Actualités du repos dominical

Actualités du repos dominical
22 avril 2015 Dorothée Paliard

Actualités du repos dominical

Par Hélène Bodenez.

Actualités du repos dominical

Quel avenir pour le repos dominical ? Flottant dans les débats houleux qui nous parviennent par bribes, l’expression consacrée, « repos dominical », paraît surannée. Cette expression des textes officiels n’a-t-elle pas vécu ? Certains voudraient en changer, la troquer contre celle de « dimanche sans travail », ou de « dimanche chômé ». D’autres s’entendraient bien pour la supprimer en même temps que sa vieille réalité.

L’ordonnance du 1er mai 2008

Lorsque le 1er mai 2008, une ordonnance exigeant le changement de la phrase « Le repos hebdomadaire doit être donné le dimanche » en « Le repos hebdomadaire est donné le dimanche », personne n’a ainsi bougé.  Pourquoi bouger d’ailleurs ? Juste un mot, un tout petit mot, juste le verbe devoir qui sautait… Pourtant en effaçant l’obligation pour une simple observance, le ver entrait dans le fruit, puissant à faire son mauvais œuvre. En catimini, loin des débats des assemblées, on venait d’entamer durablement cette avancée sociale née du christianisme, interdite puis reconquise en France par des  émeutes ouvrières au XIXe siècle. Un amendement au Sénat, concernant l’ouverture des magasins de meubles le dimanche, voté de nuit en 2008, devant un hémicycle vide, allait faire ensuite tomber le domino maître. Tous les autres sont en passe depuis de tomber les uns après les autres.

À y regarder de près, l’avenir du repos dominical semble donc bien sans horizon. Si en 2009, du nom du député qui fut le second couteau de la mise en œuvre des propositions de la commission Attali, l’absurde loi Mallié n’a pas pu généraliser les dérogations que les libéraux libertaires entendaient imposer, c’est qu’il restait encore une opposition. L’on doit les demi-victoires de 2009 à une gauche minoritaire certes mais vent debout. Qu’en reste-t-il ? En moins de quatre ans, celle-ci est laminée au point que les opposants de 2009 sont paradoxalement devenus les promoteurs du travail dominical en 2015. La loi Macron a mis tout le monde au pas en un temps record. Les frondeurs ont bien essayé de tenir un chemin de cohérence, mais le 49.3 a immédiatement fermé le ban. Une semonce de Manuel Valls qui a confirmé là un autoritarisme peu démocratique. Le gouvernement de la représentation a fait ce jour-là long feu.

Travail décent : Repos quotidien, hebdomadaire, annuel

À y regarder d’encore plus près, l’avenir du repos dominical ne peut, à ce compte-là, que se rétrécir. Et par bêtise hélas aussi. Car réagir en esprit de partis – croire par exemple que la question est une question de gauche parce que M. Mélenchon, M. Hamon ou Mme Hidalgo la défendent – et ainsi embrayer par réaction pavlovienne les options d’une droite libérale favorable à la libéralisation du dimanche, n’est rien d’autre qu’irrationnel. N’est-ce pas avouer son ignorance d’un travail véritablement humain ? Se reposer de manière quotidienne, la nuit, de manière hebdomadaire, de façon synchronisée le dimanche, de manière annuelle lors de congés payés, c’est l’alternance raisonnable de ceux qui pensent que le travail n’est pas un esclavage. L’alternance travail/fêtes est une alternance humaine qui respecte l’homme, qui respecte la cellule familiale. Le repos dominical concerne plus dix-huit millions de salariés.

On oppose la modernité et ses nouveaux « droits à » liés aux changements de comportements notamment des jeunes qui voyagent et trouvent tout tout de suite, 24h/24, 365j/365 aux États-Unis ou dans n’importe quelle mégapole étrangère. C’est oublier que nombre de magasins sont déjà ouverts le dimanche en France qui rappelons-le est une immense zone touristique avec ses kilomètres de côtes. À Paris, il y a plus de magasins ouverts le dimanche qu’à Londres. Quant aux Chinois, on a du mal à penser qu’ils  font des dizaines de milliers de kilomètres pour acheter un rouge à lèvres sur les Champs-Élysées dans ce même Sephora qui existe aussi en Chine ! Visiter la France, ce n’est pas visiter de manière matérialiste ces mêmes magasins aseptisés présents dans toutes les villes du monde mais explorer un pays à l’âme spécifique que nous révèlent chaque rue, chaque bâtiment, chaque musée, chaque église. Que les Chinois en plein aggiornamento social voient les Français vivre d’un modèle social respectueux de la famille avec son repos synchronisé du dimanche est de surcroît une excellente chose.

Le cynisme des grandes enseignes

Si la poussée du travail dominical est si grande, enfin c’est ce qu’en disent les grands médias, c’est parce qu’il y a des grandes enseignes à la manœuvre : LVMH, Darty, la Fnac qui ont pignon sur rue et sur ces médias précisément. La consommation du dimanche n’existe pas encore, il s’agit de la créer de toutes pièces et de déplacer vers les grandes enseignes les parts de marché de la semaine. Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre qu’en période de crise le porte-monnaie ne va pas s’agrandir tout à coup. Ce qui sera dépensé le dimanche, ne le sera plus le mardi. Et tant pis pour le petit commerce qui verra son chiffre d’affaire du mardi baisser et le mettre en danger… La vocation des grandes enseignes c’est de grandir. Leurs dents de requins n’ont pas de froissements d’âme. Leur cynisme est total, leur morale celle de l’entente.

Reste la primordiale dimension religieuse de la question souvent reléguée dans les arrière-cuisines de la pensée. Perçu sous le seul angle du bénéfice social, le dimanche est vécu bien fade pour un ensemble de chrétiens qui se sont alignés très rapidement sur l’air du temps, prêts à se commettre avec tous ceux que la vie trépidante moderne rend pragmatiques. Tout à une religion très individualisée elle aussi, à laquelle on ne réclame qu’un retour sur soi dans une intériorité égotiste, les chrétiens sont aujourd’hui catalogués comme tels sans messe le dimanche, ou du moins en y allant un seul dimanche par mois. Ainsi nomme-t-on les messalisants aujourd’hui dans les études sociologiques. Ils seraient aux alentours de 4%. « Une force de frappe », avait lancé Mgr Podvin en son temps. Le porte-parole du diocèse de Paris avait probablement raison de voir encore le rassemblement de la messe dominicale comme unique au regard d’autres entités, politiques par exemple, essayant de rassembler ses forces le week-end. À ce compte-là, l’Église restait gagnante.

L’identité chrétienne ? Par la participation à l’assemblée dominicale !

Or l’on commet une erreur grave en pensant qu’on peut être chrétien sans le rassemblement dominical chaque semaine. La carte d’identité, le signe du chrétien est l’appartenance même à cette assemblée.  À cela même qu’on les reconnaît ! Or ce symbole s’effaçant davantage chaque semaine, pouvait-on croire que  les seuls bénéfices sociaux vidés de leur source tiendraient ? La preuve par neuf est sur le point de se vérifier dans quelques semaines.

L’heure ne doit pourtant pas être au pessimisme. À chaque fois que le repos dominical a été perdu, à chaque fois il a été reconquis. Si la loi Macron donne un coup décisif en 2015 à ce jour mis à part pour Dieu, pour l’homme, il s’agira de se mobiliser pour que la loi soit réécrite et protège l’un de ces « droits principaux » comme les nommait le pape Jean-Paul II. Ce qui est bon pour un chrétien est bon pour tout homme. Ayons également toujours en mémoire que le décadi de la Révolution française n’a pas tenu longtemps. Que cela nous raffermisse aux moments de découragements ! Sans doute sera-ce difficile à reconquérir vu le consensus politique pour effacer du modèle social français ce repos de tous donné un même jour.

Ne pas croire en tout cas qu’effacer le repos dominical octroie des droits nouveaux, qu’on n’enlève rien puisque le repos hebdomadaire sera toujours donné. La ficelle est grosse. Faux bien entendu ! La désynchronisation à laquelle le gouvernement se livre touchera en premier lieu la famille, les couples. Beaucoup l’ont déjà expérimenté s’essayant déjà à des reconversions pour protéger des vies de couple et un rassemblement familial en danger. Les papes de la modernité, de Jean-Paul II à François en passant par Benoît XVI n’ont cessé de rappeler la primauté du dimanche dans une semaine ordonnée de sept jours. Vivre du dimanche, de ce jour qu’ont honoré certains jusqu’au martyre, c’est préparer le dimanche du ciel, celui qui n’aura pas de fin, « Tel est ton dimanche, tel est ton dernier jour ».

Hélène Bodenez est l’auteur d’À Dieu, le dimanche !, préface de Mgr D. Rey, (Éd. grégoriennes, 2010).


Quelques citations de nos derniers papes :

« Le dimanche est le jour du Seigneur : trouvons le temps de rester avec Lui ».

Pape François, 10 janvier 2015.

« Un point essentiel pour la famille est le dimanche, mais le dimanche commençait déjà samedi après-midi, notre père nous lisait les lectures du dimanche, d’un livre, très répandu à cette époque en Allemagne, où étaient également expliqués les textes. Ainsi commençait le dimanche, nous entrevoyions déjà dans la liturgie une atmosphère de joie. Le lendemain, nous allions à la messe, nous habitions dans une ville près de Salzbourg, où on faisait beaucoup de musique, Mozart, Haydn, Schubert ; quand commençait le Kyrie, c’était comme si le ciel s’ouvrait. »

Pape Benoît XVI, rassemblement des familles à Milan, juin 2012.

« Un jour particulier de la foi, jour du Seigneur ressuscité et du don de l’esprit, vraie Pâques du Seigneur. » Jean-Paul II, Mane nobiscum, 7 octobre 2004

« Défendre le dimanche contre toute attaque, tout mettre en œuvre pour que dans l’organisation du travail il soit sauvegardé de manière qu’il soit un jour pour l’homme au bénéfice de la société tout entière ».

Jean-Paul II, Ecclesia in Europa, 28 juin 2003

« Comme je l’ai répété à maintes reprises, même récemment, pour donner un signe fort de l’identité chrétienne à notre époque, il faut redonner une place centrale à la célébration du Jour du Seigneur et, en lui, à la célébration de l’Eucharistie. »

Jean-Paul II, Pastores gregis, 16 octobre 2003

« Il n’est permis à personne de violer impunément cette dignité de l’homme que Dieu lui-même traite avec un grand respect « .

Jean-Paul II, Centesimus annus, 1er mai 1991.

Partagez cette page
Suivez l'OSP sur les réseaux