Après le Brexit. Le commencement de la fin du libéralisme

Après le Brexit. Le commencement de la fin du libéralisme
25 juin 2016 Dorothée Paliard

Après le Brexit. Le commencement de la fin du libéralisme

Par Henri Hude. 24 juin 2016.

Plusieurs personnes m’ont demandé de préciser ma pensée sur le libéralisme et aussi sur l’interprétation de l’action du pape François, qui s’explique, à mon sens, par l’anticipation de la fin du libéralisme. Voici donc un premier article. 
Il n’est pas douteux que le Brexit marque le commencement de la fin du libéralisme. 

Je prends « libéralisme » en un sens descriptif : ce qu’il est de fait aujourd’hui [2016] : ni l’économie libre ou le capitalisme, ni l’amour de la noble liberté, ni de grands auteurs du XIXème siècle, ni l’opposition au communisme ; mais, une idéologie dégradée dans laquelle liberté signifie indépendance individuelle séparée du vrai et du bien ; d’où : monopole culturel du nihilisme et de l’amnésie, économie d’appropriation, abaissement de la démocratie par la technocratie et / ou l’aristocratie d’argent[i].

Ma clé de lecture pour comprendre la pensée du pape François est une interprétation du devenir historique. Il faut anticiper la chute du libéralisme et un retour des peuples vers l’Eglise, dans la mesure où elle incarnera de plus en plus l’avenir de l’humanisme. C’est le complément de ce qui s’est produit sous Jean-Paul II, avec la chute du communisme. Après cela commence une autre époque, celle qui suit l’ère des Lumières. Je ne dis pas que c’est l’opinion du pape ; je dis que si on pose cette hypothèse, son action paraît très cohérente.

Certains jugent trop optimiste cette interprétation de l’histoire. Le système libéral est plus stable, nous dit-on, que ne l’était le communisme et surtout les gens ne se convertiront pas si volontiers. Examinons ces deux questions.

Pourquoi le libéralisme est désormais aussi instable que l’était le communisme à la fin de sa vie

1° Selon la philosophie politique classique, seuls sont stables les régimes mixtes, mélanges équitables d’oligarchie et de démocratie, or le régime libéral est de plus en plus une pure oligarchie.

2° Les régimes stables sont capables de décisions adaptées. Or, le libéralisme est l’inverse du communisme. Pour ce dernier, l’individu n’existe pas. Pour le libéralisme, il n’y a que lui. Aucun des deux ne connaît l’homme. Ces idéologies inadéquates font prendre des décisions inadaptées à l’humain, dont l’agrégation aboutit à des crises majeures, où ces régimes doivent périr.

3° Une opinion courante attribue au libéralisme une stabilité supérieure parce qu’il jouit d’un fort consentement de la part des peuples, s’enracine dans l’exploitation cynique des concupiscences et fournit l’illusion que le bonheur sera obtenu. Ces arguments étaient valables en Union Soviétique, y compris en ses dernières années, tant était forte la propagande, malgré le désenchantement croissant des peuples. Et cela n’a pas empêché la chute du communisme.

4° Le système libéral en Europe restera en place aussi longtemps qu’il aura la ressource suffisante pour acheter la paix sociale. Or, nous arrivons aux limites d’une course en avant où les Etats remplacent les emplois productifs perdus par de la dépense publique financée par la dette, elle-même refinancée par de la pure création monétaire. D’énormes bulles financières se forment, où est camouflée l’inflation. La confiance dans la monnaie se trouve peu à peu amoindrie. Le libéralisme est aujourd’hui aussi vulnérable que le communisme dans ses dernières années.

5° Aux Etats-Unis, cœur du système, la manipulation de la démocratie devient difficile. La Maison Blanche devient accessible, soit à un socialiste, soit à un populiste autoritaire, tous deux anti-oligarchiques, anti-impériaux et hostiles à l’économie néolibérale. L’establishment ne peut plus imposer facilement des candidats. Internet compense sa puissance médiatique. Des candidats sans appui dans l’oligarchie arrivent à se financer en additionnant des millions de petites contributions. La corruption de classes politiques pseudo-démocratiques devient évidente. Les peuples leur refusent la confiance, au point que les reports de voix deviennent massifs d’un candidat antisystème à un autre.

6° Le communisme était une oligarchie brutale, le libéralisme est une oligarchie rusée. Sans doute la stabilité du libéralisme est-elle due à sa capacité à récupérer les opposants. Mais en quoi celle-ci consiste-t-elle ?

(A) La plupart des critiques non libérales du libéralisme sont insuffisantes et font peur (néo-communiste, néo-jacobine, néo-fasciste, islamiste, etc.) ; et c’est ce qui limite encore l’adhésion des peuples à un avenir nouveau ; mais cette peur cessera du jour où se seront fait jour des critiques suffisamment réalistes et décentes.

(B) Toute critique libérale du libéralisme aboutit à la renforcer. On croit donc qu’il suffirait au libéralisme pour se maintenir de pousser tantôt la subversion, tantôt la réaction, ou tantôt l’illogisme. Cela était exact pour le libéralisme à son sommet, après la chute du mur de Berlin. Mais c’est désormais faux pour le  libéralisme au bord de la banqueroute, divisé contre lui-même, et forcé de recourir  à des expédients de plus en plus extrêmes pour prolonger son système. De plus, à mesure que grandissent les injustices, de très grands leaders finiront par émerger, à culture large et unitive, compétents, habiles et avec une nouvelle vision d’avenir. Le pape François est l’archétype des chefs qui verront la fin du libéralisme.

Les peuples vont-ils se convertir ?

Sans doute, la conversion des peuples dépend d’abord de Dieu. Toutefois, Jésus dit comment s’opère celle du « fils prodigue » (Luc, 15, 11-32). Il dépense plus qu’il ne gagne et vit dans la licence. Cette immoralité ne peut durer indéfiniment et « quand il eut tout dépensé, il eut faim. » Il réfléchit. Il souffre du chômage, de la pauvreté et de sa propre indignité. Que cherche-t-il ? Du travail. Sur quoi compte-t-il ? Sur la miséricorde du Père. Quel est l’obstacle à son retour ? La mentalité du fils aîné. Celui-ci ne se soucie ni de la pauvreté, ni du chômage de son frère, qui n’a que ce qu’il mérite. Il s’accommode d’être seul dans la maison du père. Il souligne inlassablement les honteuses dépravations du cadet, reproche au père de tuer le veau gras (et de ne pas mettre la barre assez haut dans le domaine moral[ii]). Cela lui permet de ne pas se convertir, lui, le juste.

Cet article est paru sur http://www.henrihude.fr/approfondir/theme1/441-apres-le-brexit-le-commencement-de-la-fin-du-liberalisme.

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