Adieu Madame, reposez en paix

Adieu Madame, reposez en paix
9 juillet 2017 Dorothée Paliard

Adieu Madame, reposez en paix

Par Rémy Mahoudeaux. Juillet 2017

A 12 ans, lorsque la loi sur la dépénalisation de l’avortement qui porte votre nom fût votée, j’ai découvert que l’on pouvait mettre fin à la vie de l’enfant qui n’est pas encore né, celui qui est encore dans le ventre de sa mère. La nature de cet homicide m’a tout de suite révolté. Sans doute mon coté le pouce sur l’auriculaire du salut scout, indiquant que le fort protège le faible. En 1979, ma première manif était contre l’avortement.

 

Depuis, la raison m’a fait admettre une vertu à la loi Veil de 1975. On ne compare pas l’asepsie d’un hôpital avec celle d’une cuisine de faiseuse d’anges, les aiguilles à tricoter avec des instruments chirurgicaux stérilisés. Alors oui, triste et terrible paradoxe, la loi Veil a sans doute permis de « sauver » des vies, celles d’une partie de ces femmes qui de toute façon auraient avorté, mais n’avaient pas les moyens de se rendre à l’étranger, dans des pays où cela était permis.

 

Aujourd’hui, des ignorants des deux sexes font de vous le chantre d’un avortement-panacée, cette assurance ultime de pouvoir dissocier la sexualité « libérée » des femmes et la procréation. Ce serait vous rendre justice que de rétablir la vérité. Votre avortement n’est pas le leur : les conditions de détresse étaient nécessaires. Votre discours de naguère tomberait sous le coup de ce récent délit d’entrave, mais vos thuriféraires d’aujourd’hui (même titulaire de maroquin) se gaussent de ces détails : vous célébrer comme icône du « droit fondamental à l’IVG » vaut bien quelques révisionnistes accrocs à une trop factuelle vérité.

 

Vous ne pouvez pas être tenue responsable des dérives qui ont suivi (suppression des notions de détresse, du délai de réflexion, absence de solution d’accompagnement alternative, etc.).

 

Pareillement, vous n’êtes pas responsable de l’hystérie des pro-IVG d’aujourd’hui qui manipulent la réalité des faits, et sacralisent le meurtre du plus petit d’entre nous, poussant l’illogisme jusqu’à vouloir en faire un droit fondamental (et donc supérieur ou égal à celui à la vie).

 

Vous n’êtes pas plus responsables du relativisme moral qui fige cette doxa, cette unique bien pensance mortifère qui marginalise tous ceux qui, lucidement, voient l’avortement pour ce qu’il est et sont cloués au pilori. Le débat n’est pas possible parce qu’il supposerait de constater des faits à la lueur de la raison, et d’échapper à cette hystérie.

 

Mais votre avortement reste un avortement, cet acte odieux qui met fin à l’appel de la vie à elle-même. Et c’est vous qui avez ouvert la porte de l’avortement légal dans notre pays. Que Dieu me garde de vous juger, Madame, de me croire plus méritant que vous ou que les femmes qui auront supprimé la vie qu’elles abritaient, ou encore que les médecins qui ont pratiqué l’acte. Je préfère demander à mes frères en humanité de reprendre l’exhortation de François Villon dans sa ballade des pendus :

 

« Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre »

 

 

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