Avance au large !

Avance au large !
10 février 2014 webmaster

Avance au large !

Par Falk Van Gaver.

 

« Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, pour le pays que je t’indiquerai. » (Genèse 12,1)

On associe souvent la vie monastique à la stabilité. Mais l’authentique vocation monastique passe normalement par un arrachement radical de l’entourage familial et amical. La stabilité n’est qu’un vœu bénédictin. Et la vie monastique est avant tout un départ, un arrachement, un exode, une fuite du monde, contemptus mundifuge tace quiesce, le premier précepte monastique est : « Fuis ».
 Aimer égale souffrir, aimer égale pâtir, amour égale souffrance, amour égale passion, comme nous l’enseigne la Passion du Christ : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. »
(Jean 15, 13) La spiritualité chrétienne est avant tout une spiritualité de l’exode, toute la Bible, toute l’histoire sainte, toute l’Eglise, toute la mystique, toute la théologie, tous les saints nous l’apprennent.
 « Mon père était un Araméen errant » (Deutéronome 26, 5), nous sommes « comme étrangers et voyageurs sur la terre » (1 Pierre 2, 11), « notre patrie est dans les cieux » (Philippiens 3, 20), etc.

Le vœu de stabilité est  vœu exclusivement bénédictin, mais il est précédé par le triple vœu monastique de pauvreté, d’obéissance et de célibat, triple vœu qui se comprend comme une libération vis-à-vis du monde, une triple libération vis-à-vis de la richesse et du travail, de la volonté et de la société, de la famille et du mariage. Le triple vœu de pauvreté, célibat et obéissance s’oppose précisément à la triple attache du travail, de la famille et de la patrie. Bref il s’agit de quitter le monde, de s’en arracher, et notamment des liens sociaux, familiaux, conjugaux, politiques, économiques, etc. Pour être libre et disponible entièrement à Dieu par la vie contemplative à laquelle est ordonnée toute la vie active du moine. Le vœu bénédictin de stabilité cède d’ailleurs devant le vœu d’obéissance, puisque les moines bénédictins peuvent être et sont souvent appelés  à quitter leur monastère d’origine pour fonder et essaimer ailleurs.

La stabilité n’a aucune valeur en soi, pas plus que l’instabilité. « Là où est l’Esprit, là est la liberté. » (2 Corinthiens 3, 16) « Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de tout homme animé par l’Esprit. » (Jean 3, 8)

Ce qui compte, c’est la fidélité au Seigneur. « Le juste vivra par sa foi. » (Habacuc 2, 4) Et pour le conjoint, la foi donnée en Dieu à son conjoint. 
Jusqu’à la mort. « Je suis venu pour que vous ayez la vie, et que vous l’ayez en abondance. » (Jean 10, 10) Il faut perdre sa vie, se renier soi-même, perdre pied, se noyer. Le baptême est une noyade, une mort par immersion dans la mort du Christ pour revivre de la vie du Christ.

Jésus n’a fait que passer, « il passait en faisant le bien » (Actes 10, 38), pour nous préparer à la Pâque, Pessah, le passage, le grand passage. La vie n’est qu’un pèlerinage. Homo viator.

Dieu est déroutant. Et il nous met en route. « Je vous ai choisis et je vous ai établis pour que vous partiez, pour que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure. » (Jean 15, 16) « Allez et de toutes les nations faites des disciples ! » (Matthieu 28, 19)

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