun des enjeux actuels relevant de la bioéthique au sens large – procréation artificielle, contraception, planification eugénique des naissances, recherche sur l’embryon humain, avortement ou euthanasie – n’échappe à la force de son analyse clairvoyante et souvent prophétique pendant les sept années de son pontificat.

Son enseignement moral, vaste et rigoureux, constitue dès lors un puissant rempart face aux attaques contre la vie humaine dont Benoît XVI a pressenti qu’elles allaient à l’avenir se multiplier de manière inouïe. L’ensemble des innombrables discours qu’il a prononcés sur ces thématiques constitue un véritable corpus doctrinal dont nous n’avons pas encore mesuré toute la portée. Il nous faut l’étudier, le connaître et le faire connaître. Cette démarche me semble d’autant moins inutile que le Pape François, dont on sait qu’il voue une grande admiration pour son prédécesseur, n’a pas hésité à dire dans l’entretien qu’il a accordé le 5 mars 2014 au « Corriere della serra » qu’il n’était pas lui-même un « spécialiste des questions de bioéthique ». Depuis le début de son pontificat il a d’ailleurs renvoyé ses interlocuteurs au Magistère de l’Église lorsqu’on l’interrogeait sur ces sujets.

Primat de Dieu

Avant de mettre en valeur dans plusieurs chroniques à venir ce précieux héritage laissé par notre Pape émérite, il me semble important de préciser que ce qui caractérise de manière éminemment personnelle la pensée et l’action de Benoît XVI dans son engagement au service de la vie humaine, c’est l’insistance dont il ne s’est jamais départi pour tourner le regard de nos contemporains vers le projet divin d’un Père créateur et rédempteur. Loin de lui l’idée d’asséner aux hommes une morale froide déconnectée de l’amour de Dieu. Nouvelle évangélisation et respect de la vie humaine sont profondément unis dans son esprit.

Dès le début de son pontificat, il a en effet perçu avec une extrême acuité que les défis actuels ne sauraient être résolus sans repartir de Dieu. Dans un discours capital improvisé quelques semaines après son élection sur le siège de saint Pierre, il nous mit en garde contre la tentation de présenter au monde les « valeurs chrétiennes » dans une perspective uniquement rationaliste et sécularisée : « Les valeurs morales ne sont plus évidentes et ne le deviennent que si Dieu existe (…). La tentative de modeler les choses humaines en faisant complètement abstraction de Dieu nous conduit toujours plus au bord de l’abîme et à la mise de côté de l’homme (…) [2] ». Si nous devions nous obstiner à bannir Dieu et tout horizon de transcendance de la cité humaine, il ne resterait que le pouvoir de l’homme sur l’homme. Un humanisme sans Dieu est trompeur, il n’est qu’un « humanisme inhumain » incapable d’apporter les solutions neuves que requièrent nos temps incertains. Aussi Benoît XVI, dans une démarche audacieuse, a-t-il proposé aux intellectuels, politiques et décideurs contemporains d’édifier l’éthique universelle dont nous avons un urgent besoin sur le postulat de l’existence d’un Dieu Créateur. Ce vibrant appel à changer de paradigme et à faire le pari du primat de Dieu, il l’a confirmé à la fin de son pontificat dans un message adressé aux participants du Parvis des Gentils réunis au Portugal sur le thème de la « sacralité de la vie » : « Face à la vague montante de la culture de la mort (…), la valeur de la vie ne devient évidente que si Dieu existe. C’est pourquoi il serait beau que les incroyants veuillent vivre « comme si Dieu existait ». Il y a beaucoup de problèmes qui doivent être résolus, mais ils ne le seront jamais complètement si l’on ne place pas Dieu au centre de tout, si Dieu ne redevient pas visible dans le monde et déterminant dans notre vie [3] ».

Si Benoît XVI a accordé une attention toute particulière à la bioéthique, c’est parce qu’il a saisi qu’il s’agissait là de l’un des champs de la culture contemporaine où prenait corps avec une intensité particulière le drame d’une lutte à mort entre d’une part une « dictature du relativisme » qui postule que tous les choix moraux concernant la vie de l’homme se valent, soumis qu’ils sont à des orientations variables et transitoires commandées par la technoscience, l’utilitarisme et la loi du plus fort et d’autre part un humanisme authentique où l’homme se replace sous le regard créateur du Père : « Un domaine primordial et crucial de l’affrontement culturel entre la technique considérée comme un absolu et la responsabilité morale de l’homme est aujourd’hui celui de la bioéthique, où se joue de manière radicale la possibilité même d’un développement humain intégral. Il s’agit d’un domaine particulièrement délicat et décisif, où émerge avec une force dramatique la question fondamentale de savoir si l’homme s’est produit lui-même ou s’il dépend de Dieu  [4] ».

 

[1] Selon l’expression employée dans l’introduction de « Dignitas personae« , une instruction doctrinale sur « certaines questions de bioéthique » dont Benoît XVI a ordonné la publication le 12 décembre 2008, fête de Notre-Dame de Guadalupe, patronne des enfants à naître.
[2] Benoît XVI, Rencontre avec le clergé du diocèse d’Aoste, 25 juillet 2005.
[3] Benoît XVI, Message de Benoît XVI à l’étape portugaise du « Parvis des Gentils », le 13 novembre 2012.
[4] Benoît XVI, « Caritas in veritate« , 29 juin 2009, n.74.

 

Photo : Tadeusz Górny

 

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