Béatification d’Oscar Romero, « saint patron » du Salvador

Béatification d’Oscar Romero, « saint patron » du Salvador
1 juillet 2015 Dorothée Paliard

Béatification d’Oscar Romero, « saint patron » du Salvador

 

par Falk Van Gaver.

Après plus de vingt ans d’ouverture de la cause de béatification (1994), Mgr Oscar Romero (1917-1980), archevêque de San Salvador, a été béatifié le 23 mai dernier lors d’une célébration présidée par le cardinal Angelo Amato, préfet de la Congrégation pour la cause des saints. Mgr Romero, assassiné par un tueur des « escadrons de la mort » alors qu’il célébrait la messe dans la chapelle de l’hôpital de la Divine Providence de San Salvador, avait été reconnu martyr par le pape François le 3 février dernier, ce qui ne rendait plus nécessaire un miracle préalable à la béatification. Longtemps bloquée sous les pontificats de Jean-Paul II et de Benoît XVI par crainte d’une « récupération politique », le pape émérite s’était cependant prononcé en 2007 en faveur de la béatification de ce « grand témoin de la foi ».

Oscar Arnulfo Romero y Galdamez est né dans une famille nombreuse et modeste de Ciudad Barrios. Son père, postier, le place à douze ans en apprentissage chez un menuisier, mais deux ans plus tard, Oscar entre au séminaire. Il poursuit ses études à Rome où il est ordonné prêtre en 1942. Longtemps curé de paroisse, il soutient la dévotion à la « Vierge de la paix », puis devient recteur du séminaire. En 1966, il est nommé secrétaire de la conférence épiscopale de San Salvador et dirige le journal diocésain Orientacion à la ligne plutôt traditionnelle. En 1970, Paul VI le nomme évêque auxiliaire de San Salvador, puis en 1974 évêque de Santiago de Maria, et enfin archevêque de San Salvador en 1977. Jugé plutôt conservateur, il avait dénoncé lors de la célébration de la Transfiguration du Christ, fête patronale du Salvador, lorsqu’il était lui-même évêque auxiliaire de San Salvador, la « nouvelle christologie » issue de la théologie de la libération.

Mais quelques semaines après sa nomination, son ami jésuite Rutilio Grande est abattu avec deux compagnons laïcs dans une embuscade tendue par les paramilitaires, en raison de son engagement pastoral et social auprès des populations rurales. Mgr Romero est grandement frappé par la mort de Grande, dont il considère qu’elle l’a converti : « Quand je vis Rutilio, étendu mort, j’ai pensé que s’ils l’avaient tué pour ce qu’il avait réalisé, alors moi aussi j’avais à avancer sur le même chemin. »

Le jour même des funérailles, il écrit au président Molina : « Je ne suis pas disposé à participer à un acte officiel du gouvernement aussi longtemps que ce dernier n’aura pas fait tous ses efforts au sujet de ce sacrilège qui a horrifié tout le monde et soulevé une vague de protestation et de violence. » Dès lors, dans des homélies d’une grande ampleur spirituelle largement radiodiffusées par la station de l’archidiocèse, Mgr Romero n’a de cesse de dénoncer les injustices sociales et les violences politiques – structurellement liées les unes aux autres – dont souffrent son peuple et son Eglise.

Le 23 mars 1980, dans un sermon dans la basilique du Sacré-Cœur de San Salvador, Mgr Romero appelle les soldats à l’objection de conscience face aux exactions de l’armée : « Un soldat n’est pas obligé d’obéir à un ordre qui va contre la loi de Dieu. » Le lendemain, il est abattu d’un coup de fusil en pleine poitrine, en pleine messe. Trente évêques, trois cent prêtres, trois cent cinquante mille personnes assistent à ses funérailles, qui tournent au carnage lorsque des forces armées progouvernementales jettent une bombe et tirent sur la foule – une cinquantaine de personnes, dont de nombreux enfants, meurent piétinées, une dizaine sont tuées par balle. Quelques années plus tard, l’assassin présumé de Mgr Romero, le major Roberto d’Aubuisson, sera nommé président du parlement salvadorien.

Mgr Romero a été tué par un complot armé pour s’être élevé contre les crimes commis par la dictature et les paramilitaires salvadoriens avant et durant la guerre civile qui a duré douze ans (1980-1992) et causé au bas mot 75 000 morts, 8000 disparus et 12 000 invalides – principalement dans la population civile, dont de nombreux prêtres et religieuses.

« Je crois que Mgr Romero est le saint de tout le Salvador », a déclaré le postulateur de la cause Mgr Vincenzo Paglia, président du Conseil pontifical pour la famille : « Le Salvador a connu des moments très difficiles. Aujourd’hui, il peut trouver de nouveau en Mgr Romero son fils le plus illustre et le plus fort soutien de tout le peuple de Salvador. Mgr Romero n’a jamais haï personne, pas même ses adversaires. » Aujourd’hui, Mgr Oscar Romero est un symbole de paix et d’unité pour son pays natal : depuis 2014, l’aéroport de San Salvador se nomme désormais « et pour toujours aéroport international Monseigneur Oscar Arnulfo Romero y Galdamez. »

C’est le Christ qui monte au ciel mieux que les aviateurs
Il détient le record du monde pour la hauteur…[1]


 

Chantal Joly, Oscar Romero, martyr de la cause des pauvres, Salvator, 2015, 155 p., 13,50€

(Article initialement paru dans La Nef N. 271 de Juin 2015)

[1] Guillaume Apollinaire, « Zone », Alcools (1913)

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